“En effet, si l'usage conforme à la nature, lorsqu'il dépasse le cadre du pacte conjugal – c'est-à-dire la nécessité de procréer –, constitue une faute vénielle avec son épouse, il est condamnable avec une prostituée. Quant à l'usage contre nature, il est abominable avec une prostituée, mais plus abominable encore avec son épouse. Telle est la force de l'ordre établi par le Créateur et de l'harmonie de sa création que, même en cas d'excès dans un usage permis, la chose est beaucoup plus tolérable qu'un seul et rare écart dans le domaine de l'interdit. Voilà pourquoi il faut tolérer l'immodération d'un conjoint dans ce qui est permis, afin d'éviter que son désir ne se porte sur ce qui est défendu. De là vient également qu'un homme, même s'il recherche son épouse avec une grande fréquence, pèche beaucoup moins que celui qui ne s'adonne que très rarement à la fornication. Mais si un mari veut user d'une partie du corps de sa femme qui n'est pas destinée à cet usage, la faute de l'épouse est plus grave si elle y consent sur sa propre personne que si elle tolérait qu'il le fasse avec une autre. La noblesse du mariage réside donc dans la chasteté ordonnée à la procréation et dans la fidélité à s'acquitter du devoir conjugal : telle est l'œuvre propre au mariage, et c'est elle que l'Apôtre met à l'abri de toute accusation lorsqu'il dit : « Si tu prends femme, tu n'as pas péché ; et si une jeune fille se marie, elle ne pèche pas » ; et encore : « Qu'elle fasse ce qu'elle veut, elle ne pèche pas si elle se marie. » Quant au fait d'exiger le devoir conjugal avec une certaine immodération, de la part de l'un ou l'autre conjoint, cela est accordé aux époux à titre de concession, en raison de ce que l'Apôtre a dit plus haut.”
Bien du mariage
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