La contraception et la stérilisation
18 citations
La contraception et la stérilisation ont toujours été rejetées par la foi chrétienne comme étant contraires à l’ordre naturel voulu par Dieu. La loi naturelle enseigne — et le christianisme a toujours reconnu — que l’acte sexuel trouve sa place légitime dans le mariage. La sexu…
“Il a aussi, et avec raison, détesté la belette. Il est dit en effet : « Ne deviens pas de ceux dont on entend dire qu’ils commettent l’iniquité par la bouche. » Car cet animal conçoit par la bouche.”
“Nous qui participons à la puissance créatrice de Dieu, nous ne devons ni rejeter la semence, ni l'outrager, ni la semer sur la pierre.”
“S'unir à une autre fin que la procréation des enfants, c'est faire injure à la nature ; or, il nous faut prendre celle-ci pour maîtresse et observer les sages leçons qu'elle nous donne au moment opportun.”
“Si un homme a été émasculé par des médecins au cours d'une maladie, ou par des barbares, qu'il demeure dans le clergé. Mais si un homme en bonne santé s'est émasculé lui-même, il convient que celui-ci, même s'il appartient au clergé, cesse son ministère. Et qu'à l'avenir, aucun homme de cette sorte ne soit promu. Or, de même qu'il est manifeste que cette règle concerne ceux qui commettent cet acte délibérément et qui osent s'émasculer eux-mêmes, de même, si des hommes ont été émasculés par des barbares ou par leurs maîtres, mais qu'ils se révèlent par ailleurs dignes, le canon les admet dans le clergé.”
“Mais voilà que ces parricides se plaignent de leurs ressources limitées et prétextent ne pas être en mesure d'élever plusieurs enfants : comme si les richesses dépendaient réellement de ceux qui les possèdent, ou que Dieu ne changeait pas chaque jour les riches en pauvres et les pauvres en riches. C'est pourquoi, si quelqu'un ne peut élever ses enfants en raison de sa pauvreté, il vaut mieux qu'il s'abstienne de s'unir à sa femme, plutôt que de corrompre de ses mains criminelles l'œuvre de Dieu.”
“De même que Dieu nous a donné des yeux, non pour le spectacle et le plaisir, mais pour voir, en vue des actes nécessaires à la vie, de même nous n'avons reçu la partie génitale du corps — comme son nom même l'indique — pour aucune autre raison que d'engendrer une descendance.”
“Or, cette formule est le tout de la foi, et c'est elle qui confirme que la Trinité doit être gardée intacte pour toujours, comme nous le lisons dans l'Évangile : « Allez, baptisez toutes les nations au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Le nombre de la Trinité est entier et parfait. Quant à l'Esprit Paraclet, il est par le Fils ; envoyé selon la promesse, il est venu pour instruire, enseigner et sanctifier les apôtres et tous les croyants.”
— Contre les païens, 5:6-7
“De même, contentez-vous du seul et unique baptême, celui qui est donné en référence à la mort du Seigneur. Il ne doit pas être celui qui vient des impies, mais celui qui est conféré par des prêtres irréprochables, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. N'acceptez pas le baptême des impies, et n'invalidez pas non plus celui qui vient des saints par un second baptême. Car de même qu'il y a un seul Dieu, un seul Christ et un seul Paraclet, et une seule mort dans la chair, de même le baptême conféré en référence à lui doit être unique. Ceux qui reçoivent le baptême des impies ne reçoivent en fait qu'une souillure et deviennent complices de leur impiété. Car ceux-là ne sont pas prêtres. Dieu leur dit en effet : « Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai de mon sacerdoce ». Et ceux qui sont baptisés par eux ne sont pas initiés, mais souillés ; ils ne reçoivent pas le pardon des péchés, mais deviennent prisonniers de l'impiété. Bien plus, ceux qui entreprennent de baptiser une seconde fois ces personnes ainsi souillées crucifient de nouveau le Seigneur, tournent en dérision les choses saintes, outragent l'Esprit Saint et piétinent celui qui a souffert et rendu témoignage. Quant à celui qui, par scrupule, refuse d'être baptisé, il sera condamné comme un infidèle et compté comme un ingrat et un sans-reconnaissance. Car le Seigneur dit : « Si quelqu'un ne naît pas de l'eau et de l'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume des cieux », et encore : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné ». Celui qui dit : « Je remets mon baptême à plus tard pour ne pas pécher après l'avoir reçu », celui-là ignore la connaissance de Dieu et oublie sa propre nature. L'Écriture dit : « Ne tarde pas à te tourner vers le Seigneur, car tu ne sais pas ce qu'un jour peut enfanter ». Baptisez donc aussi vos tout-petits, et élevez-les dans la discipline et l'instruction du Seigneur. Car il est dit : « Laissez les enfants venir à moi, et ne les en empêchez pas ».”
