Lettres

St. Grégoire le Grand

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À Euloge, évêque. Le siège de saint Pierre à Rome, à Alexandrie et à Antioche n’en est qu’un seul et même ; de là découle l’union singulière des évêques qui y siègent. Il le loue de combattre les hérétiques. Il lui propose du bois. Il lui envoie des présents en retour. Grégoire à Euloge, évêque d’Alexandrie. Dans vos lettres, votre très chère Sainteté m’a parlé longuement et avec beaucoup de douceur du siège de saint Pierre, prince des apôtres, en disant que lui-même y siège encore aujourd’hui à travers ses successeurs. Et certes, je me reconnais indigne, non seulement de l’honneur de ceux qui président, mais même de figurer au nombre de ceux qui se tiennent là. Pourtant, j’ai accueilli avec joie tout ce qui a été dit, parce que celui qui m’a parlé du siège de Pierre est celui-là même qui occupe le siège de Pierre. Et bien qu’un honneur particulier ne me plaise en aucune façon, je me suis néanmoins grandement réjoui, car ce que vous m’avez accordé, homme très saint, c’est à vous-même que vous l'avez donné. Qui, en effet, pourrait ignorer que la sainte Église est affermie sur la solidité du prince des apôtres, lui qui a tiré la fermeté de son âme de son nom même, en étant appelé Pierre, du mot « pierre » ? C’est à lui que la Voix de la Vérité dit : Je te donnerai les clés du royaume des cieux (Mt 16, 19). C’est encore à lui qu’il est dit : Et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères (Lc 22, 32). Et de nouveau : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Pais mes brebis (Jn 21, 17). Ainsi, bien que les apôtres soient nombreux, en raison de cette primauté, seul le siège du prince des apôtres a prévalu en autorité, un siège unique qui se trouve en trois lieux. C’est lui, en effet, qui a élevé le siège où il a daigné trouver le repos et achever sa vie présente. C’est lui qui a illustré le siège où il a envoyé son disciple, l’évangéliste. C’est lui qui a affermi le siège où il s’est assis durant sept ans, bien qu’il dût le quitter. Puisque le siège est donc un et unique, sur lequel, par autorité divine, trois évêques président aujourd'hui, tout le bien que j’entends dire de vous, je me l’attribue. Si vous croyez quelque bien de moi, attribuez-le à vos mérites, car nous sommes un en Celui qui a dit : Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous (Jn 17, 21). Pour m’acquitter du devoir de vous saluer, je vous fais savoir que je me réjouis d’une grande joie d’avoir appris que vous travaillez sans relâche contre les aboiements des hérétiques ; et je supplie le Seigneur tout-puissant d’assister votre béatitude de sa protection, afin que, par votre parole, il arrache du sein de la sainte Église toute racine d’amertume, pour qu’en germant de nouveau, elle ne devienne un obstacle pour beaucoup et que beaucoup ne soient souillés par elle. Ayant reçu un talent, vous songez au précepte : Faites-le valoir jusqu’à mon retour (Lc 19, 13). Pour ma part, même si je suis incapable de le faire fructifier, je me réjouis avec vous des gains de votre négoce, sachant bien que si l'action ne me rend pas participant, la charité me fait participer à votre labeur. Car, à mon avis, le bien du prochain devient commun même à celui qui est sans activité, du moment qu'il sait partager la joie des actions d'autrui. Par ailleurs, j’ai voulu vous faire envoyer du bois ; mais votre béatitude ne m’a pas indiqué s’il vous était nécessaire. Nous pourrions en envoyer de bien plus grands, mais aucun navire de ce type, capable de les transporter, n’est envoyé ici. Quant à en envoyer de plus petits, j'estime que ce serait embarrassant. Que votre béatitude me fasse donc savoir par ses lettres ce que je dois faire. Je vous ai transmis une modeste bénédiction de la part de l'Église de saint Pierre, qui vous aime : six petits manteaux d’Aquitaine et deux orles. C'est parce que je vous aime beaucoup que j'ose vous offrir même de petites choses. Car l'amour a son autorité propre, et il est absolument certain qu'il n'y aura pas d'offense dans tout ce qu'il aura osé entreprendre par affection. J’ai bien reçu la bénédiction de saint Marc l’Évangéliste, conformément à la note jointe à vos lettres. Mais comme je ne bois pas volontiers le vin filtré ni le vin vert, j’ose vous réclamer du cognidium, ce vin que votre Sainteté a fait connaître dans notre ville l’an passé, après une longue absence. En effet, ici, les marchands nous vendent le nom de cognidium, mais non la substance. Je vous demande que la prière de votre Sainteté me soutienne contre toutes les amertumes que j'endure en cette vie, et qu'elle me défende de celles-ci auprès du Seigneur tout-puissant par ses intercessions.

Liber VII EPISTOLA XL.