St. Clément d'Alexandrie
Κλήμης ὁ Ἀλεξανδρεύς
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“On ne saurait l'appeler à juste titre « le tout ». En effet, le terme de « tout » s'applique à une grandeur, alors que lui est le Père de toutes choses. Il ne faut pas non plus dire qu'il ait des parties, car l'Un est indivisible. C'est pourquoi il est également infini : non pas au sens où on ne pourrait le parcourir, mais parce qu'il est sans dimension et n'a pas de fin. Il est par conséquent sans forme et sans nom.”
Traduction française à venir.
“Assurément, le Verbe existait depuis le commencement ; il était et demeure le principe divin de l'univers. Mais parce qu'il a maintenant reçu le nom consacré depuis les origines et digne de sa puissance, le nom de Christ, je le nomme pour ma part « chant nouveau ». Ce Verbe, le Christ, fut donc bien la cause de notre existence passée — car il était en Dieu. Mais c'est pour que nous puissions bien vivre qu'il s'est maintenant manifesté aux hommes, lui, ce même Verbe, le seul à être les deux à la fois, Dieu et homme, la source pour nous de tous les biens. C'est en apprenant de lui à bien vivre que nous sommes conduits à la vie éternelle.”
“En effet, jamais le Seigneur n'aurait accompli en si peu de temps une œuvre aussi considérable sans la providence divine ; lui qui, méprisé en apparence, est adoré en réalité ; le purificateur, le sauveur, le bienveillant, le divin Verbe, le Dieu qui est en toute évidence vraiment Dieu, égal au Maître de l'univers — car il était son Fils, et le Verbe était en Dieu. Il ne rencontra pas l'incrédulité lors de sa première annonce, et ne fut pas non plus ignoré lorsque, revêtant le personnage de l'homme et se modelant dans la chair, il jouait le drame salvateur de l'humanité.”
“Ainsi, pour nous enseigner que le monde a été créé, mais pour que nous ne supposions pas que Dieu crée dans le temps, la prophétie a ajouté : « Voici le livre de la genèse et de ce qui s'y trouve, au moment où cela advint, le jour où Dieu fit le ciel et la terre. » En effet, l’expression « au moment où cela advint » signifie une énonciation indéfinie et hors du temps. Quant à l’expression « le jour où Dieu fit » — c’est-à-dire le jour en lequel et par lequel il a tout fait, et « sans qui rien n’a été fait » —, elle désigne l’action opérée par le Fils.”
“Ceux qui préservaient la véritable tradition du bienheureux enseignement, transmise directement par Pierre, Jacques, Jean et Paul, les saints apôtres, la recevant de père en fils – mais peu d'enfants sont semblables à leurs pères –, sont parvenus, avec l'aide de Dieu, jusqu'à nous pour y déposer ces semences ancestrales et apostoliques. Et je sais bien qu'ils se réjouiront, non pas, je veux dire, par plaisir pour cet écrit, mais seulement pour la sauvegarde de la tradition qu'ils ont reçue. Car telle est, je crois, la marque d'une âme qui veut que la bienheureuse tradition ne se perde pas.”
“Et l'Esprit donné par Dieu se trouve contenu ; car sauver des gens contre leur gré relève de la contrainte, tandis que les sauver s’ils le choisissent relève de la grâce. Le royaume de Dieu n'appartient pas à ceux qui dorment et sont indolents, mais ce sont les violents qui s'en emparent. Car c’est la seule bonne violence : faire violence à Dieu et lui arracher la vie. Et lui, reconnaissant ceux qui s’attachent à lui avec force – ou plutôt, avec fermeté –, a cédé et s’est incliné ; car Dieu se réjouit d’être ainsi vaincu. Voilà pourquoi, en entendant cela, le bienheureux Pierre, l’élu, l’homme d’élite, le premier des disciples, le seul pour qui, avec lui-même, le Sauveur paie l’impôt, saisit vivement la parole et en comprit le sens. Et que dit-il ? « Vois, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi. » Mais ce « tout », s’il entend par là les biens matériels qu'il possédait – quatre oboles peut-être, pour ainsi dire –, il se glorifie d'avoir abandonné cela et risquerait, sans le vouloir, de faire du royaume des cieux l'équivalent de ces possessions. Si, au contraire, en rejetant ce dont nous venons de parler, c’est-à-dire les anciennes possessions de l'esprit et les maladies de l'âme, ils suivent les traces du Maître, voilà qui conviendrait alors à ceux qui seront inscrits dans les cieux. Car suivre véritablement le Sauveur, c'est rechercher son absence de péché et sa perfection, c'est, en le prenant pour miroir, embellir et ordonner son âme, et disposer chaque chose en tout point de la même manière.”
