Tertullien
Quintus Septimius Florens Tertullianus
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“Nous croyons, certes, en un Dieu unique, mais selon cette disposition que nous appelons l'économie : que ce Dieu unique ait aussi un Fils, son Verbe, qui est issu de lui-même, par qui tout a été fait et sans qui rien n'a été fait.”
“Celui que nous adorons est le Dieu unique. C'est lui qui, du néant, a fait surgir toute cette masse de l'univers, avec tout l'appareil des éléments, des corps et des esprits, par le Verbe qui a commandé, la raison qui a organisé et la puissance qui a accompli, pour en faire l'ornement de sa majesté. Voilà pourquoi les Grecs, eux aussi, ont donné au monde le nom de cosmos.”
— Apologie
“... qu'il y a un Dieu absolument unique, le Créateur du monde ; c'est lui qui a tiré l'univers du néant par son Verbe, émis avant toute chose.”
“Quant à nous, qui depuis toujours, et plus encore aujourd’hui, sommes mieux instruits par le Paraclet — celui qui conduit à toute la vérité —, nous croyons bien en un Dieu unique, mais selon cette disposition, que nous appelons « économie », qui veut que ce Dieu unique ait aussi un Fils, son Verbe, qui a procédé de lui-même, par qui tout a été fait et sans qui rien n’a été fait. Ce Fils a été envoyé par le Père dans la Vierge, et d’elle il est né homme et Dieu, Fils de l’homme et Fils de Dieu, et a été nommé Jésus Christ. Il a souffert, il est mort et a été enseveli selon les Écritures ; il a été ressuscité par le Père, a été repris dans les cieux où il siège à la droite du Père, et viendra juger les vivants et les morts. De là, selon sa promesse, il a envoyé d’auprès du Père l’Esprit Saint, le Paraclet, qui sanctifie la foi de ceux qui croient au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Cette règle de foi a eu cours dès le commencement de l’Évangile, avant même les tout premiers hérétiques, et à plus forte raison avant Praxéas, cet homme d’hier.”
“Tenez-vous-en partout à cette règle que je professe, par laquelle j’atteste que le Père, le Fils et l’Esprit sont inséparables l’un de l’autre ; ainsi, vous saurez reconnaître ce qui est dit et de quelle manière. Car voici ce que je dis : le Père est autre, le Fils autre, et l’Esprit autre. Toute personne simple ou mal intentionnée interprète mal cette parole, comme si elle signifiait une diversité et que de cette diversité découlait une séparation du Père, du Fils et de l’Esprit.”
“Ainsi, la connexion du Père dans le Fils, et du Fils dans le Paraclet, en fait trois qui sont cohérents, l'un de l'autre. Ces trois sont un, non pas un seul, comme il a été dit : « Moi et le Père, nous sommes un », pour signifier l'unité de substance, et non la singularité du nombre.”
“Cependant, tout en maintenant ce principe, il faut néanmoins, pour l’instruction et l’affermissement de certains, ménager une place à la discussion. Il s’agit d’éviter que chaque doctrine perverse ne paraisse condamnée sans examen, mais par un simple préjugé. C’est le cas surtout de celle-ci, qui prétend détenir la pure vérité en soutenant qu’il n’y a pas d’autre manière de croire au Dieu unique qu’en disant qu’il est lui-même et identiquement le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Comme si, dans notre doctrine, l’Un n’était pas aussi le Tout, puisque de l’Un procède toute chose — en vertu, bien sûr, de l’unité de substance — et comme si, en même temps, n’était pas sauvegardé le mystère de l’Économie, laquelle déploie l’unité en une trinité, en ordonnant les trois : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Trois, cependant, non par la condition, mais par le rang ; non par la substance, mais par la forme ; non par la puissance, mais par l’aspect ; mais d’une seule substance.”
“...et que soit néanmoins sauvegardé le mystère de l'Économie, qui dispose l'unité en trinité, en présentant les trois : le Père, et le Fils, et le Saint-Esprit. Trois, non par l'état, mais par le degré ; ni par la substance, mais par la forme ; ni par la puissance, mais par l'aspect ; mais d'une seule substance, d'un seul état et d'une seule puissance. Car il y a un seul Dieu, de qui procèdent ces degrés, ces formes et ces aspects, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.”
