Pierre à Rome
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Pierre à Rome marque l’aboutissement du ministère apostolique de Pierre. Au début de sa mission, Jésus l’avait établi comme le roc sur lequel l’Église serait fondée, lui conférant ainsi une primauté particulière parmi les apôtres. Ici, il convient de considérer la fin de son pa…
“J’écris à toutes les Églises et je le mande à tous : c'est de mon plein gré que je meurs pour Dieu, pourvu que vous ne m'en empêchiez pas. Je vous en supplie, ne me témoignez pas une bienveillance malvenue. Laissez-moi devenir la nourriture des fauves ; c'est par eux qu'il m'est donné d'atteindre Dieu. Je suis le blé de Dieu : je suis moulu par la dent des fauves pour devenir le pain pur de Dieu. Flattez plutôt les fauves, pour qu'ils deviennent mon tombeau et ne laissent rien de mon corps ; ainsi, une fois endormi, je ne serai à la charge de personne. Ce n'est qu'alors que je serai un véritable disciple de Jésus-Christ, quand le monde ne verra même plus mon corps. Priez le Seigneur pour moi, afin que, par ces instruments, je devienne une offrande pour Dieu. Ce n'est pas à la manière de Pierre et de Paul que je vous donne des ordres. Eux étaient des apôtres de Jésus-Christ ; moi, je suis le plus petit. Eux étaient libres, comme serviteurs de Dieu ; moi, je suis encore esclave. Mais si je souffre le martyre, je deviendrai l'affranchi de Jésus-Christ et je ressusciterai en lui, libre. Maintenant, enchaîné en lui, j'apprends à ne rien désirer de mondain ou de vain.”
“J’écris aux Églises et je le commande à tous : de mon plein gré, je meurs pour Dieu, si seulement vous ne m’en empêchez pas. Je vous en supplie, ne me montrez pas une bienveillance inopportune. Laissez-moi devenir la pâture des bêtes : c’est par elles qu’il m’est donné d’atteindre Dieu. Je suis le blé de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes pour être trouvé pur pain du Christ. Flatttez plutôt les bêtes, afin qu’elles deviennent mon tombeau et ne laissent rien de mon corps ; ainsi, une fois endormi dans la mort, je ne serai à la charge de personne. C’est alors que je serai vraiment disciple du Christ, quand le monde ne verra même plus mon corps. Suppliez le Christ pour moi, afin que, par le moyen de ces instruments, je sois une victime offerte à Dieu. Ce n’est pas comme Pierre et Paul que je vous donne des ordres. Eux, apôtres ; moi, condamné. Eux, libres ; moi, jusqu’à présent, esclave. Mais si je souffre le martyre, je serai l’affranchi de Jésus et je ressusciterai en lui, libre. Maintenant, dans mes chaînes, j’apprends à ne désirer rien de mondain ou de vain.”
“C’est donc après avoir jeté les fondements de l’Église et l’avoir bâtie que les bienheureux apôtres confièrent à Lin la charge de l’épiscopat. Ce Lin, Paul le mentionne dans ses épîtres à Timothée. Anaclet lui succède. Après ce dernier, à la troisième place depuis les apôtres, Clément obtint en partage l’épiscopat. Il avait vu les bienheureux apôtres, s’était entretenu avec eux, et la prédication des apôtres résonnait encore à ses oreilles tandis qu’il avait leur tradition sous les yeux. Il n’était d’ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque de nombreuses personnes qui avaient été instruites par les apôtres. Or, sous le pontificat de ce Clément, une dissension de grande importance ayant éclaté parmi les frères de Corinthe, l’Église de Rome adressa aux Corinthiens une lettre de la plus haute importance pour raffermir leur foi et leur annoncer la tradition qu’elle venait de recevoir des apôtres. Cette tradition proclamait un seul Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, artisan de l’homme, lui qui avait provoqué le déluge et appelé Abraham, qui avait établi la Loi et envoyé les prophètes, qui a préparé le feu pour le diable et ses anges. À partir de cette lettre même, ceux qui le désirent peuvent apprendre que c’est bien ce Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui est annoncé par les Églises, et comprendre ainsi la tradition apostolique de l’Église ; car cette lettre est plus ancienne que ceux qui, aujourd’hui, enseignent l’erreur et inventent un autre Dieu, au-dessus du Démiurge et Créateur de tout ce qui existe. À ce Clément succède Évariste, et à Évariste, Alexandre. Vient ensuite Sixte, le sixième depuis les apôtres, et après lui Télesphore, qui rendit un témoignage glorieux par son martyre. Puis Hygin, ensuite Pie, et après lui Anicet. Soter ayant succédé à Anicet, c’est maintenant Éleuthère qui, à la douzième place depuis les apôtres, détient la charge de l’épiscopat. C’est par cet ordre et cette succession que la tradition qui vient des apôtres dans l’Église et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu’à nous. Et c’est là la preuve la plus complète qu’il s’agit d’une seule et même foi vivifiante, celle qui, dans l’Église, a été conservée depuis les apôtres jusqu’à nos jours et transmise dans la vérité.”
