“Reste le sceau du sein, où votre chasteté se révèle profondément incestueuse. En effet, ce n'est pas l'union charnelle que vous interdisez, mais bien — comme l'Apôtre l'a prédit il y a longtemps — le mariage, qui est pourtant la seule justification honorable de cet acte. Sur ce point, je ne doute pas que vous allez vous écrier et chercher à soulever l'indignation, en affirmant que vous recommandez et louez avec force la chasteté parfaite sans pour autant interdire le mariage, puisque vos « auditeurs » — qui constituent chez vous le second rang — ne se voient pas interdire de prendre femme. Quand vous aurez proclamé tout cela avec force et indignation, je vous poserai plus calmement la question suivante : n'est-ce pas vous qui considérez que mettre au monde des enfants — au motif que les âmes se trouvent ainsi enchaînées dans la chair — est un péché plus grave que l'union charnelle elle-même ? N'est-ce pas vous qui nous recommandez habituellement de surveiller la période où une femme est susceptible de concevoir, et de nous abstenir de toute union à ce moment-là, afin qu'une âme ne se retrouve pas prisonnière de la chair ? Il en découle que, selon vous, on ne doit pas avoir une épouse pour procréer, mais pour assouvir son désir. Or, le mariage, comme le proclament les contrats de mariage eux-mêmes, unit l'homme et la femme en vue de la procréation. Par conséquent, quiconque affirme que procréer est un péché plus grave que l'union charnelle interdit, de ce fait même, le mariage, et il fait de la femme non plus une épouse, mais une prostituée qui, en échange de certains biens, s'unit à un homme pour combler le désir de celui-ci. En effet, si c'est une épouse, il y a mariage. Mais il n'y a pas de mariage là où l'on s'efforce d'empêcher la maternité ; il ne s'agit donc pas d'une épouse. Voilà pourquoi vous interdisez le mariage, et aucun argument ne peut vous disculper de ce crime, prédit autrefois à votre sujet par l'Esprit Saint.”
Mœurs des Manichéens
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