St. Jérôme de Stridon
Sophronius Eusebius Hieronymus
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“En quoi ai-je donc péché, si j'ai suivi le jugement des églises ? Quant au fait que je rapporte ce que les Hébreux ont coutume d'objecter contre l'histoire de Suzanne, le cantique des trois jeunes gens et les fables de Bel et du Dragon – récits qui ne se trouvent pas dans le canon hébraïque –, celui qui m'en accuse se révèle être un sot calomniateur. En effet, je n'ai pas exposé ce que je pensais moi-même, mais bien ce qu'ils ont l'habitude de dire contre nous. Et si, dans le prologue, je n'ai pas réfuté leur opinion, c'était par souci de brièveté, pour ne pas donner l'impression d'écrire un livre et non une préface. Je crois d'ailleurs avoir aussitôt enchaîné, car j'ai bien dit : « Ce n'est pas le moment d'en débattre. »”
“Loin de moi la pensée de dire du mal d'eux : succédant au rang des Apôtres, ils consacrent de leur bouche sainte le corps du Christ, et c'est par eux que nous sommes nous-mêmes chrétiens.”
— Lettres
“Mais tu objectes que l’Église est fondée sur Pierre. Or, bien qu’en un autre passage il en soit de même pour tous les Apôtres, qu’ils reçoivent tous les clés du royaume des cieux et que la force de l’Église s’affermisse sur eux à égalité, un seul a pourtant été choisi parmi les douze afin que, par l’institution d’un chef, soit écartée toute occasion de schisme.”
“Simon Pierre, fils de Jean, de la province de Galilée, originaire du village de Bethsaïde, frère de l'apôtre André et prince des Apôtres. Après son épiscopat à l'église d'Antioche et sa prédication à la diaspora des croyants issus de la circoncision, dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie, il se rendit à Rome la deuxième année du règne de l'empereur Claude pour y combattre Simon le Magicien. Là, il occupa la chaire épiscopale pendant vingt-cinq ans, jusqu'à la dernière année de Néron, c'est-à-dire la quatorzième. C'est sous le règne de ce dernier qu'il fut couronné du martyre, crucifié la tête tournée vers le sol et les pieds élevés en l'air, affirmant qu'il était indigne d'être crucifié de la même manière que son Seigneur.”
“Hors de l'Église, point de salut. Certes, votre grandeur m'intimide, mais votre bonté m'attire. Au prêtre, la victime que je suis demande le salut ; au pasteur, la brebis implore protection. Que la jalousie se retire, que s'efface l'ambition du siège de Rome, car c'est au successeur du Pêcheur et au disciple de la croix que je m'adresse. Moi, qui ne reconnais d'autre chef que le Christ, je m'unis par la communion à Votre Béatitude, c'est-à-dire à la chaire de Pierre. Je sais que l'Église est bâtie sur cette pierre. Quiconque mange l'agneau en dehors de cette maison est un profane. Celui qui ne se trouvera pas dans l'arche de Noé périra au milieu du déluge. Et parce que mes péchés m'ont conduit à m'exiler dans ce désert qui marque la frontière de la Syrie avec les terres barbares, et que l'immense distance qui nous sépare ne me permet pas de recevoir constamment de Votre Sainteté le saint du Seigneur, c'est pourquoi, ici, je me joins à vos confrères, les confesseurs d'Égypte, et, telle une modeste barque, je m'abrite auprès des grands navires de charge. Je ne connais pas Vitalis, je rejette Mélèce, j'ignore Paulin. Quiconque n'amasse pas avec vous, disperse. Autrement dit : celui qui n'appartient pas au Christ appartient à l'Antichrist.”
— Lettres
“...il adressa sur cette affaire un synode africain à Étienne, alors évêque de la ville de Rome et vingt-deuxième successeur du bienheureux Pierre, mais sa tentative fut vaine.”