“Dans les mêmes livres, Clément rapporte également une tradition reçue des anciens presbytres sur l’ordre des Évangiles, en la présentant de la manière suivante. Il disait que les Évangiles contenant les généalogies avaient été écrits les premiers. Quant à celui de Marc, voici dans quelles circonstances il a été composé. Alors que Pierre prêchait publiquement la parole à Rome et proclamait l’Évangile par l’Esprit, ses nombreux auditeurs demandèrent à Marc, qui l’avait suivi depuis longtemps et gardait le souvenir de ses paroles, de consigner par écrit ce qui avait été dit. C’est ce qu’il fit, et il transmit ensuite l’Évangile à ceux qui le lui demandaient. Mis au courant, Pierre n’aurait, pour sa part, ni empêché l’initiative ni ne l’aurait encouragée. Enfin Jean, le dernier, constatant que les aspects matériels avaient déjà été exposés dans les Évangiles, et poussé par ses familiers, aurait, sous l'inspiration de l'Esprit, composé un Évangile spirituel. Tels sont les propos de Clément.”
“Allez ! Toi qui veux employer au mieux ton zèle pour l'affaire de ton salut, parcours les églises apostoliques. Auprès d'elles, les chaires mêmes des apôtres président encore à leur place ; auprès d'elles, on lit encore leurs lettres authentiques, qui font résonner la voix et rendent présent le visage de chacun d'eux. L'Achaïe est-elle la plus proche de toi ? Tu as Corinthe. Si tu n'es pas loin de la Macédoine, tu as Philippes, tu as Thessalonique. Si tu peux te rendre en Asie, tu as Éphèse. Si, par ailleurs, tu es proche de l'Italie, tu as Rome, d'où nous vient à nous aussi l'autorité. Voyons quel lait les Corinthiens ont reçu de Paul ; selon quelle règle les Galates ont été redressés ; ce que lisent les Philippiens, les Thessaloniciens, les Éphésiens ; ce que proclament aussi les Romains, tout proches, à qui Pierre et Paul ont laissé l'Évangile, scellé de leur propre sang.”
“C'est de cette manière, en effet, que les églises apostoliques présentent leurs titres de succession : ainsi, l'église de Smyrne rapporte que Polycarpe fut établi par Jean ; de même, celle de Rome fait connaître que Clément fut ordonné par Pierre.”
“Si, par ailleurs, tu es proche de l'Italie, tu as Rome, d'où l'autorité nous est aussi accessible. Bienheureuse Église ! C'est pour elle que les Apôtres ont répandu toute leur doctrine avec leur propre sang ; là où Pierre est assimilé à la passion du Seigneur ; là où Paul est couronné de la même fin que Jean ; là où l'apôtre Jean, après avoir été plongé dans l'huile bouillante sans en souffrir, est exilé sur une île.”