“Pourtant, nous ne professons jamais deux Dieux et deux Seigneurs. Ce n’est pas que le Père ne soit pas Dieu, et le Fils Dieu, et l'Esprit Saint Dieu, et que chacun d’eux ne soit pas Dieu ; mais c'est parce que, par le passé, on proclamait deux dieux et deux seigneurs, afin que, le Christ une fois venu, il soit reconnu comme Dieu et appelé Seigneur, en tant que Fils de Dieu et du Seigneur.”
“C’est ainsi que la condition propre de chacune des deux substances a manifesté l’homme et Dieu : d’un côté né, de l’autre non né ; d’un côté charnel, de l’autre spirituel ; d’un côté faible, de l’autre infiniment fort ; d’un côté mortel, de l’autre vivant.”
“Car Dieu seul est sans péché, et le seul homme sans péché est le Christ, parce que le Christ est aussi Dieu.”
“C'est ainsi qu'il l'a fait son égal, lui qui, en procédant de lui, est devenu le Fils : le Premier-né, puisqu'engendré avant toutes choses, et l'Unique, puisqu'il est le seul à être engendré de Dieu, issu à proprement parler des entrailles de son cœur même, selon le témoignage que le Père lui-même en donne : « De mon cœur a jailli une Parole excellente. »”
“...car je crois que l'Esprit ne procède que du Père par le Fils.”
“La condition du Dieu unique impose cette règle : il n'est unique que parce qu'il est seul ; il n'est seul que parce que rien n'existe avec lui. Ainsi, il est aussi le premier, parce que tout est après lui ; et si tout est après lui, c'est que tout vient de lui ; et si tout vient de lui, c'est que tout vient de rien, afin que soit aussi confirmée la parole de l'Écriture : Qui a connu la pensée du Seigneur ? Ou qui a été son conseiller ? Ou qui a-t-il consulté ? Ou qui lui a montré le chemin de l'intelligence et de la science ? Qui lui a donné le premier, pour en être payé de retour ?”
“Voici donc la règle de foi, et nous affirmons dès maintenant que c'est elle que nous défendons : il s'agit de croire qu'il n'y a absolument qu'un seul Dieu, et nul autre que le créateur du monde, qui a produit l'univers à partir de rien par son Verbe, émis le premier de tous.”
“Par conséquent, aie confiance qu'il a tiré tout cela du néant, et tu connais Dieu en croyant à une telle puissance.”
“Où était alors Marcion, cet armateur du Pont, adepte du stoïcisme ? Où était Valentin, disciple du platonisme ? Car il est bien établi qu'ils ne sont pas si anciens, puisqu'ils vécurent à peu près sous le principat d'Antonin, et qu'ils adhérèrent d'abord à la doctrine catholique au sein de l'église de Rome, sous l'épiscopat du bienheureux Éleuthère. Ils y restèrent jusqu'à ce que leur curiosité toujours inquiète, qui les poussait d'ailleurs à se tenir à l'écart des frères, leur vaille d'être exclus une première, puis une seconde fois...”
“C'est pourquoi ils ont fondé des églises dans chaque cité. Auprès d'elles, les autres églises ont ensuite emprunté — et continuent d'emprunter chaque jour — le surgeon de la foi et les semences de la doctrine pour devenir elles-mêmes des églises. De ce fait, elles sont, elles aussi, considérées comme apostoliques, en tant que descendance des églises apostoliques. Toute lignée doit nécessairement être rattachée à son origine. Par conséquent, ces églises, si nombreuses et si grandes, n'en sont qu'une seule : cette Église première, issue des apôtres, de qui toutes procèdent. Ainsi, toutes sont premières et apostoliques, dès lors qu'elles attestent toutes ensemble de leur unité, tant qu'elles maintiennent entre elles la communion de la paix, le titre de fraternité et le partage des droits de l'hospitalité ; ces liens sacrés n'ont d'autre règle que l'unique tradition d'un même mystère.”
