Les miracles continus

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Les miracles continus — l'idée que Dieu opère encore aujourd'hui, comme aux temps apostoliques, des prodiges visibles dérogeant aux lois ordinaires de la nature — appartient à la foi chrétienne authentique. L'Écriture ne contient aucune indication selon laquelle l'âge des mirac

XV. Quand il eut prononcé l'Amen et achevé sa prière, les hommes chargés du bûcher allumèrent le feu. Une immense flamme jaillit alors, et nous vîmes un prodige, nous à qui il fut donné de le voir ; et nous avons été préservés pour pouvoir annoncer aux autres ce qui s'était passé. En effet, le feu forma une sorte de voûte, pareille à la voile d'un navire gonflée par le vent, et entoura le corps du martyr tel une muraille. Et au milieu, il n'était pas comme une chair qui brûle, mais comme un pain qui cuit au four, ou comme de l'or et de l'argent qu'on purifie dans la fournaise. Nous perçûmes même un parfum si suave, comme un effluve d'encens ou de quelque autre de ces aromates précieux. XVI. Finalement, les impies, voyant que son corps ne pouvait être consumé par le feu, ordonnèrent à un bourreau de s'approcher et de lui enfoncer un poignard. Lorsqu'il l'eut fait, il en sortit une colombe et une telle quantité de sang que le feu en fut éteint. Toute la foule fut saisie d'étonnement devant une telle différence entre les infidèles et les élus.

Martyre de Polycarpe, 15, 16

Pour nous, la foi est un rempart, si elle n'est pas elle-même frappée par l'hésitation à tracer aussitôt le signe, à exorciser et à écraser la bête sous le talon. C'est bien de cette manière que nous venons souvent en aide même aux païens, dotés par Dieu de ce pouvoir que l'Apôtre a manifesté (Actes 28), lorsqu'il méprisa la morsure de la vipère.

Antidote contre le venin du scorpion

Les fidèles de l’Église locale rapportent donc au sujet de Narcisse bien d’autres prodiges, qu’ils tiennent de la tradition des frères qui se sont succédé. Parmi eux, ils narrent le miracle suivant, accompli par son intermédiaire. Ils racontent qu’une fois, au cours de la grande veillée pascale, l’huile vint à manquer aux diacres. L’assemblée tout entière fut alors saisie d’un profond désarroi ; Narcisse ordonna donc à ceux qui étaient chargés des lampes de puiser de l’eau à un puits voisin et de la lui apporter. Cela fut exécuté sur-le-champ ; il pria sur l’eau et leur enjoignit, avec une foi authentique dans le Seigneur, de la verser dans les lampes. Et lorsqu’ils l’eurent fait, défiant toute logique et par une puissance extraordinaire et divine, la nature de l’eau se changea en une huile épaisse. D’ailleurs, un petit échantillon de ce miracle a été conservé depuis lors, pendant très longtemps et jusqu’à nos jours, par un grand nombre de frères.

Histoire de l’Église, Livre 6, Chapitre 9, sections 1-3.

Prends donc cela comme modèle, bien-aimé Dracontius : ne dis pas, et ne crois pas non plus ceux qui affirment que l'épiscopat offre une occasion de pécher ou qu'il engendre des tentations. En effet, un évêque peut avoir faim et soif, comme Paul ; il peut ne pas boire de vin, comme Timothée, et jeûner constamment, comme Paul. C'est afin que, suivant ces exemples, tu nourrisses les autres par tes paroles et que, tout en ayant toi-même soif par privation de boisson, tu les abreuves de ton enseignement. Que tes conseillers ne prennent donc pas cela comme prétexte. Car nous connaissons des évêques qui jeûnent, et des moines qui mangent ; des évêques qui ne boivent pas de vin, et des moines qui en boivent ; des évêques qui accomplissent des miracles, et des moines qui n'en font pas.

