“La signification de ce mystère est d'ailleurs limpide. En effet, les serviteurs nés dans la maison sont une figure des Juifs, et ceux qui ont été achetés à prix d'argent, des nations qui ont cru ; car c'est par le prix du sang du Christ que l'Église a été rachetée. Ainsi, le Juif comme le Grec, et quiconque croit, doit savoir qu'il lui faut se circoncire de ses péchés pour pouvoir être sauvé. Celui qui est de la maison et l'étranger, le juste et le pécheur, qu'il soit circoncis par la rémission des péchés afin de ne plus commettre le péché ; car personne ne monte au royaume des cieux, si ce n'est par le sacrement du baptême. La justice d'autrefois ne servira à rien si, à la fin de sa vie, on a abandonné la justice. C'est pourquoi Paul dit : Vous avez été achetés à grand prix ; ne devenez pas esclaves des hommes. Car ce sont là des contraires : la servitude est contractée par le péché, et par le prix le péché est remis. 80. Nous pensons que ces quelques points, dans leur simple exposé, suffisent amplement à la compréhension. Voilà pourquoi nous ne nous livrons pas à une vaine discussion sur les cubes de la géométrie, ni sur le nombre quaternaire de la philosophie – la profession de foi pythagoricienne, comme on l'appelle –, ni sur les nombres de l'hebdomade, dits « toujours vierges ». Nous ne façonnons pas le monde au compas, nous ne cherchons pas le ciel dans la poussière et nous n'enfermons pas l'univers sur d'étroits abaques. Nous, nous dévoilons les vrais mystères : l'unique salut, c'est la résurrection du Christ. Soyons donc greffés à la ressemblance de sa mort, pour mériter de participer à sa résurrection. Et que notre vieil homme soit crucifié avec lui, afin que soit détruit ce corps de péché. 81. C'est d'ailleurs avec une grande justesse que la Loi ordonne de circoncire les enfants mâles dès les premiers vagissements de l'enfance, même ceux nés dans la maison ; car de même que le péché existe dès l'enfance, la circoncision aussi doit exister dès l'enfance. Aucun moment ne doit être privé de protection, car aucun n'est exempt de faute. Il faut aussi arracher l'enfant au péché, pour éviter qu'il ne soit souillé par la contagion de l'idolâtrie, qu'il ne s'habitue à adorer une idole et à baiser une statue, à profaner le foyer parental, à blesser la piété. De même, pour que personne ne s'enfle d'orgueil en se croyant juste, c'est à un âge déjà mûr qu'Abraham reçoit l'ordre d'être circoncis. Ainsi, ni le prosélyte âgé, ni le serviteur né dans la maison ne sont exemptés ; car tout âge est exposé au péché, et donc tout âge est apte au sacrement. 82. Et, est-il dit, mon alliance sera dans votre chair. Peut-être objectera-t-on ici : comment peux-tu parler de circoncision spirituelle, alors que l'oracle divin déclare : L'alliance de la circoncision sera dans votre chair ? Comme si la tempérance n'était exigée que pour l'âme, et non pour les passions du corps ! En effet, on recherche une certaine chasteté pour la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher et même la voix. Car un regard trop entreprenant est déjà une faute, et c'est pourquoi il est écrit : Ne t'attache pas à la femme trompeuse, ne te laisse pas prendre par ses yeux, ni ravir par ses paupières. L'ouïe elle-même devient une faute, si une prostituée te séduit et t'enchaîne par ses paroles très flatteuses et les pièges de ses lèvres. Le toucher lui-même est une faute ; c'est pourquoi il t'est dit : Ne fréquente pas trop la femme d'autrui, et ne retiens pas dans tes étreintes celle qui n'est pas tienne. La voix aussi peut être coupable. Car les lèvres d'un homme sont pour lui un piège redoutable, et il est égaré par les paroles de sa propre bouche. Et ne mange pas trop de miel, de peur de le vomir. Il faut donc une modération rigoureuse pour tous les sens, afin que ni l'impulsion n'entraîne au vice, ni l'excès ne nuise, ni le retard ne soit une occasion de chute. 83. Ce n'est d'ailleurs ni sans raison ni de façon superflue que beaucoup, semble-t-il, sont troublés par le passage suivant. Pourquoi le Seigneur a-t-il dit : Le mâle qui n'aura pas été circoncis, celui qui n'aura pas circoncis la chair de son prépuce le huitième jour, cette âme-là périra du milieu de son peuple, car il a rompu mon alliance ? On juge en effet grave que la négligence des parents puisse nuire à un nourrisson de huit jours, au point que son âme périsse, alors que la Loi elle-même a prévu des cités de refuge pour l'homicide involontaire, où il peut, en s'y réfugiant, obtenir d'échapper à la peine pour le sang versé. Comment donc, dans un cas, tient-on compte d'un meurtre accidentel, et, dans l'autre, ne tient-on pas compte de la petite enfance, où il ne pouvait y avoir de faute, ni par dissimulation, ni par volonté ? À moins que certains ne pensent que les parents sont plus gravement punis par la mort de leur fils. Mais il est jugé injuste que la faute des coupables entraîne un châtiment pour l'innocent, ou que, pour punir le coupable, l'innocent soit puni et devienne le partenaire d'un supplice qu'il n'a pas mérité. C'est pourquoi certains pensent que l'extermination annoncée concerne le parent, que c'est son âme qui périt, et non celle du petit enfant. Mais cela reste très ambigu, bien que l'affirmation car il a rompu mon alliance semble plaider en faveur de cette thèse. Cette parole paraît en effet s'appliquer à une personne douée d'intelligence plutôt qu'à un nourrisson. D'autres pensent que le Seigneur Dieu menace, même par son silence, les parents de châtiments plus graves, afin que les aînés craignent davantage, puisqu'un nourrisson lui-même n'est pas épargné. 84. Pour ma part, il me paraît tout à fait clair que cette parole vise l'esprit de chacun. Nous avons en effet expliqué que le mot « mâle » désigne l'esprit, en raison de sa vigueur puissante, capable d'attirer l'âme pour s'unir à elle et de s'imposer par sa force, comme le ferait le sexe le plus fort. Voici donc le sens : tout esprit qui n'aura pas été circoncis de ses superfluités corporelles et purifié par le don solennel pour se dépouiller des passions et des vices, périra. Ce n'est pas la chair, est-il dit, qui périra, ni l'homme, mais c'est cette âme-là qui périra, parce qu'elle aurait pu être sauvée si elle avait reçu la purification. Dépourvue de protection et affaiblie par la souillure d'un cœur incirconcis, elle n'a pu préserver le salut de sa propre nature. Or, tout genre semble immortel : « l'homme » est un genre, « un tel » est un individu. Le terme « homme » est permanent, l'individu ne l'est pas ; ou plutôt, ce n'est pas l'individu en soi qui disparaît. Celui qui n'a pas la foi périt ; c'est la personne individuelle qui périt, non la condition ou le nom d'homme. Le pécheur est donc arraché à ce qui est durable et sans danger pour être conduit à ce qui est temporel et nuisible ; il doit imputer à l'infantilisme de son propre esprit son imprudence et son intempérance, ou le fait de ne pas avoir obtenu la rémission des péchés. Car si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce passage n'excepte manifestement personne : ni le nourrisson, ni celui qui serait empêché par une quelconque nécessité. Qu'ils bénéficient, cependant, de cette mystérieuse immunité face aux châtiments, je ne sais s'ils ont pour autant l'honneur du royaume.”
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