“C'est donc ici que nous intervenons, et nous voudrions avant tout faire cette remarque capitale : on ne peut prouver ce que les Apôtres ont prêché — c'est-à-dire ce que le Christ leur a révélé — autrement que par les Églises qu'ils ont eux-mêmes fondées en leur prêchant personnellement, tant de vive voix, comme on dit, que plus tard par leurs lettres. S'il en est ainsi, il est donc évident que toute doctrine qui s'accorde avec ces Églises apostoliques, mères et sources originelles de la foi, doit être considérée comme la vérité, puisqu'elle détient sans aucun doute ce que les Églises ont reçu des Apôtres, les Apôtres du Christ, et le Christ de Dieu. Inversement, toute doctrine qui contredit la vérité des Églises, des Apôtres, du Christ et de Dieu doit être d'emblée jugée mensongère. Il reste par conséquent à démontrer si notre doctrine, dont nous avons exposé la règle plus haut, relève bien de la tradition des Apôtres et, par là même, si les autres procèdent du mensonge.”
“D'ailleurs, si certaines hérésies osent se rattacher à l’âge apostolique pour donner l’impression d’avoir été transmises par les Apôtres, au prétexte qu’elles existaient à leur époque, nous pouvons leur lancer ce défi : qu’elles exposent donc l’origine de leurs églises ! Qu’elles déroulent la liste de leurs évêques, en suivant la succession depuis l’origine, de sorte que leur tout premier évêque ait eu pour fondateur et prédécesseur l’un des Apôtres, ou l’un de ces hommes apostoliques qui, bien entendu, aura persévéré avec les Apôtres. C’est en effet de cette manière que les églises apostoliques justifient leur filiation : ainsi, l’Église de Smyrne atteste que Polycarpe y fut établi par Jean, et celle de Rome, que Clément y fut ordonné par Pierre. De même, les autres églises peuvent-elles aussi montrer quels hommes, établis par les Apôtres dans l’épiscopat, elles possèdent comme transmetteurs de la semence apostolique. Que les hérétiques inventent quelque chose de semblable ! Après le blasphème, qu’est-ce qui leur est encore interdit ? Mais même s’ils l’inventaient, cela ne leur servirait à rien. Car leur doctrine elle-même, comparée à celle des Apôtres, manifestera par sa divergence et sa contradiction qu’elle n’a pour auteur ni un apôtre, ni un homme apostolique. En effet, de même que les Apôtres n’auraient pas enseigné des doctrines contradictoires, les hommes apostoliques n’auraient pas non plus transmis un enseignement contraire aux Apôtres – à moins, bien sûr, que ceux qui furent formés par les Apôtres se soient mis à prêcher autre chose ! C’est donc à ce critère que les hérésies seront jugées, par comparaison avec ces églises qui, bien qu’elles ne puissent présenter aucun Apôtre ou homme apostolique comme fondateur — étant beaucoup plus récentes, et de nouvelles étant même fondées chaque jour —, n’en sont pas moins tenues pour apostoliques, parce qu’elles convergent dans la même foi, en vertu de la parenté de leur doctrine. Ainsi, que toutes les hérésies, mises au défi par nos églises selon ce double critère, prouvent donc leur prétendue apostolicité de la manière qui leur conviendra. Mais en réalité, elles ne le sont pas, et ne peuvent prouver ce qu’elles ne sont pas. Elles ne sont d’ailleurs pas accueillies dans la paix et la communion par les églises qui sont, d’une manière ou d’une autre, apostoliques ; et pour cause : en raison de la divergence de leur règle de foi, elles ne sont elles-mêmes en rien apostoliques.”
“Est-ce parce que le Seigneur a dit à Pierre : « C’est sur cette pierre que je bâtirai mon église ; je t’ai donné les clés du royaume des cieux », ou encore : « Tout ce que tu auras lié ou délié sur la terre sera lié ou délié dans les cieux », que tu en déduis que le pouvoir de délier et de lier s’est transmis jusqu’à toi, c’est-à-dire jusqu’à toute église proche de Pierre ? Qui es-tu pour renverser et altérer l’intention manifeste du Seigneur, qui conférait ce pouvoir à Pierre à titre personnel ? C’est « sur toi », dit-il, « que je bâtirai mon église » ; c’est « à toi que je donnerai les clés », et non à l’église ; c’est « tout ce que tu délieras ou lieras », et non ce qu’ils délieront ou lieront.”