“Puisque l'Orient, déchiré par la fureur ancestrale de ses peuples qui s'affrontent, met en lambeaux la tunique sans couture du Seigneur, celle qui fut tissée d'un seul tenant depuis le haut, j'ai donc jugé nécessaire de consulter la chaire de Pierre et la foi célébrée par une bouche apostolique. C'est de là que je viens aujourd'hui réclamer la nourriture pour mon âme, là même où j'ai reçu autrefois le vêtement du Christ. Le patrimoine a été dilapidé par une postérité indigne ; c'est auprès de vous seuls que se conserve, intact, l'héritage des pères.”
— Lettres
“Pour ma part, ainsi que je l'ai déjà écrit, j'ai revêtu le vêtement du Christ à Rome ; me voici maintenant retenu aux confins barbares de la Syrie. Et pour que vous ne pensiez pas que ce jugement vienne d'un autre, c'est moi-même qui ai décidé de ce que je méritais. Mais, comme le dit le poète païen : « Celui qui franchit les mers change de ciel, non d'état d'âme. » C'est ainsi que l'ennemi implacable m'a poursuivi, si bien que je subis à présent dans le désert des combats plus grands encore. D'un côté, en effet, soutenue par les puissances de ce monde, la fureur arienne gronde. De l'autre, l'Église, déchirée en trois partis, s'empresse de m'attirer à elle. L'antique autorité des moines qui demeurent aux alentours se dresse contre moi. Moi, pendant ce temps, je ne cesse de clamer : « Si quelqu'un est uni à la chaire de Pierre, celui-là est des miens. » Mélèce, Vitalis et Paulin affirment être en communion avec vous. Je pourrais le croire si un seul l'affirmait. Mais aujourd'hui, ou bien deux d'entre eux mentent, ou bien ce sont les trois. C'est pourquoi j'en conjure Votre Béatitude, par la croix du Seigneur, par la Passion du Christ — gloire indispensable de notre foi —, vous qui succédez aux Apôtres en dignité, puissiez-vous leur succéder aussi en mérite ; puissiez-vous ainsi siéger sur le trône pour juger avec les Douze, puisse un autre ainsi vous ceindre dans votre vieillesse comme le fut Pierre, et puissiez-vous ainsi obtenir avec Paul le droit de cité des cieux : indiquez-moi par lettre avec qui, en Syrie, je dois être en communion. Ne méprisez pas une âme pour laquelle le Christ est mort.”
— Lettres
“Clément... quatrième évêque de Rome après Pierre : en effet, Linus fut le deuxième, Anaclet le troisième, bien que la plupart des Latins estiment que Clément fut le deuxième après l'Apôtre.”
“Il y a des péchés légers et des péchés graves. C'est une chose de devoir dix mille talents, une autre un quart de sou. Certes, nous aurons à répondre aussi bien d'une parole oiseuse que d'un adultère ; mais ce n'est pas la même chose d'être couvert de confusion et d'être tourmenté, de rougir et de subir un long supplice. ... Tu vois bien que si nous prions pour des péchés moindres, nous en obtenons le pardon. S'il s'agit de péchés plus graves, il est difficile de l'obtenir ; et qu'entre un péché et un autre, la distance est grande.”
“J'ai honte de le dire : combien de vierges succombent chaque jour, combien l'Église, notre mère, en perd de son sein… D'autres vont jusqu'à boire des breuvages de stérilité, et commettent ainsi le meurtre d'un être humain avant même sa conception. Certaines, lorsqu'elles se rendent compte qu'elles ont conçu dans le crime, ont recours à des poisons abortifs ; bien souvent, elles meurent elles-mêmes avec leur enfant et sont conduites aux enfers, coupables d'un triple crime : homicides d'elles-mêmes, adultères envers le Christ, et parricides de leur enfant qui n'était pas encore né.”
— Lettres
“Je m'étonne d'ailleurs qu'il nous ait proposé en exemple Juda et Thamar, à moins qu'il ne se délecte aussi des prostituées ; ou encore Onan, mis à mort pour avoir refusé sa semence à son frère, comme si nous approuvions n'importe quelle émission de semence en dehors de l'œuvre de procréation.”