“Un homme d'Église du nom de Gaïus, qui vécut au temps de Zéphyrin, évêque de Rome, a également débattu par écrit avec Proclus, le chef de la secte phrygienne. Au sujet des lieux où furent déposées les dépouilles sacrées des apôtres susmentionnés, il déclare : « Quant à moi, je peux montrer les trophées des apôtres. Car si tu veux aller au Vatican ou sur la voie d’Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui ont fondé cette Église. »”
— Disputation avec Proclus, 2:25:5-7
“Ainsi Pierre, le premier des apôtres, après avoir été de nombreuses fois arrêté, emprisonné et outragé, fut finalement crucifié à Rome.”
“Sous le règne de Néron, Pierre arriva à Rome. Là, accomplissant des miracles par la puissance même de Dieu, en vertu du pouvoir qu'il lui avait donné, il convertit de nombreuses personnes à la justice et fonda pour Dieu un temple fidèle et solide. Lorsque Néron en fut informé et qu’il constata que, non seulement à Rome mais partout, une foule immense abandonnait chaque jour le culte des idoles pour passer à la religion nouvelle en rejetant l’ancienne, en tyran exécrable et malfaisant qu’il était, il s’élança pour détruire ce temple céleste et anéantir la justice. Premier de tous à persécuter les serviteurs de Dieu, il crucifia Pierre et mit à mort Paul.”
“Après toutes ces Écritures prophétiques, évangéliques et apostoliques que nous avons exposées plus haut, et sur lesquelles l'église catholique est fondée par la grâce de Dieu, nous avons aussi jugé bon de déclarer que, bien que l'église catholique répandue à travers le monde ne forme qu'une seule chambre nuptiale du Christ, la sainte église romaine n'a pas été placée au-dessus des autres églises par des décisions conciliaires, mais elle a obtenu la primauté par la parole évangélique de notre Seigneur et Sauveur : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne l'emporteront pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » À cela s'ajoute la communion du bienheureux apôtre Paul, instrument d'élection, qui, non pas à un moment différent, comme le radotent les hérétiques, mais en même temps et le même jour que Pierre, fut couronné au terme d'un glorieux combat dans la ville de Rome, sous l'empereur Néron. Ensemble, ils ont consacré au Christ Seigneur cette même église romaine et, par leur présence et leur vénérable triomphe, l'ont élevée au-dessus de toutes les autres dans le monde entier. Le premier siège de l'apôtre Pierre est donc l'église romaine, « qui n'a ni tache, ni ride, ni rien de semblable ». Le deuxième siège est celui d'Alexandrie, consacré au nom du bienheureux Pierre par son disciple et évangéliste Marc. Envoyé en Égypte par l'apôtre Pierre, il y prêcha la parole de vérité et y accomplit un glorieux martyre. Le troisième siège, tenu en honneur, est celui d'Antioche, qui fut celui du bienheureux apôtre Pierre lui-même, parce qu'il y résida avant de venir à Rome, et que c'est là que, pour la première fois, le nom de « chrétiens » fut donné à ce peuple nouveau.”