“Dans les mêmes livres, Clément rapporte également une tradition reçue des anciens presbytres sur l’ordre des Évangiles, en la présentant de la manière suivante. Il disait que les Évangiles contenant les généalogies avaient été écrits les premiers. Quant à celui de Marc, voici dans quelles circonstances il a été composé. Alors que Pierre prêchait publiquement la parole à Rome et proclamait l’Évangile par l’Esprit, ses nombreux auditeurs demandèrent à Marc, qui l’avait suivi depuis longtemps et gardait le souvenir de ses paroles, de consigner par écrit ce qui avait été dit. C’est ce qu’il fit, et il transmit ensuite l’Évangile à ceux qui le lui demandaient. Mis au courant, Pierre n’aurait, pour sa part, ni empêché l’initiative ni ne l’aurait encouragée. Enfin Jean, le dernier, constatant que les aspects matériels avaient déjà été exposés dans les Évangiles, et poussé par ses familiers, aurait, sous l'inspiration de l'Esprit, composé un Évangile spirituel. Tels sont les propos de Clément.”
“Nous qui participons à la puissance créatrice de Dieu, nous ne devons ni rejeter la semence, ni l'outrager, ni la semer sur la pierre.”
“S'unir à une autre fin que la procréation des enfants, c'est faire injure à la nature ; or, il nous faut prendre celle-ci pour maîtresse et observer les sages leçons qu'elle nous donne au moment opportun.”
“Que de grands biens adviennent au roi des Scythes, quel qu’ait été cet Anacharsis ! Il abattit d’une flèche un de ses concitoyens qui, en terre scythe, imitait le rite de la Mère des dieux célébré à Cyzique, tout en frappant du tambourin et en faisant résonner les cymbales ; car il le jugeait lui-même sans courage et efféminé, et le maître qui enseignait la mollesse aux autres Scythes.”
“Car la seule chose réellement honteuse, c’est le vice et les actes qui en découlent. Par conséquent, on qualifierait à juste titre de parole honteuse le fait de tenir des propos sur les œuvres du vice ; par exemple, discourir de l’adultère, de la pédérastie et de sujets semblables.”
“Le sort des Sodomites fut un jugement pour les coupables, mais une leçon pour ceux qui en entendent le récit. Dévoyés par l'excès de luxe jusqu'à la débauche, les Sodomites commettaient l'adultère sans crainte et brûlaient d'une passion furieuse pour les jeunes garçons. Le Logos, qui voit tout, les a regardés, lui à qui ne peuvent échapper ceux qui commettent l'impiété. Et le gardien vigilant du genre humain n'est pas resté indifférent à leur débauche. Voulant nous détourner de les imiter et nous éduquer à sa propre modération, il s’est attaqué à certains pécheurs pour que l’impunité de la débauche n’encourage pas le laisser-aller ; il a ordonné de livrer Sodome aux flammes, déversant sur leur inconduite une petite part de ce feu providentiel, afin que leur luxure, en restant sans châtiment, n’ouvre pas toutes grandes les portes à ceux qui se laissent emporter par la volupté. Le juste châtiment des Sodomites est donc devenu pour les hommes une image du salut qui s'obtient par le bon usage de la raison. En effet, ceux qui ne commettent pas les mêmes fautes que les condamnés ne subiront jamais la même peine que ces pécheurs, s’étant gardés du châtiment en ne péchant pas.”