“En effet, puisque l'homme baptisé dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit devient le temple du Seigneur, et qu'une fois l'ancienne demeure détruite, un nouveau sanctuaire de la Trinité est édifié, comment peux-tu affirmer que chez les Ariens les péchés peuvent être remis sans la venue de l'Esprit Saint ? Comment l'âme qui ne possède pas l'Esprit Saint est-elle purifiée de ses souillures anciennes ?”
“Autre interprétation : si le serpent diabolique a mordu quelqu'un en secret et, à l'insu de tous, l'a infecté du venin du péché ; si le blessé garde le silence, ne fait pas pénitence et refuse de confesser sa blessure à son frère et maître, ce maître et frère, qui a pourtant une langue pour guérir, ne pourra que difficilement lui être utile. Car si le malade a honte de confesser sa blessure au médecin, la médecine ne guérit pas ce qu'elle ignore.”
“Par conséquent, partout où il y a fornication, ou même soupçon de fornication, il est légitime de répudier son épouse. Et comme il pourrait arriver qu’un homme, en vue d’un second mariage, calomnie une innocente et impute une faute à sa première femme, il lui est ordonné de répudier celle-ci de telle manière qu’il ne puisse en prendre une seconde du vivant de la première.”
“Ne me parlez pas de la violence d'un rapt, de la persuasion d'une mère, de l'autorité d'un père, des pressions de la parenté, des complots et des outrages des serviteurs, ni de la perte du patrimoine. Tant que le mari est en vie, qu’il soit adultère, qu’il soit sodomite, qu’il soit couvert de toutes les infamies et même abandonné par sa femme en raison de ces crimes, il est considéré comme son époux, et elle n'a pas le droit d'en prendre un autre.”
— Lettres
“Il sait comment la Vierge a engendré Dieu ; et il ne sait pas comment lui-même est né.”
“Ne t'étonne pas de cette nouveauté : qu'une Vierge enfante Dieu.”
“Mais puisque mon discours a désormais échappé aux écueils et aux passages difficiles, il faut déployer les voiles et foncer sur la conclusion de mon adversaire, dans laquelle ce savant autoproclamé invoque le témoignage de Tertullien et cite les propos de Victorin, évêque de Poetovio. Au sujet de Tertullien, je n'ai rien de plus à dire, sinon qu'il n'appartenait pas à l'Église. Quant à Victorin, j'affirme ce que j'ai déjà soutenu à propos des évangélistes : il a parlé des frères du Seigneur, et non des fils de Marie. Frères, donc, au sens que j'ai exposé plus haut : par les liens de la parenté, et non par le sang. Mais nous perdons notre temps en futilités et, laissant de côté la source de la vérité, nous nous acharnons à suivre les ruisseaux des opinions. Ne pourrais-je pas mobiliser contre toi la cohorte entière des anciens auteurs : Ignace, Polycarpe, Irénée, Justin le Martyr et tant d'autres figures apostoliques et éloquentes qui, face à Ébion, Théodote de Byzance et Valentin – lesquels défendaient ces mêmes thèses – ont rédigé des ouvrages remplis de sagesse ? Si seulement tu les avais lus un jour, tu serais plus avisé. Mais je crois préférable de répondre brièvement à chaque point, plutôt que de m'attarder davantage et d'allonger démesurément cet ouvrage.”