Lettres festales

Quant à Grégoire le Grand et à ses paroles, où les rangerons-nous ? Ne sera-ce pas aux côtés des apôtres et des prophètes ? Cet homme fut animé par le même Esprit qu’eux ; tout au long de sa vie, il suivit les traces des saints et réalisa dans sa perfection la vie évangélique. Pour ma part, c’est ce que j’affirme ; sinon, nous ferions injure à la vérité en ne comptant pas cette âme au nombre des proches de Dieu, elle qui a brillé dans l’Église de Dieu comme un grand et éclatant luminaire. Par le concours de l’Esprit, il détenait un pouvoir redoutable sur les démons, et il reçut une si grande grâce de la parole pour conduire les nations à l’obéissance de la foi que, n’ayant trouvé que dix-sept chrétiens en arrivant, il amena à Dieu le peuple tout entier, celui des villes comme celui des campagnes, par la pleine connaissance. C’est lui qui détourna le cours des fleuves en leur en donnant l’ordre au grand nom du Christ, et qui assécha un lac, source de conflit entre des frères cupides. Ses prédictions sur l’avenir, quant à elles, furent telles qu’il ne le cédait en rien aux autres prophètes.

L’Esprit Saint, 29:74

Comme j'ai l'habitude de ne rien laisser ignorer à votre Sainteté de ce qui se passe ici en votre absence, sachez que nous avons aussi découvert de saints martyrs. En effet, alors que je dédicaçais une basilique, beaucoup de fidèles se sont mis à m'interpeller comme d'une seule voix, en disant : « Dédicacez-la comme la basilique de Rome ! » J'ai répondu : « Je le ferai, si je trouve des reliques de martyrs. » Aussitôt, la ferveur d'un pressentiment m'a envahi. Bref, le Seigneur nous a fait cette grâce. Malgré la crainte des clercs eux-mêmes, j'ai ordonné de déblayer la terre à l'endroit qui se trouve devant les grilles du tombeau des saints Félix et Nabor. J'ai trouvé des signes concordants. Ayant aussi fait venir des personnes sur qui nous devions imposer les mains, les saints martyrs commencèrent à se manifester à tel point que, alors que nous gardions encore le silence, une femme possédée fut saisie et jetée face contre terre sur le lieu même de la sainte sépulture. Nous avons trouvé deux hommes d'une taille extraordinaire, tels que les temps anciens en produisaient. Tous les os étaient intacts, le sang très abondant. Durant ces deux jours, l'affluence du peuple a été immense. Bref, nous avons tout disposé dans l'ordre et, à la tombée du soir, nous les avons transportées à la basilique de Fausta. Là, il y eut une veillée toute la nuit, avec imposition des mains. Le jour suivant, nous les avons transférées dans la basilique que l'on nomme l'Ambrosienne. Pendant le transfert, un aveugle a été guéri.

Lettres, 22:1-2

En effet, à notre propre époque, sous le règne de Julien qui surpassa tous les hommes en impiété, de nombreux prodiges se sont produits. Ainsi, alors que les Juifs tentaient de relever le temple de Jérusalem, un feu jaillit des fondations et les en empêcha tous. De même, quand le trésorier de l’empereur, ainsi que son oncle et homonyme, manifestèrent la fureur sacrilège de celui-ci contre les vases sacrés, le premier, dévoré par les vers, rendit l’âme, tandis que le second éclata par le milieu. De plus, le tarissement des sources après qu’on y eut offert des sacrifices, et la famine qui s’abattit sur les cités sous son règne, furent un signe éclatant. Car c’est la coutume de Dieu d’agir ainsi : lorsque les maux s’aggravent, qu’il voit les siens maltraités et leurs adversaires complètement ivres de la tyrannie qu’ils exercent contre eux, c’est alors qu’il manifeste sa propre puissance.

Homélies sur Matthieu, 4:1

Elle partit, accompagnée de ses servantes et de ses eunuques. Son mari eut grand-peine à la persuader de faire route assise sur un ânon. Arrivée auprès de lui, elle dit : « Je t’en prie, par Jésus notre Dieu infiniment bon, je t’adjure par sa croix et son sang, rends-moi mes trois fils ! Fais-le pour que le nom du Seigneur Sauveur soit glorifié dans la cité des païens, pour que son serviteur entre à Gaza et que l’idole de Marnas s’effondre ! » Mais Hilarion refusait, disant qu’il ne quitterait jamais sa cellule et qu’il n’avait pas pour habitude d’entrer dans une ville. Elle se jeta alors à terre et se mit à crier sans relâche : « Hilarion, serviteur du Christ, rends-moi mes enfants ! Antoine a sauvé bien des gens en Égypte ; c’est à toi de sauver les miens en Syrie. » Tous les assistants pleuraient ; et lui-même, tout en refusant, pleurait aussi. Bref, la femme ne partit pas avant qu’il ait promis d’entrer à Gaza après le coucher du soleil. Une fois sur place, il fit le signe de la croix sur la couche de chacun des enfants et sur leurs membres brûlants de fièvre, puis il invoqua le nom de Jésus. Et, ô puissance admirable ! une sueur jaillit de leurs trois corps en même temps, comme de trois sources. À l’heure même, ils acceptèrent de la nourriture. Reconnaissant leur mère en larmes et bénissant Dieu, ils baisèrent avec ferveur les mains du saint homme.