— Modestie
“Quelque chose aurait-il échappé à Pierre, appelé la pierre sur laquelle l'église serait bâtie, lui qui a reçu les clés du royaume des cieux et le pouvoir de délier et de lier dans les cieux et sur la terre ?”
“En effet, même si tu crois le ciel encore fermé, rappelle-toi que le Seigneur a laissé ici-bas ses clés à Pierre et, par lui, à l'église ; ce sont ces clés que chacun, après avoir été interrogé et avoir professé sa foi, emportera avec lui.”
“La discipline dirige l'homme, le pouvoir confère l'autorité. Car le pouvoir est une chose, l'Esprit en revanche est Dieu. Or, qu'enseignait-il ? De ne pas prendre part aux œuvres des ténèbres. Observe ce qu'il commande. Mais qui pouvait pardonner les péchés ? Cela n'appartient qu'à lui seul. Car qui remet les péchés, sinon Dieu seul ? Et bien sûr, les péchés mortels commis contre lui et contre son temple.”
— Modestie
“Allez ! Toi qui veux employer au mieux ton zèle pour l'affaire de ton salut, parcours les églises apostoliques. Auprès d'elles, les chaires mêmes des apôtres président encore à leur place ; auprès d'elles, on lit encore leurs lettres authentiques, qui font résonner la voix et rendent présent le visage de chacun d'eux. L'Achaïe est-elle la plus proche de toi ? Tu as Corinthe. Si tu n'es pas loin de la Macédoine, tu as Philippes, tu as Thessalonique. Si tu peux te rendre en Asie, tu as Éphèse. Si, par ailleurs, tu es proche de l'Italie, tu as Rome, d'où nous vient à nous aussi l'autorité. Voyons quel lait les Corinthiens ont reçu de Paul ; selon quelle règle les Galates ont été redressés ; ce que lisent les Philippiens, les Thessaloniciens, les Éphésiens ; ce que proclament aussi les Romains, tout proches, à qui Pierre et Paul ont laissé l'Évangile, scellé de leur propre sang.”
“C'est de cette manière, en effet, que les églises apostoliques présentent leurs titres de succession : ainsi, l'église de Smyrne rapporte que Polycarpe fut établi par Jean ; de même, celle de Rome fait connaître que Clément fut ordonné par Pierre.”
“Si, par ailleurs, tu es proche de l'Italie, tu as Rome, d'où l'autorité nous est aussi accessible. Bienheureuse Église ! C'est pour elle que les Apôtres ont répandu toute leur doctrine avec leur propre sang ; là où Pierre est assimilé à la passion du Seigneur ; là où Paul est couronné de la même fin que Jean ; là où l'apôtre Jean, après avoir été plongé dans l'huile bouillante sans en souffrir, est exilé sur une île.”
“C’est en effet de cette manière que les églises apostoliques présentent leurs listes de succession : ainsi, l’église de Smyrne atteste que Polycarpe a été établi par Jean, et celle de Rome proclame que Clément a été ordonné par Pierre.”
“Je présume que la plupart des gens, considérant cette démarche comme un étalage public de leur personne, la fuient ou la remettent de jour en jour, plus soucieux de leur pudeur que de leur salut. Ils ressemblent à ceux qui, atteints d'une maladie aux parties les plus intimes du corps, se dérobent au savoir des médecins et meurent ainsi, consumés par leur honte. Intolérable, n'est-ce pas, pour leur pudeur, de donner satisfaction au Seigneur offensé et d'être rétablis dans le salut qu'ils ont trahi ! Quelle admirable pudeur que la tienne, en vérité ! Tu lèves le front pour pécher, mais tu le baisses pour supplier. Pour ma part, je ne laisse aucune place à la honte, car je gagne bien plus à sa disparition. Elle-même, en quelque sorte, semble exhorter l'homme en lui disant : « Ne t'occupe pas de moi ; grâce à toi, il vaut mieux pour moi périr. »”
“Quant à nous, l’homicide nous étant définitivement interdit, il ne nous est même pas permis de détruire ce qui est conçu dans le sein maternel, alors que le sang est encore en train de se façonner en être humain. C’est un homicide par anticipation que d’empêcher de naître ; peu importe qu’on arrache la vie à un être déjà né ou qu’on anéantisse celui qui est en train de naître. Est déjà un homme celui qui le deviendra. Tout le fruit, de même, est déjà dans la semence.”