“Qu'ils aillent donc jusqu'à se mutiler, ceux qui jettent le trouble parmi vous ! Voyez comme il est amer ici envers ceux qui les ont égarés. En effet, au commencement, c’est contre ceux qui avaient été trompés qu’il dirigeait son accusation, les traitant d’insensés à deux reprises. Mais après les avoir dûment instruits et corrigés, il se tourne désormais contre les trompeurs. Ce qu’il veut dire, c’est ceci : Je ne me soucie nullement d’eux. En effet, l’homme hérétique, après un premier et un second avertissement, évite-le. S’ils le veulent, qu’ils ne se contentent pas d’être circoncis : qu’ils se fassent entièrement mutiler ! Où sont-ils donc, ceux qui osent se mutiler eux-mêmes, attirant ainsi sur eux la malédiction, calomniant la création de Dieu et se faisant les complices des manichéens ? En effet, les premiers affirment que le corps est une source de pièges et qu’il provient de la matière mauvaise ; les seconds, par leurs actes, donnent du crédit à ces terribles doctrines, puisqu’ils amputent ce membre comme s’il était un ennemi, une source de dangers. Dans ce cas, ne faudrait-il pas bien davantage se crever les yeux ? Car c’est par les yeux que le désir pénètre dans l’âme. Mais ni l’œil ni aucun autre membre n’est en cause ; seule l’est la mauvaise disposition de la volonté. Et si tu n'arrives pas à te maîtriser, pourquoi ne pas aussi te couper la langue pour le blasphème, les mains pour le vol, et les pieds pour leur course vers le mal ? Pourquoi, en somme, ne pas mettre en pièces ton corps tout entier ? ... Mais tout cela relève de la plus extrême impiété et d’une folie satanique.”
“En effet, chacun sait bien que ceux qui sont possédés par ce mal trouvent pesante la vieillesse de leur père et considèrent comme une charge lourde et pénible ce qui est doux et désirable pour tous : avoir des enfants. C’est ainsi que beaucoup, pour cette raison, ont préféré la stérilité et ont mutilé la nature ; non pas en faisant périr leurs enfants une fois nés, mais en ne leur permettant même pas de voir le jour.”
“Quand il dit : « Ils se sont faits eunuques », il ne parle pas de la mutilation des membres — loin de là ! — mais de la destruction des pensées mauvaises. Celui qui se mutile un membre tombe en effet sous le coup d'une malédiction, comme le dit Paul : « Puissent-ils aller jusqu'à se mutiler, ceux qui sèment le trouble parmi vous ! » Et à juste titre. En effet, un tel homme commet un acte digne d'un meurtrier, il fournit un prétexte à ceux qui calomnient la création de Dieu, il ouvre la bouche aux manichéens et viole la loi tout comme ceux qui, chez les Grecs, se mutilent. Car se couper les membres est depuis l'origine une œuvre de l'activité démoniaque et de la ruse satanique. Le but est de calomnier l'œuvre de Dieu, de défigurer cet être vivant, et de faire en sorte que la plupart des hommes pèchent sans crainte en attribuant toute la question non pas au libre arbitre mais à la nature de leurs membres, se croyant alors irresponsables. Ils causent ainsi un double tort à cet être vivant, à la fois en estropiant ses membres et en paralysant l'élan de son libre arbitre vers le bien.”