Vie de St. Hilarion

Dans cette même ville de Carthage, Innocentia, une femme d'une très grande piété appartenant à l'une des premières familles de la cité, souffrait d'un cancer au sein, un mal que les médecins jugeaient incurable par quelque remède que ce soit. En pareil cas, l'usage est soit de procéder à l'ablation du membre où la maladie apparaît, soit de renoncer à tout traitement afin de prolonger un peu la vie du patient — la mort, bien que retardée, étant inévitable —, conformément, dit-on, à l'avis d'Hippocrate. C'est ce qu'un médecin expert, très proche de sa famille, lui avait appris ; elle s'était alors tournée, par la prière, vers Dieu seul. À l'approche de Pâques, elle reçut en songe cet avertissement : alors qu'elle se tiendrait dans la partie du baptistère réservée aux femmes, la première nouvelle baptisée qui se présenterait à elle devrait lui tracer le signe du Christ sur l'endroit atteint. Elle s'exécuta, et la guérison fut immédiate.

Cité de Dieu

Car aujourd'hui encore, des miracles se produisent en son nom, que ce soit par ses sacrements, par les prières ou auprès des sanctuaires de ses saints. Cependant, ils ne sont pas mis en lumière avec le même éclat, de sorte qu'ils ne sont pas diffusés avec une gloire comparable à celle des premiers. En effet, le canon des Saintes Écritures, qu'il fallait clore, fait que les miracles d'autrefois sont lus partout et restent gravés dans la mémoire de tous les peuples. Ceux d'aujourd'hui, en revanche, où qu'ils se produisent, sont à peine connus de la ville entière ou de la localité où ils ont lieu. Car le plus souvent, même là, seul un très petit nombre de gens est au courant, le reste de la population l'ignorant, surtout si la ville est grande. Et lorsqu'on les raconte ailleurs, à d'autres personnes, l'autorité qui les garantit n'est pas assez grande pour qu'on les croie sans difficulté ni doute, même s'ils sont rapportés par des fidèles à d'autres fidèles. *Un aveugle guéri à Milan.* Le miracle qui s'est produit à Milan, alors que nous y étions, quand un aveugle a recouvré la vue, a pu parvenir à la connaissance d'un grand nombre de gens, parce que la ville est grande, que l'Empereur s'y trouvait alors, et que l'événement s'est déroulé devant une foule immense qui se pressait auprès des corps des martyrs Gervais et Protais. Ceux-ci, qui étaient cachés et totalement inconnus, furent retrouvés après avoir été révélés en songe à l'évêque Ambroise ; et c'est là que cet aveugle, ses vieilles ténèbres ayant été chassées, a vu la lumière du jour. *À Carthage, Innocentius est guéri de fistules...* À Carthage, en revanche, qui connaît, à part un très petit nombre de personnes, la guérison accordée à Innocentius, ancien avocat de la préfecture du vicaire, guérison à laquelle nous avons assisté et que nous avons vue de nos propres yeux ? En effet, alors que mon frère Alypius et moi arrivions d'outre-mer – nous n'étions pas encore clercs, mais déjà au service de Dieu –, c'est lui qui nous avait accueillis, car il était, avec toute sa maison, d'une très grande piété, et nous habitions alors chez lui. Il était soigné par des médecins pour des fistules, nombreuses et complexes, qu'il avait dans la partie postérieure et basse du corps. Ils l'avaient déjà opéré et complétaient le traitement avec des médicaments. Or, il avait enduré lors de cette opération des douleurs longues et aiguës. Mais l'une des nombreuses cavités avait échappé aux médecins et était restée si bien cachée qu'ils n'y avaient pas touché, alors qu'ils auraient dû l'ouvrir au scalpel. Finalement, toutes les plaies qu'ils avaient ouvertes et soignées étant guéries, seule celle-ci subsistait, sur laquelle leurs efforts se dépensaient en vain. Trouvant ces délais suspects et redoutant fort d'être opéré une seconde fois (ce que lui avait prédit un autre médecin, attaché à sa maison, que les chirurgiens n'avaient pas autorisé à assister, ne serait-ce que pour voir comment ils procédaient lors de la première opération, ce qui avait mis le maître en colère au point de le chasser de chez lui, avant de le réintégrer à grand-peine), il éclata et dit : « Allez-vous encore m'opérer ? Vais-je en arriver à ce qu'a dit celui que vous n'avez pas voulu avoir comme témoin ? » Ils se moquaient de ce médecin incompétent et tentaient d'apaiser la peur de leur patient par de bonnes paroles et des promesses. Plusieurs jours passèrent encore, et rien de ce qu'on faisait ne progressait. Les médecins persistaient pourtant dans leurs assurances, affirmant qu'ils refermeraient cette cavité non par le fer, mais par des médicaments. Ils firent appel à un autre médecin, déjà très âgé et fort réputé dans son art (il vivait