— Apologie
“Ainsi, dans l’arsenal des médecins, il y a l’instrument qui, par son mécanisme de torsion, force d’abord les parties secrètes à s’ouvrir. Il y a le scalpel annulaire, avec lequel on découpe les membres à l’intérieur, au prix d’une décision angoissante. Il y a le crochet émoussé, qui sert à extraire toute cette œuvre du crime par un accouchement violent. Il y a même une aiguille de bronze, qui guide l’égorgement lui-même : un brigandage à l’aveugle. On l’appelle ἐμβρυοσφάκτην, le « tueur d’embryon », un nom tiré de sa fonction infanticide, puisqu’il est destiné à supprimer un enfant sans aucun doute vivant. Hippocrate en possédait un, tout comme Asclépiade, Érasistrate, le grand dissecteur Hérophile, et même le plus humain d'entre eux, Soranus. Tous étaient en effet convaincus que le fœtus est un être vivant et, prenant en pitié une enfance si profondément malheureuse, ils préféraient le tuer avant, pour éviter qu’il ne soit lacéré vivant.”
“Or, nous reconnaissons la vie dès la conception, car nous revendiquons l'âme dès la conception. Dès lors en effet, la vie est là où est l'âme.”
“Car la loi de Moïse elle-même ne soumet l’auteur d’un avortement à la peine du talion que lorsqu’il s’agit déjà d’un être humain.”
“Quant aux autres déchaînements impies de la luxure, ceux qui s'exercent contre les corps et les sexes en violation des lois de la nature, nous les chassons non seulement du seuil, mais de l'édifice tout entier de l'Église ; car ce ne sont pas là des péchés, mais des monstruosités.”
— Modestie
“Nous observons que parmi les arts, certaines professions sont elles aussi exposées à l'idolâtrie. Des astrologues, il n'est même pas besoin de parler. Mais puisqu'un individu, ces jours-ci, a lancé un débat pour défendre son droit de persévérer dans cette profession, je serai bref. Je ne m'attarderai pas sur le fait que l'astrologie honore des idoles, dont elle a inscrit les noms dans le ciel et auxquelles elle a attribué toute la puissance de Dieu ; si bien que les hommes, convaincus d'être régis par le décret immuable des étoiles, ne jugent plus nécessaire de chercher Dieu. Je n'avancerai qu'un seul argument : il s'agit de ces anges, déserteurs de Dieu, amants des femmes, qui ont aussi transmis cet art indiscret et qui, pour cette raison même, ont été condamnés par Dieu.”
“Il ne sera donc pas inutile, ce traité sur le sacrement de notre eau, par laquelle, une fois purifiés des fautes de notre aveuglement passé, nous sommes libérés pour la vie éternelle. Il est destiné à instruire aussi bien ceux qui sont en pleine formation que ceux qui, se contentant d'une foi simple et n'ayant pas exploré les fondements des traditions, portent en eux, par manque de connaissance, une foi exposée à la tentation. Et de fait, tout récemment par ici, une vipère des plus venimeuses, issue de l'hérésie caïnite, a ravi de très nombreuses personnes par sa doctrine, en s'attaquant avant tout au baptême. Ce qui est parfaitement conforme à sa nature : car les vipères, les aspics et les basilics eux-mêmes recherchent habituellement les lieux arides et sans eau. Mais nous, petits poissons, à l'image de notre ΙΧΘΥΣ, Jésus Christ, nous naissons dans l'eau, et ce n'est qu'en demeurant dans l'eau que nous sommes sauvés. Voilà pourquoi cette créature monstrueuse entre toutes, qui n'avait même pas le plein droit d'enseigner, savait parfaitement comment tuer les petits poissons : en les arrachant à l'eau.”