“Baptisés, nous sommes illuminés ; illuminés, nous sommes adoptés ; adoptés, nous sommes accomplis ; accomplis, nous sommes immortalisés. « Moi, dit-il, j’ai dit : Vous êtes des dieux, et tous fils du Très-Haut. » Cette œuvre porte d’ailleurs de multiples noms : on l’appelle grâce, illumination, accomplissement et bain. Bain, par lequel nous nous lavons de nos péchés ; grâce, par laquelle les châtiments dus à nos fautes sont remis ; illumination, par laquelle nous contemplons cette sainte et salvatrice lumière, c’est-à-dire ce par quoi nous perçons du regard le Divin.”
“D'ailleurs, cette sorte de nourriture, le Seigneur l'a aussi présentée ailleurs, dans l'Évangile selon Jean, de manière symbolique, en disant : « Mangez ma chair et buvez mon sang » ; il désignait ainsi de manière allégorique la nourriture et la boisson qui sont l'évidence même de la foi et de la promesse. C'est par eux que l'église, tel un être humain composé de nombreux membres, est abreuvée et croît, se structure et se consolide à partir de ces deux éléments : la foi qui est son corps, et l'espérance qui est son âme, de même que le Seigneur est fait de chair et de sang. En effet, l'espérance est le sang de la foi ; c'est par elle que la foi maintient sa cohésion, comme sous l'action d'une âme. Mais si l'espérance vient à s'évanouir, tel le sang qui s'écoule, le principe vital de la foi défaille.”
“Les livres saints renferment par ailleurs d’innombrables préceptes destinés à des personnes choisies : les uns s’adressent aux presbytres, d’autres aux évêques, d’autres aux diacres, et d’autres encore aux veuves — mais un autre temps sera plus opportun pour en parler. De nombreux passages, que ce soit par des énigmes ou par des paraboles, peuvent aussi être une source de profit pour ceux qui les abordent. Mais, dit le Pédagogue, ce n’est plus à moi d’enseigner ces choses ; nous avons besoin d’un maître pour l’explication de ces saintes paroles, et c’est vers lui qu’il nous faut aller.”
“Car les degrés hiérarchiques d'ici-bas dans l'église, ceux des évêques, des prêtres et des diacres, sont, me semble-t-il, des imitations de la gloire angélique et de cette économie qui, selon les Écritures, attend ceux qui ont vécu sur les traces des apôtres, dans la perfection de la justice et conformément à l'Évangile.”
“L’Écriture conseille de se marier et n’autorise jamais la rupture du mariage ; elle prescrit clairement : « Tu ne répudieras pas ta femme, sauf pour motif de fornication ». Elle considère comme un adultère le fait de se remarier tant que vit l’un des deux conjoints séparés. Elle montre que la femme se met à l’abri de tout soupçon et de toute calomnie en ne cherchant pas à s’embellir ni à se parer au-delà de ce qui est convenable, en s’adonnant avec ferveur aux prières et aux supplications, en limitant ses sorties, en se dérobant autant que possible au regard des étrangers et en jugeant la vie au foyer préférable aux bavardages futiles. « Celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère », dit l’Écriture. « En effet, si quelqu’un répudie sa femme, il la pousse à l’adultère », c’est-à-dire qu’il la contraint à devenir adultère. Non seulement celui qui l’a répudiée en est la cause, mais aussi celui qui l’accueille, en offrant à cette femme une occasion de pécher. Car s’il ne l’accueillait pas, elle retournerait auprès de son mari.”
“Il est toujours pur pour la prière. En effet, il prie avec les anges, lui qui est déjà leur égal, et il ne se trouve jamais hors de la sainte garde. Même s’il prie seul, il a avec lui le chœur des saints rassemblé.”
“Assurément, avant la venue du Seigneur, la philosophie était nécessaire aux Grecs en vue de la justice ; aujourd'hui, cependant, elle est devenue utile à la piété, en tant que propédeutique pour ceux qui font fructifier la foi par la démonstration. Car il est dit : « Ton pied ne trébuchera pas », si tu rapportes à la Providence tout ce qui est bon, que cela vienne des Grecs ou de nous. En effet, Dieu est la cause de tous les biens : des uns de manière directe, comme l’Ancienne et la Nouvelle Alliance ; des autres par voie de conséquence, comme la philosophie. Peut-être même fut-elle alors donnée directement aux Grecs, avant que le Seigneur n’appelle aussi les Grecs.”