encore), Ammonius, qui, après avoir inspecté la zone, promit la même chose qu'eux, fort de leur zèle et de leur compétence. Rassuré par son autorité, Innocentius se moqua de son médecin personnel, qui avait prédit une autre opération, avec une joyeuse ironie, comme s'il était déjà guéri. Que dire de plus ? Tant de jours s'écoulèrent ensuite en pure perte que, épuisés et désemparés, ils durent avouer qu'il ne pourrait en aucun cas être guéri sans une intervention chirurgicale. Il fut saisi de terreur, pâlit, bouleversé par une peur immense. Dès qu'il se reprit et put parler, il leur ordonna de partir et de ne plus s'approcher de lui. Épuisé par les larmes et contraint par la situation, il ne lui vint à l'esprit rien d'autre que de faire appel à un certain Alexandrin, considéré alors comme un chirurgien remarquable, pour qu'il fasse lui-même ce qu'il refusait, dans sa colère, de leur laisser faire. Mais quand celui-ci arriva et vit, en expert, le travail accompli sur les cicatrices, il agit en homme de bien et persuada le patient de laisser ceux qui avaient tant travaillé sur lui – au point que lui-même, en inspectant, s'en étonnait – jouir du fruit de leur guérison. Il ajouta qu'en vérité, il ne pourrait être sauvé sans être opéré ; mais qu'il était tout à fait contraire à ses principes de ravir, pour le peu qui restait à faire, la palme d'un si grand labeur à des hommes dont il admirait, en voyant ses cicatrices, le travail si savant, le soin et le zèle. Innocentius se laissa convaincre, et il fut convenu que ce seraient eux qui, en présence de l'Alexandrin, ouvriraient au scalpel cette cavité qui, de l'avis de tous désormais, ne pouvait guérir autrement. L'affaire fut reportée au lendemain. Mais après leur départ, la profonde tristesse du maître de maison provoqua dans la demeure une telle douleur que nous eûmes à peine la force de retenir des lamentations funèbres. Des hommes saints lui rendaient visite chaque jour : Saturninus, évêque d'Uzalis de bienheureuse mémoire, le prêtre Gulosus, ainsi que des diacres de l'église de Carthage. Parmi eux se trouvait Aurélius, dont seul il est encore de ce monde, aujourd'hui évêque, que nous devons nommer avec le respect qui lui est dû. En nous remémorant les merveilles de l'œuvre de Dieu, nous avons souvent parlé de cette affaire avec lui, et nous avons constaté qu'il se souvenait parfaitement de ce que nous rapportons. Alors qu'ils lui rendaient visite le soir, comme à leur habitude, il les supplia, avec des larmes déchirantes, de daigner être présents le lendemain matin à ses funérailles plutôt qu'à sa souffrance. Telle était la peur que lui avaient inspirée ses précédentes souffrances qu'il ne doutait pas de mourir entre les mains des médecins. Ils le réconfortèrent et l'exhortèrent à placer sa confiance en Dieu et à supporter sa volonté avec courage. Nous nous mîmes alors en prière. Tandis que nous nous agenouillions et nous prosternions à terre, selon la coutume, lui se jeta au sol comme s'il avait été renversé par une force violente, et il se mit à prier. Mais comment décrire par des mots sa manière de prier, sa ferveur, l'émotion de son âme, le torrent de larmes, les gémissements et les sanglots qui secouaient tout son corps et lui coupaient presque le souffle ? Je ne savais pas si les autres priaient ou si leur attention n'était pas détournée vers lui. Pour ma part, j'étais absolument incapable de prier. Je dis seulement, brièvement, dans mon cœur : « Seigneur, quelles prières de tes fidèles exauces-tu, si tu n'exauces pas celles-ci ? » Car il me semblait qu'on ne pouvait rien y ajouter, sinon qu'il expire en priant. Nous nous relevâmes et, après avoir reçu la bénédiction de l'évêque, nous partîmes. Il les pria d'être présents le matin ; ils l'exhortèrent à garder son calme. Le jour redouté se leva. Les serviteurs de Dieu étaient là, comme ils l'avaient promis. Les médecins entrèrent, on prépara tout ce que l'heure exigeait, les redoutables instruments chirurgicaux furent sortis, devant l'assemblée stupéfaite et suspendue. Tandis que les plus influents réconfortaient le patient dont le courage défaillait, on l'installa sur le lit pour l'opération, on dénoua les bandages, la zone fut mise à nu. Le médecin examina et, instrument en main et le regard fixé, il chercha la cavité à inciser. Il scruta avec ses yeux, palpa avec ses doigts, il explora de toutes les manières : il trouva une cicatrice parfaitement solide. Quant à la joie, la louange et l'action de grâce au Dieu miséricordieux et tout-puissant qui jaillit alors de toutes les bouches, dans des larmes de bonheur, il ne m'appartient pas de la confier à mes mots ; qu'on se la représente plutôt qu'on ne la décrive.