— Baptême
“L’acte est corporel, puisque nous sommes plongés dans l’eau ; l’effet est spirituel, puisque nous sommes libérés des péchés.”
— Baptême
“Or, lorsqu’il est posé en règle que le salut n’appartient à personne sans le baptême, c’est principalement en vertu de cette déclaration du Seigneur qui dit : « Si quelqu'un ne naît pas de l’eau, il n’aura pas la vie… »”
— Baptême
“...nul n'obtient le salut sans le baptême...”
— Baptême
“Il existe bien pour nous un second baptême, lui aussi unique : celui du sang. C’est celui dont le Seigneur disait : « Je dois être baptisé d’un baptême », alors qu’il avait déjà été baptisé. Car il était venu par l’eau et par le sang, comme l’a écrit Jean, pour être baptisé par l’eau et glorifié par le sang, et faire ainsi de nous des appelés par l’eau et des élus par le sang. Ces deux baptêmes, il les a fait jaillir de la blessure de son côté transpercé : pour que ceux qui croiraient en son sang soient lavés par l’eau, et que ceux qui auraient été lavés par l’eau boivent aussi le sang. Tel est le baptême qui remplace celui que l’on n’a pas reçu et restitue celui que l’on avait perdu.”
— Baptême
“...et après sa résurrection, il promet d’envoyer aux disciples la promesse du Père ; finalement, il leur commande de baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit — non en un seul. Car nous ne sommes pas baptisés une seule fois, mais bien trois fois : à chaque nom, pour chaque personne.”
“Ensuite, en sortant du bain, nous recevons une onction bénie, conformément à l’ancienne discipline selon laquelle on oignait d’huile au moyen d’une corne pour conférer le sacerdoce, depuis qu’Aaron fut oint par Moïse. C’est de là que le Christ tire son nom : du chrisme, qui est l’onction et qui a donné son nom au Seigneur. Cette onction est devenue spirituelle, parce qu’il a été oint de l’Esprit par Dieu le Père, comme il est dit dans les Actes : Car en vérité, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint Fils, que tu as oint. Ainsi pour nous, l’onction se répand sur la chair, mais elle porte un fruit spirituel ; de même, l’acte du baptême est charnel, puisque nous sommes plongés dans l'eau, tandis que son effet est spirituel, puisque nous sommes libérés de nos fautes.”
— Baptême
“... il suffirait de cet argument : aucune âme ne peut absolument obtenir le salut si elle n’a pas cru tandis qu’elle est dans la chair. À ce point la chair est le pivot du salut. ... De fait, la chair est lavée, pour que l’âme soit purifiée ; la chair est ointe, pour que l’âme soit consacrée ; la chair est marquée du signe, pour que l’âme aussi soit fortifiée ; la chair est couverte de l’ombre par l’imposition de la main, pour que l’âme aussi soit illuminée par l’Esprit ; la chair se nourrit du corps et du sang du Christ, pour que l’âme aussi se rassasie de Dieu. Ne peuvent donc être séparées dans la récompense, celles que l’œuvre unit.”
“À ce point, la chair est le pivot du salut. En somme, quand l'âme est unie à Dieu, c'est la chair qui rend cette union possible. Ainsi, la chair est lavée pour que l'âme soit purifiée ; la chair est ointe pour que l'âme soit consacrée ; la chair est marquée du signe pour que l'âme aussi soit fortifiée ; la chair est ombrée par l'imposition des mains pour que l'âme aussi soit illuminée par l'Esprit ; la chair se nourrit du corps et du sang du Christ pour que l'âme aussi se nourrisse de Dieu.”
“Et d'ailleurs, une certaine vipère de l'hérésie caïnite, de passage chez vous tout récemment, a séduit la plupart des gens par sa doctrine des plus venimeuses, en détruisant avant tout le baptême. C'est tout à fait conforme à sa nature : car, en général, les vipères, les aspics et les basilics eux-mêmes recherchent les lieux arides et sans eau. Mais nous, petits poissons, à l'image de notre ΙΧΘΥΣ, Jésus-Christ, nous naissons dans l'eau, et ce n'est qu'en demeurant dans l'eau que nous sommes sauvés. Voilà pourquoi cette créature monstrueuse, qui n'avait même pas le droit d'enseigner légitimement, savait parfaitement comment tuer les petits poissons : en les arrachant à l'eau.”