“Je m'étonne d'ailleurs qu'il nous ait proposé en exemple Juda et Thamar, à moins qu'il ne se délecte aussi des prostituées ; ou encore Onan, mis à mort pour avoir refusé sa semence à son frère, comme si nous approuvions n'importe quelle émission de semence en dehors de l'œuvre de procréation.”
“CHAPITRE XV 17. Toutefois, une chose est de s’unir dans l’unique intention d’engendrer – ce qui est sans péché ; autre chose est de rechercher le plaisir de la chair dans cette union, mais en restant dans le cadre du mariage – ce qui constitue un péché véniel. En effet, même si l’union n’a pas pour but la procréation, on ne fait pas pour autant obstacle à celle-ci à cause de ce désir, que ce soit par une intention mauvaise ou par un acte mauvais. Car ceux qui agissent ainsi, bien qu’on les appelle des époux, ne le sont pas ; ils ne conservent rien de la vérité du mariage, mais se servent d’un nom respectable pour masquer leur turpitude. Or, ils se trahissent lorsqu’ils en viennent à exposer les enfants qui naissent contre leur volonté. En effet, ils détestent nourrir ou même avoir des enfants qu’ils redoutaient d’engendrer. Ainsi, lorsque leur sombre iniquité s'acharne sur les enfants qu'elle a engendrés malgré elle, elle se révèle au grand jour par une iniquité éclatante, et leur turpitude secrète est démasquée par une cruauté manifeste. Parfois, cette cruauté lubrique, ou cette luxure cruelle, va jusqu’à se procurer des poisons pour entraîner la stérilité ; et si cela ne réussit pas, elle anéantit et expulse d’une manière ou d’une autre le fœtus conçu dans les entrailles, voulant que sa progéniture meure avant même de vivre, ou, s’il vivait déjà dans l’utérus, qu’il soit tué avant de naître. En vérité, si tous deux sont ainsi, ils ne sont pas des époux ; et si, dès le début, ils ont été ainsi, ce n’est pas par un mariage, mais bien plutôt par une relation de débauche qu’ils se sont unis. Mais si les deux ne sont pas ainsi, j’ose le dire : soit la femme est en quelque sorte la prostituée de son mari, soit le mari est l’adultère de sa femme.”
“Ainsi, les turpitudes qui sont contre nature doivent être partout et toujours détestées et punies, comme le furent celles des Sodomites. Si toutes les nations s'y livraient, elles seraient tenues pour coupables du même crime par la loi divine, car celle-ci n'a pas créé les hommes pour qu'ils fassent d'eux-mêmes un tel usage.”