Cité de Dieu

Qui connaît l’histoire de ce médecin de la même ville, atteint de la goutte ? S’étant inscrit pour le baptême, il s’était vu interdire en songe, la veille du jour où il devait être baptisé, par des enfants noirs aux cheveux crépus — des démons, comprit-il — de recevoir le sacrement cette année-là. Refusant de leur obéir, alors même qu’ils lui piétinaient les pieds jusqu’à lui infliger une douleur plus aiguë qu’il n’en avait jamais connue, il passa outre et, triomphant d’eux, ne différa pas de recevoir le bain de la régénération, comme il en avait fait le vœu. Au moment même du baptême, il fut délivré non seulement de la douleur qui le torturait plus violemment que d’habitude, mais aussi de la goutte elle-même ; et par la suite, durant la longue vie qu’il vécut, il ne souffrit plus jamais des pieds. Nous, pourtant, nous le savons, ainsi que les très rares frères à qui ce fait a pu être rapporté.

Cité de Dieu

Que faire ? L’engagement de mener cet ouvrage à son terme me presse, et je ne peux donc pas rapporter ici tout ce que je sais. Et sans aucun doute, la plupart des nôtres, en lisant ces lignes, regretteront que j’aie omis tant de faits qu’ils connaissent assurément tout comme moi. Je leur demande dès maintenant de me pardonner et de considérer quelle tâche considérable serait d’accomplir ce que les exigences de mon entreprise m’obligent à ne pas faire ici. En effet, si je voulais seulement décrire les miracles de guérison, pour ne rien dire des autres, qui se sont produits par l’intercession de ce martyr, le très glorieux Étienne, dans la colonie de Calame et dans la nôtre, il faudrait écrire de très nombreux livres ; et même ainsi, on ne pourrait pas tous les rassembler, mais seulement ceux pour lesquels des rapports ont été remis afin d’être lus publiquement. C’est en effet la pratique que nous avons voulu instaurer, en voyant que des signes de la puissance divine, semblables à ceux des temps anciens, se produisaient fréquemment aussi à notre époque, et qu’ils ne devaient pas sombrer dans l’oubli général. Or, il n’y a pas encore deux ans que ce sanctuaire a été établi à Hippone, et bien que de nombreux rapports sur les miracles accomplis n’aient pas été remis – ce dont nous sommes absolument certains –, ceux qui l’ont été atteignaient déjà le nombre de près de soixante-dix au moment où j’écrivais ces lignes. À Calame, en revanche, où le sanctuaire a été établi plus tôt et où les rapports sont remis plus fréquemment, leur nombre est incomparablement plus élevé. À Uzalis également, colonie voisine d’Utique, nous avons eu connaissance de nombreux miracles éclatants accomplis par le même martyr. Son sanctuaire y a été fondé par l’évêque Évodius, bien avant le nôtre. Mais l’usage d’y remettre des rapports n’existe pas, ou plutôt n’existait pas, car il se pourrait qu’il ait maintenant commencé. En effet, lors d’une visite récente, nous avons exhorté Pétronille, une femme de très haute distinction qui y fut miraculeusement guérie d’une maladie grave et prolongée contre laquelle tous les secours des médecins