— Baptême
“En effet, peu leur importent leurs divergences, du moment qu’ils s’unissent pour saper l’unique vérité. Tous sont bouffis d’orgueil, tous promettent la connaissance. Leurs catéchumènes sont parfaits avant même d’être instruits. Leurs femmes hérétiques elles-mêmes, quelle impudence ! Elles qui osent enseigner, débattre, pratiquer des exorcismes, jusqu’à promettre des guérisons.”
“Il n’est pas permis à la femme de parler dans l’assemblée, ni d’enseigner, ni de baptiser, ni d’offrir, ni de s’attribuer la moindre charge masculine, et à plus forte raison l’office sacerdotal.”
“En somme, que celui qui soutient qu'il faut encore observer le sabbat comme un moyen de salut, et la circoncision le huitième jour en raison de la menace de mort, nous prouve que par le passé les justes ont observé le sabbat ou ont été circoncis, et que c'est ainsi qu'ils sont devenus les amis de Dieu. Car si la circoncision purifie l'homme, pourquoi Dieu, en créant Adam incirconcis, ne l'a-t-il pas circoncis, ou ne l'a-t-il pas fait même après sa faute, si la circoncision purifie ? ... Par conséquent, puisque Dieu n’avait institué Adam ni circoncis ni observant le sabbat, il a logiquement fait aussi l'éloge de son descendant Abel, qui lui offrait des sacrifices, bien qu’incirconcis et n’observant pas le sabbat... Noé également, Dieu l'a sauvé du déluge, bien qu'incirconcis et n'observant pas le sabbat. Car Hénok, ce si grand juste, lui non plus ni circoncis ni observant le sabbat, Dieu l'a enlevé de ce monde ; et il n'a pas encore goûté la mort, afin que, destiné à l'éternité, il nous montre dès à présent que nous pouvons, nous aussi, plaire à Dieu sans le fardeau de la Loi de Moïse.”
“Sur ce point aussi, la raison le justifie : Dieu a reconquis son image et sa ressemblance, que le diable avait capturées, par une opération en miroir. Car dans Ève, encore vierge, s’était insinuée la parole qui édifie la mort ; il fallait de même qu'en une vierge soit introduit le Verbe de Dieu qui édifie la vie, afin que ce qui, par ce sexe, était allé à sa perte, soit ramené au salut par ce même sexe. Ève avait cru le serpent, Marie a cru Gabriel. La faute que la première a commise en croyant, la seconde l'a effacée en croyant.”
“Pour nous, la foi est un rempart, si elle n'est pas elle-même frappée par l'hésitation à tracer aussitôt le signe, à exorciser et à écraser la bête sous le talon. C'est bien de cette manière que nous venons souvent en aide même aux païens, dotés par Dieu de ce pouvoir que l'Apôtre a manifesté (Actes 28), lorsqu'il méprisa la morsure de la vipère.”
“Telle était la faveur des Juifs auprès de Dieu, qui tenait à la justice remarquable et à la foi de leurs pères fondateurs ; de là vinrent pour eux la grandeur de leur peuple et la majesté de leur royaume, et un bonheur si grand que la voix même de Dieu, qui les instruisait, les avertissait sur la manière de mériter sa bienveillance et de ne pas l'offenser.”
— Apologie
“En effet, Dieu ne tient pas pour valable le rejet des bonnes œuvres, puisqu'elles sont siennes. Comme il en est l'auteur et le défenseur, il est donc nécessaire qu'il les accueille ; et s'il les accueille, il les récompense aussi.”
“De plus, nous annonçons un jugement fixé par Dieu après la mort, selon les mérites de chacun.”
“Pour les défunts, nous faisons des offrandes le jour anniversaire de leur mort, chaque année.”
— Chapelet
“En vérité, elle prie pour son âme, et demande pour lui le réconfort dans l'attente et la communion à la première résurrection, et offre le sacrifice aux jours anniversaires de sa mort.”