“En effet, si l'usage conforme à la nature, lorsqu'il dépasse le cadre du pacte conjugal – c'est-à-dire la nécessité de procréer –, constitue une faute vénielle avec son épouse, il est condamnable avec une prostituée. Quant à l'usage contre nature, il est abominable avec une prostituée, mais plus abominable encore avec son épouse. Telle est la force de l'ordre établi par le Créateur et de l'harmonie de sa création que, même en cas d'excès dans un usage permis, la chose est beaucoup plus tolérable qu'un seul et rare écart dans le domaine de l'interdit. Voilà pourquoi il faut tolérer l'immodération d'un conjoint dans ce qui est permis, afin d'éviter que son désir ne se porte sur ce qui est défendu. De là vient également qu'un homme, même s'il recherche son épouse avec une grande fréquence, pèche beaucoup moins que celui qui ne s'adonne que très rarement à la fornication. Mais si un mari veut user d'une partie du corps de sa femme qui n'est pas destinée à cet usage, la faute de l'épouse est plus grave si elle y consent sur sa propre personne que si elle tolérait qu'il le fasse avec une autre. La noblesse du mariage réside donc dans la chasteté ordonnée à la procréation et dans la fidélité à s'acquitter du devoir conjugal : telle est l'œuvre propre au mariage, et c'est elle que l'Apôtre met à l'abri de toute accusation lorsqu'il dit : « Si tu prends femme, tu n'as pas péché ; et si une jeune fille se marie, elle ne pèche pas » ; et encore : « Qu'elle fasse ce qu'elle veut, elle ne pèche pas si elle se marie. » Quant au fait d'exiger le devoir conjugal avec une certaine immodération, de la part de l'un ou l'autre conjoint, cela est accordé aux époux à titre de concession, en raison de ce que l'Apôtre a dit plus haut.”
“Reste le sceau du sein, où votre chasteté se révèle profondément incestueuse. En effet, ce n'est pas l'union charnelle que vous interdisez, mais bien — comme l'Apôtre l'a prédit il y a longtemps — le mariage, qui est pourtant la seule justification honorable de cet acte. Sur ce point, je ne doute pas que vous allez vous écrier et chercher à soulever l'indignation, en affirmant que vous recommandez et louez avec force la chasteté parfaite sans pour autant interdire le mariage, puisque vos « auditeurs » — qui constituent chez vous le second rang — ne se voient pas interdire de prendre femme. Quand vous aurez proclamé tout cela avec force et indignation, je vous poserai plus calmement la question suivante : n'est-ce pas vous qui considérez que mettre au monde des enfants — au motif que les âmes se trouvent ainsi enchaînées dans la chair — est un péché plus grave que l'union charnelle elle-même ? N'est-ce pas vous qui nous recommandez habituellement de surveiller la période où une femme est susceptible de concevoir, et de nous abstenir de toute union à ce moment-là, afin qu'une âme ne se retrouve pas prisonnière de la chair ? Il en découle que, selon vous, on ne doit pas avoir une épouse pour procréer, mais pour assouvir son désir. Or, le mariage, comme le proclament les contrats de mariage eux-mêmes, unit l'homme et la femme en vue de la procréation. Par conséquent, quiconque affirme que procréer est un péché plus grave que l'union charnelle interdit, de ce fait même, le mariage, et il fait de la femme non plus une épouse, mais une prostituée qui, en échange de certains biens, s'unit à un homme pour combler le désir de celui-ci. En effet, si c'est une épouse, il y a mariage. Mais il n'y a pas de mariage là où l'on s'efforce d'empêcher la maternité ; il ne s'agit donc pas d'une épouse. Voilà pourquoi vous interdisez le mariage, et aucun argument ne peut vous disculper de ce crime, prédit autrefois à votre sujet par l'Esprit Saint.”