avaient échoué, à remettre un rapport pour qu’il soit lu publiquement, ce qu’elle fit très volontiers, avec l’accord de l’évêque local. Dans ce rapport, elle a aussi mentionné un fait que je ne peux passer sous silence, bien que je sois pressé de poursuivre les sujets urgents de cet ouvrage. Elle a raconté qu’un Juif l’avait persuadée d’insérer une bague dans une ceinture de crin, qu’elle porterait à même la peau, sous tous ses vêtements ; cette bague contenait sous sa gemme une pierre trouvée dans le rein d’un bœuf. Ceinte de ce prétendu remède, elle se rendait au sanctuaire du saint martyr. Mais partie de Carthage, alors qu’elle s’était arrêtée sur ses terres, près du fleuve Bagrada, au moment de se lever pour poursuivre sa route, elle vit la bague gisant à ses pieds. Étonnée, elle examina la ceinture de crin à laquelle la bague avait été attachée. L’ayant trouvée toujours solidement nouée comme elle l’était, avec ses nœuds très serrés, elle supposa que la bague s’était brisée et en avait sauté. Mais comme la bague elle-même fut retrouvée parfaitement intacte, elle considéra avoir reçu par ce grand miracle une sorte de gage de sa guérison future. Et, défaisant ce lien, elle le jeta dans le fleuve avec la bague. Que ceux-là n’y croient pas, qui ne croient pas non plus que le Seigneur Jésus est né sans altérer la virginité de sa mère, et qu’il est entré auprès de ses disciples alors que les portes étaient closes ; mais qu’ils fassent au moins enquête sur ce fait, et s’ils le trouvent vrai, qu’ils croient alors au reste. C’est une femme de très haute distinction, de noble naissance, noblement mariée ; elle habite Carthage. Une ville si grande et une personne si connue ne permettent pas à l’affaire de rester cachée à qui veut s’informer. Le martyr lui-même, par l’intercession duquel elle a été guérie, a cru, lui, au fils d’une vierge qui l’est demeurée ; il a cru en celui qui est entré auprès des disciples alors que les portes étaient closes ; enfin – et c’est la raison pour laquelle nous disons tout cela –, il a cru en celui qui est monté au ciel avec la chair dans laquelle il était ressuscité. Et c’est pourquoi de si grandes choses s’accomplissent par son intermédiaire : parce que pour cette foi, il a donné sa vie. De nombreux miracles s’accomplissent donc aujourd’hui encore, par l’action du même Dieu qui a accompli ceux que nous lisons dans l’Écriture ; il agit par qui il veut et comme il veut. Mais les miracles actuels n’atteignent pas la même notoriété et ne sont pas, par des lectures répétées, comme martelés dans la mémoire pour qu’ils ne s’en effacent plus. Car même là où l’on a pris soin – comme cela commence à se faire chez nous – de lire publiquement les rapports de ceux qui ont obtenu une grâce, ceux qui sont présents n’entendent cela qu’une seule fois, et beaucoup sont absents ; de sorte que même ceux qui étaient là ne retiennent plus ce qu’ils ont entendu après quelques jours, et l’on trouve à peine, parmi eux, quelqu’un pour rapporter ce qu’il a entendu à une personne qu’il sait avoir été absente.

Cité de Dieu