“L'inventeur de toute hérésie, c'est Simon le Magicien. Ce Simon des Actes des Apôtres qui, espérant acheter pour de l'argent la grâce gratuite de l'Esprit, s'entendit dire : « Tu n'as ni part ni lot dans cette affaire », et le reste. C'est de lui qu'il est écrit : « Ils sont sortis de chez nous, mais ils n'étaient pas des nôtres ; car s'ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous. » Lui qui, après avoir été chassé par les apôtres, se rendit à Rome en compagnie d'une certaine Hélène, une prostituée, fut le premier à oser dire de sa bouche sacrilège : qu'il était lui-même celui qui était apparu sur le mont Sinaï en tant que Père ; que plus tard, chez les Juifs, il était apparu non dans la chair mais seulement en apparence, en tant que Jésus Christ ; et qu'après cela, il était apparu en tant qu'Esprit Saint, celui que le Christ avait promis d'envoyer comme Paraclet. Et il trompa si bien la cité de Rome que Claude lui fit ériger une statue avec cette inscription en langue romaine : SIMONI DEO SANCTO, ce qui, traduit, signifie : « À Simon, le Dieu saint. » XV. Mais comme l'erreur se propageait, un duo d'exception arriva pour corriger cette faute : Pierre et Paul, les chefs de l'Église. Ils démontrèrent aussitôt que Simon, ce prétendu dieu qui faisait étalage de sa puissance, n'était qu'un cadavre. En effet, alors que Simon promettait de s'élever dans les cieux et qu'il était transporté dans les airs sur un char de démons, les serviteurs de Dieu s'agenouillèrent et, manifestant cet accord dont Jésus avait parlé — « Si deux d'entre vous s'accordent pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé » —, ils lancèrent par leur prière la flèche de leur unité d'esprit contre le Magicien et le précipitèrent à terre. Et rien d'étonnant à cela, bien que ce soit admirable. Car c'était Pierre, celui qui porte les clés des cieux. Rien de surprenant non plus : car c'était Paul, celui qui fut ravi jusqu'au troisième ciel et au paradis, et qui entendit des paroles inexprimables qu'il n'est pas permis à un homme de redire. Ce sont eux qui, des airs, firent tomber à terre ce prétendu dieu, destiné à descendre aux enfers. Il fut le premier dragon du mal. Mais une fois cette tête coupée, la racine du mal se révéla à nouveau pourvue de multiples têtes.”
“Hors de l'Église, point de salut. Certes, votre grandeur m'intimide, mais votre bonté m'attire. Au prêtre, la victime que je suis demande le salut ; au pasteur, la brebis implore protection. Que la jalousie se retire, que s'efface l'ambition du siège de Rome, car c'est au successeur du Pêcheur et au disciple de la croix que je m'adresse. Moi, qui ne reconnais d'autre chef que le Christ, je m'unis par la communion à Votre Béatitude, c'est-à-dire à la chaire de Pierre. Je sais que l'Église est bâtie sur cette pierre. Quiconque mange l'agneau en dehors de cette maison est un profane. Celui qui ne se trouvera pas dans l'arche de Noé périra au milieu du déluge. Et parce que mes péchés m'ont conduit à m'exiler dans ce désert qui marque la frontière de la Syrie avec les terres barbares, et que l'immense distance qui nous sépare ne me permet pas de recevoir constamment de Votre Sainteté le saint du Seigneur, c'est pourquoi, ici, je me joins à vos confrères, les confesseurs d'Égypte, et, telle une modeste barque, je m'abrite auprès des grands navires de charge. Je ne connais pas Vitalis, je rejette Mélèce, j'ignore Paulin. Quiconque n'amasse pas avec vous, disperse. Autrement dit : celui qui n'appartient pas au Christ appartient à l'Antichrist.”
— Lettres
“Sur cette chaire où Pierre lui-même avait siégé, la grande Rome ordonna à Lin d’être le premier à prendre place. Après lui, Cletus à son tour prit en charge le troupeau du bercail. Son successeur, Anaclet, fut établi par le sort. Lui succède Clément, bien connu des apôtres. Après lui, Évariste gouverna l’Église sans reproche. Le sixième, Alexandre, confie le bercail à Sixte, qui, au terme de son lustre, le transmet à Télesphore, homme éminent et fidèle martyr.”
“Mais le Seigneur a voulu que le mystère de cette charge appartienne à l'office de tous les apôtres, de telle sorte qu'il le place principalement dans le très bienheureux Pierre, le premier de tous les apôtres ; C'est lui, en effet, qu'il a associé à la communion de son indivisible unité, et il a voulu le nommer ce que lui-même était, en disant : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » ; afin que la construction du temple éternel repose sur la solidité de Pierre, affermissant ainsi son Église par cette fermeté pour que ni la témérité humaine ne puisse l'assaillir, ni les portes de l'enfer ne prévalent contre elle.”
— Lettres, X:1