“Comment ces Tables de la Loi ne te seraient-elles pas ennemies, elles qui portent le deuxième commandement : Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu ? Toi qui fais même du Christ une vaine illusion – lui qui, pour purifier les êtres de chair de la vanité charnelle, s’est manifesté, vrai dans la vérité de sa chair, aux yeux de chair eux-mêmes ? Comment le troisième commandement sur le repos du sabbat ne te serait-il pas contraire, toi dont l’âme inquiète est sans cesse agitée par tant de chimères illusoires ? Ces trois commandements se rapportent à l’amour de Dieu : quand le comprendras-tu, quand auras-tu la sagesse, quand aimeras-tu ? Tu es sans mesure, immonde et querelleuse. Tu t’es enflée d’orgueil, tu t’es dissipée en fumée, tu t’es avilie. Tu as outrepassé tes limites, tu as souillé ta beauté, tu as bouleversé ton ordre. J’ai été ainsi auprès de toi, je te connais. Comment donc pourrais-je t’enseigner maintenant que ces trois commandements se rapportent à l’amour de Dieu, de qui, par qui et en qui sont toutes choses ? Comment le comprendrais-tu, alors que la détestable perversité de ton erreur ne te permet même pas de connaître et d’observer les sept autres, qui concernent l’amour du prochain et sur lesquels repose la société humaine ? Le premier de ces commandements est : Honore ton père et ta mère. Paul le rappelle d’ailleurs comme le premier commandement assorti d’une promesse, et il le prescrit lui-même dans les mêmes termes. Mais toi, une doctrine démoniaque t’a appris à considérer tes parents comme des ennemis, parce qu’en s’unissant ils t’ont enchaînée dans la chair et ont ainsi, bien sûr, imposé d’impures entraves à ton dieu. De là découle aussi la manière dont vous violez le commandement suivant, qui est : Tu ne commettras pas d’adultère. En effet, vous le violez au point de détester dans le mariage précisément ce pour quoi il est fait : la procréation des enfants. Ainsi, en prenant garde que les femmes avec qui ils s’unissent ne conçoivent, vous faites de vos Auditeurs des adultères, même avec leurs propres épouses. Car ils les épousent selon la loi du mariage, les contrats le proclament, en vue de procréer des enfants ; mais selon votre loi, craignant d’emprisonner une parcelle de votre dieu dans les souillures de la chair, ils s’unissent à ces femmes dans une relation impudique uniquement pour assouvir leur désir, et ils n’accueillent qu’à contrecœur les enfants, seule raison pour laquelle les mariages doivent être contractés. Comment, dès lors, n’interdis-tu pas le mariage, comme l’Apôtre l’a prédit de toi il y a si longtemps, alors que tu tentes d’ôter au mariage ce qui fait le mariage ? Une fois cela retiré, les maris seront de vils amants, les épouses des prostituées, les chambres nuptiales des lieux de débauche, et les beaux-pères des proxénètes. Par conséquent, tu n’observes pas non plus le commandement qui dit : Tu ne tueras point, en raison de la même erreur perverse. Car, dans ta crainte qu’un membre de ton dieu ne soit enchaîné dans la chair, tu refuses ton pain à celui qui a faim. Craignant là un homicide imaginaire, tu en commets ici un véritable. Ainsi, si tu rencontres un homme affamé qui risque de mourir si tu ne le secours pas en lui donnant à manger, te voilà homicide : soit selon la loi de Dieu, si tu ne donnes pas, soit selon la loi de Mani, si tu donnes. Et les autres commandements du Décalogue, comment les observeras-tu ? T’abstiendrais-tu du vol pour qu’un quidam dévore du pain ou tout autre aliment, le massacrant dans ses propres entrailles, plutôt que de le lui dérober, si tu le pouvais, pour courir le porter à l’officine du ventre de tes Élus, afin que par ton vol, ton dieu n’échappe pas seulement à un esclavage plus pénible, mais soit aussi libéré de celui où il était tombé ? De plus, si tu es surpris en plein vol, ne jureras-tu pas par ton dieu lui-même que tu n’as rien pris ? Car que pourrait te faire un tel dieu, à qui tu dirais : « J’ai fait un faux serment par toi, mais pour toi ; à moins que tu n’aies voulu que je cause ta perte en cherchant à t’honorer ? » Ainsi, le commandement de la Loi : Tu ne porteras pas de faux témoignage, tu le mépriseras à ce point pour les