“Mais de même que nous ne nions pas ce qui est écrit, de même nous rejetons ce qui ne l'est pas. Nous croyons que Dieu est né de la Vierge, parce que nous le lisons. Que Marie se soit mariée après l'enfantement, nous ne le croyons pas, car nous ne le lisons pas. Et nous ne disons pas cela pour condamner le mariage – la virginité elle-même est en effet le fruit du mariage –, mais parce qu'il ne nous est permis de rien conjecturer à la légère au sujet des saints personnages. Car, en se fondant sur ce genre de spéculations sur le possible, on pourrait tout aussi bien soutenir que Joseph eut plusieurs femmes – puisque Abraham en eut plusieurs, et Jacob de même – et que les frères du Seigneur sont issus de ces épouses ; une fiction que beaucoup forgent, non par piété, mais par une audacieuse témérité. Tu affirmes que Marie n'est pas demeurée vierge ; moi, je vais plus loin : je soutiens que Joseph lui-même est resté vierge grâce à Marie, afin que d'un mariage virginal naisse un fils vierge. En effet, si la fornication ne peut convenir à un homme saint, et s'il n'est écrit nulle part qu'il ait eu une autre femme ; si, de plus, pour Marie, que l'on croyait être son épouse, il fut un gardien plutôt qu'un mari, il s'ensuit donc qu'il est demeuré vierge avec Marie, lui qui a mérité d'être appelé le père du Seigneur.”
“Dans ton pamphlet, tu affirmes que, de notre vivant, nous pouvons prier les uns pour les autres ; mais qu'une fois morts, la prière de personne pour autrui n'est plus exaucée, d'autant que les martyrs, qui réclamaient vengeance pour leur sang, n'ont pu l'obtenir. Or, si les apôtres et les martyrs, alors qu'ils étaient encore dans leur corps et devaient encore se soucier d'eux-mêmes, pouvaient prier pour les autres, à combien plus forte raison le peuvent-ils après les couronnes, les victoires et les triomphes ?”
“Elle partit, accompagnée de ses servantes et de ses eunuques. Son mari eut grand-peine à la persuader de faire route assise sur un ânon. Arrivée auprès de lui, elle dit : « Je t’en prie, par Jésus notre Dieu infiniment bon, je t’adjure par sa croix et son sang, rends-moi mes trois fils ! Fais-le pour que le nom du Seigneur Sauveur soit glorifié dans la cité des païens, pour que son serviteur entre à Gaza et que l’idole de Marnas s’effondre ! » Mais Hilarion refusait, disant qu’il ne quitterait jamais sa cellule et qu’il n’avait pas pour habitude d’entrer dans une ville. Elle se jeta alors à terre et se mit à crier sans relâche : « Hilarion, serviteur du Christ, rends-moi mes enfants ! Antoine a sauvé bien des gens en Égypte ; c’est à toi de sauver les miens en Syrie. » Tous les assistants pleuraient ; et lui-même, tout en refusant, pleurait aussi. Bref, la femme ne partit pas avant qu’il ait promis d’entrer à Gaza après le coucher du soleil. Une fois sur place, il fit le signe de la croix sur la couche de chacun des enfants et sur leurs membres brûlants de fièvre, puis il invoqua le nom de Jésus. Et, ô puissance admirable ! une sueur jaillit de leurs trois corps en même temps, comme de trois sources. À l’heure même, ils acceptèrent de la nourriture. Reconnaissant leur mère en larmes et bénissant Dieu, ils baisèrent avec ferveur les mains du saint homme.”
“Or, les hérétiques prononcent leur propre sentence en se retirant de l'église de leur propre chef : cette séparation est, en quelque sorte, la condamnation que prononce leur conscience. On considère que la différence entre l'hérésie et le schisme tient à ceci : l'hérésie professe une doctrine déviante, tandis que le schisme, suite à une dissension épiscopale, se sépare de l'église. Une telle distinction peut, certes, se comprendre en partie à l'origine. Cependant, il n'est pas de schisme qui ne se forge quelque hérésie, afin de donner l'impression d'avoir quitté l'église à juste titre.”
— Commentaires sur Tite, 3:10-11
“C'est donc à nous qu'il appartient, en fonction de la diversité de nos vertus, de nous préparer des récompenses différentes. Si nous devons tous être égaux au ciel, c'est en vain que nous nous humilions ici-bas dans l'espoir d'y être plus grands. Pourquoi les vierges persévèrent-elles ? Pourquoi les veuves s’imposent-elles tant de peines ? Pourquoi les femmes mariées gardent-elles la continence ? Dans ce cas, péchons tous ! Et après la pénitence, nous serons les égaux des Apôtres.”
— Contre Jovinien, 2:32-34