“Comment, pendant sa prière, Dieu lui accorda la vision d'une croix de lumière dans le ciel, en plein midi, avec une inscription l'exhortant à vaincre par ce signe. XXVIII. Il l'invoquait donc dans ses prières, le suppliant et l'implorant de se révéler à lui, de lui dire qui il était et de tendre sa main droite pour soutenir ses entreprises. Alors que l'empereur priait ainsi et suppliait avec ferveur, un signe divin tout à fait extraordinaire lui apparut. Certes, si un autre l'avait raconté, il n'aurait peut-être pas été facile de l'accepter. Mais puisque c'est l'empereur victorieux lui-même qui, bien des années plus tard, nous l'a rapporté, à nous qui écrivons cette histoire, lorsque nous fûmes jugés dignes de le connaître et de nous entretenir avec lui, et qu'il a confirmé son récit par des serments, qui donc hésiterait à ajouter foi à cette narration ? D'autant plus que le temps, par la suite, a apporté un témoignage véridique à son récit. Il affirma avoir vu de ses propres yeux, aux environs de midi, alors que le jour déjà déclinait, un trophée en forme de croix, constitué de lumière, se tenant dans le ciel même, au-dessus du soleil, et qu'une inscription y était attachée, qui disait : « Par ce signe, sois vainqueur. » La stupeur le saisit à cette vue, lui ainsi que toute son armée, qui l'accompagnait dans une expédition et fut témoin du prodige. Comment le Christ de Dieu lui apparut en songe et lui ordonna d'utiliser dans les combats un signe de forme semblable à la croix. XXIX. Il disait qu'il s'interrogeait en lui-même sur la signification de cette apparition. Alors qu'il y réfléchissait et y songeait longuement, la nuit survint et l'enveloppa. C'est alors que, dans son sommeil, le Christ de Dieu lui apparut avec le signe qui s'était manifesté dans le ciel, et il lui ordonna de fabriquer une réplique du signe vu dans le ciel et de s'en servir comme d'une protection dans les combats contre ses ennemis. Fabrication du signe en forme de croix. XXX. Dès le lever du jour, il se leva et révéla le secret à ses amis. Ensuite, ayant convoqué des artisans spécialisés dans l'or et les pierres précieuses, il s'assit au milieu d'eux, décrivit l'image du signe et leur ordonna d'en réaliser une imitation en or et en pierres précieuses. Et ce signe, l'empereur lui-même, par une grâce de Dieu, nous a un jour jugés dignes de le voir de nos propres yeux. Description du signe en forme de croix, que les Romains nomment labarum. XXXI. Il était fabriqué de la manière suivante. Une longue lance recouverte d'or portait une traverse disposée en forme de croix. Tout en haut, à l'extrémité, était fixée une couronne tressée d'or et de pierres précieuses. Sur celle-ci, le symbole du nom salvateur était indiqué par les deux premières lettres du nom du Christ, le rhô (Ρ) étant traversé en son milieu par le chi (Χ). Ces lettres, par la suite, l'empereur prit l'habitude de les porter aussi sur son casque. De la traverse était suspendu un étendard de tissu, richement brodé d'or, offrant aux regards un spectacle d'une beauté indicible. Cette bannière suspendue à la traverse formait un carré de dimensions symétriques. La hampe verticale, dont la partie inférieure était très longue, portait, sous le trophée de la croix et tout en haut du tissu brodé, le portrait en or de l'empereur ami de Dieu, en buste, ainsi que ceux de ses fils. L'empereur utilisa constamment ce signe salvateur comme une défense contre toute puissance adverse et ennemie, et il ordonna que des répliques de ce signe marchent à la tête de toutes ses armées. Comment Constantin, après avoir été instruit, lisait les divines Écritures. XXXII. Mais ceci advint un peu plus tard. À l'époque que nous avons mentionnée, bouleversé par cette vision extraordinaire et décidé à n'adorer aucun autre dieu que celui qui lui était apparu, il fit appeler les initiés de sa parole et leur demanda qui était ce dieu, et quelle était la signification du signe qu'il avait vu. Ils répondirent qu'il était Dieu, le Fils unique du Dieu un et unique ; que le signe apparu était le symbole de l'immortalité et le trophée de la victoire sur la mort qu'il avait remportée jadis, lors de sa venue sur la terre. Ils lui enseignèrent les causes de sa venue et lui exposèrent le plan précis de l'économie divine à l'égard des hommes. Il se fit donc l'élève de leurs enseignements et s'émerveillait de la théophanie qui avait été accordée à ses propres yeux. Confrontant la vision céleste à l'interprétation qu'on lui en donnait, il affermissait sa conviction, persuadé que sa connaissance de ces choses lui venait d'un enseignement divin. Dès lors, il jugea bon de se consacrer lui-même à la lecture des écrits inspirés. Il fit des prêtres de Dieu ses conseillers et estima qu'il devait honorer par toutes les formes de culte le dieu qui lui était apparu. Puis, fortifié par les espérances bienveillantes qu'il plaçait en lui, il se mit en marche pour éteindre la menace du feu de la tyrannie.”
“L'empereur victorieux nous a lui-même rapporté ces faits bien des années plus tard, alors que nous rédigions cette histoire, et il a confirmé son récit par des serments. Dans ces conditions, qui pourrait douter de la véracité de cette narration ? ... Il affirma avoir vu de ses propres yeux, vers midi, alors que le jour commençait déjà à décliner, un trophée de la croix, constitué de lumière, superposé au soleil en plein ciel, et portant cette inscription : « Par ceci, sois vainqueur. » À cette vue, lui-même ainsi que toute l’armée furent saisis de stupeur. Alors qu’il réfléchissait et retournait longuement cette pensée en son esprit, la nuit survint. C’est alors que, dans son sommeil, le Christ de Dieu lui apparut avec le signe qui s’était manifesté dans le ciel. Il lui ordonna de fabriquer une réplique du signe vu dans le ciel et de s’en servir comme d’une protection salutaire dans les combats contre ses ennemis. Bouleversé par cette vision extraordinaire et ayant résolu de ne vénérer aucun autre Dieu que celui qui lui était apparu, il fit venir à lui les prêtres initiés aux mystères de sa doctrine. Il leur demanda qui était ce Dieu, et quelle était la signification de la vision de ce signe.”
— Historia Ecclesiastica (Ecclesiastical History), Livre 1, Chapitre 28-32