membres de ton dieu que tu les libéreras de leurs chaînes non seulement par un faux témoignage, mais aussi par un parjure. Quant au commandement qui suit : Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, il devrait être observé par toi ; et c’est la seule chose, je le vois, que la nécessité de ton erreur ne te contraint pas à violer. Mais s’il est criminel de convoiter l’épouse d’un autre, réfléchis à ce que signifie s’offrir soi-même à la convoitise des autres. Souviens-toi de tes dieux si beaux et de tes déesses si belles, s’offrant pour être ardemment désirés, les uns par les princesses des ténèbres, les autres par les princes ; une fois que la passion de jouir est excitée chez ces derniers et qu’ils brûlent du désir de les étreindre, tes divinités leur arrachent ce dieu qui est le tien, partout enchaîné, et qui a besoin d’une telle turpitude de la part des siens pour pouvoir être délivré. Enfin, comment pourrais-tu, malheureuse, ne pas convoiter le bien de ton prochain, ce qui est le dernier commandement du Décalogue ? Ton dieu lui-même ne prétend-il pas se construire de nouveaux mondes sur une terre étrangère, où, après une fausse victoire, tu te gorgeras d’orgueil dans un faux triomphe ? Puisque tu désires cela aujourd’hui avec une folle vanité, et que tu crois que cette terre même du peuple des ténèbres est liée à ta propre substance par la plus grande proximité, tu convoites assurément le bien de ton prochain. C’est à juste titre que ce diptyque t’est ennemi, lui qui contient de si bons commandements, si contraires à ton erreur. Car les trois qui se rapportent à l’amour de Dieu, tu les ignores totalement, tu ne les observes absolument pas. Quant aux sept autres, qui protègent la société humaine, si parfois tu les respectes, c’est soit que la honte te retient pour ne pas être confondue parmi les hommes, soit que la peur te brise de crainte d’être punie par les lois publiques, soit qu’une bonne habitude te fait avoir horreur d’une mauvaise action, soit que la loi naturelle elle-même t’avertit de ne pas faire à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. Pourtant, tu sens bien à quel point ton erreur te pousse à agir à l’inverse, et que tu la suives ou non, tu le ressens, soit lorsque tu fais ce que tu ne voudrais pas subir, soit lorsque tu ne le fais pas précisément parce que tu ne voudrais pas le subir.”
“Consultons donc la loi éternelle, qui ordonne de conserver l’ordre naturel et interdit de le troubler, et voyons en quoi le patriarche Abraham a péché, c’est-à-dire ce qu’il a fait contre cette loi dans les actes que Faustus lui a reprochés comme de graves crimes. « Brûlant, dit-il, d’un désir insensé d’avoir une descendance, et n’accordant aucune foi à Dieu qui le lui avait pourtant déjà promis par son épouse Sara, il s’est vautré avec une concubine. » Mais ce Faustus, aveuglé par un désir insensé d’accuser, a non seulement révélé l’abomination de sa propre hérésie, mais, dans son ignorance et son erreur, il a aussi fait l’éloge de l’union d’Abraham. En effet, de même que la loi éternelle, c’est-à-dire la volonté de Dieu, créateur de toutes choses, qui veille à la conservation de l’ordre naturel, permet que le plaisir de la chair mortelle, sous la maîtrise de la raison, ne s’exerce dans l’union qu’en vue de la procréation — non pour assouvir la passion, mais pour assurer la pérennité de l’espèce —, de même, à l’inverse, la loi perverse des manichéens, pour éviter que leur dieu — qu’ils pleurent comme enchaîné dans toutes les semences — ne se retrouve lié plus étroitement encore dans la conception au sein d’une femme, ordonne à ceux qui s’unissent d’éviter par-dessus tout la procréation, afin que leur dieu soit répandu dans une perte honteuse plutôt qu’enchaîné par un lien cruel. Ce n’est donc pas Abraham qui brûlait d’un désir insensé d’avoir une descendance, mais le manichéen qui délirait dans sa folle prétention d’éviter la procréation. C'est pourquoi le premier, en respectant l'ordre de la nature, n'agissait dans l'union humaine que pour qu'un homme naisse ; tandis que le second, en observant la perversité de sa fable, ne redoutait dans quelque union que ce soit rien d’autre que la capture de son dieu.”