“...de peur qu'il ne t'accuse devant Dieu le Juge d'être un fraudeur, un transgresseur du pacte ; que le juge ne te livre alors à l'ange de l'exécution, et que celui-ci ne te fasse jeter dans la prison des enfers, d'où tu ne seras libéré qu'après avoir soldé jusqu'à la plus petite faute par un retard de la résurrection. Quel sens plus juste, quelle interprétation plus vraie ?”
“...celui qui a ensuite manifesté par les pluies et par les feux les signes de sa majesté de juge ; qui, pour s’attacher un peuple, a établi des préceptes que vous ignorez ou que vous désertez ; mais qui a aussi destiné des récompenses à ceux qui les observent, puisqu’il est celui qui, à la fin de cet âge, doit juger ses propres adorateurs pour leur donner en rétribution la vie éternelle, et les profanes pour les vouer à un feu tout aussi perpétuel et incessant...”
— Apologie
“Alors, le genre humain tout entier sera rétabli pour rendre compte de ce qu'il aura mérité dans cette vie, en bien ou en mal, et être ensuite livré à une éternité sans fin. C'est pourquoi il n'y aura plus de mort, ni de résurrections successives ; mais nous serons ceux-là mêmes que nous sommes maintenant, et non d'autres par la suite. Les serviteurs de Dieu demeureront pour toujours auprès de Dieu, revêtus de la substance même de l'éternité ; quant aux profanes et à ceux qui ne se sont pas entièrement donnés à Dieu, ils subiront le châtiment d'un feu tout aussi perpétuel, qui tient de sa nature même, par une disposition divine, son caractère incorruptible.”
— Apologie
“Allez donc ! Qu'un philosophe vienne affirmer, selon le mot de Labérius sur la doctrine de Pythagore, qu'un homme naît d'un mulet et une couleuvre d'une femme, et qu'il déploie toute la puissance de son éloquence pour plier les arguments en faveur de cette thèse : ne parviendra-t-il pas à susciter l'adhésion et à implanter la conviction qu'il faut même s'abstenir de la chair des animaux ? Et voilà pourquoi certains se laisseront peut-être persuader, de peur de dévorer par hasard la chair de bœuf de l'un de leurs aïeux. Mais en revanche, si un chrétien promet le retour de l'homme à partir de l'homme lui-même, et de ce même Caïus à partir de Caïus, c'est aussitôt un déchaînement de fureur : le peuple réclamera qu'on le livre aux pierres, sans même se contenter de le rouer de coups. Comme si le principe, quel qu'il soit, qui préside au retour des âmes humaines dans des corps n'exigeait pas, par lui-même, qu'elles soient rappelées dans ces mêmes corps...”
— Apologie
“Concernant la résurrection des morts, il faut d'abord examiner comment on la nie. Sans doute de la même manière qu'aujourd'hui, car la résurrection de la chair trouve toujours des opposants. En effet, de nombreux sages qualifient les âmes de divines et affirment qu'elles survivent à la mort ; le peuple lui-même honore les défunts, précisément dans la conviction qu'ils continuent d'exister. Quant aux corps, il est évident qu'ils finissent par disparaître : soit immédiatement, livrés au feu ou aux bêtes sauvages, soit à la longue, même s'ils ont été conservés avec le plus grand soin. Par conséquent, lorsque l'Apôtre réfute ceux qui nient la résurrection des morts, ce qu'il défend face à eux, c'est précisément ce qui est nié : la résurrection de la chair. Tout l'enjeu est là. Le reste est sans objet. Dès lors, pour ce qui est de la résurrection des morts, il est indispensable de s'en tenir au sens propre des termes. On ne qualifie de « mort » que ce qui a perdu l'âme qui le faisait vivre. Or, c'est le corps qui perd l'âme, et c'est en la perdant qu'il devient mort. Ainsi, le terme de « mort » ne s'applique qu'au corps. Par conséquent, si la résurrection est celle de ce qui est mort, et que seul le corps est mort, alors la résurrection sera celle du corps. De même, le terme de « résurrection » ne s'applique qu'à ce qui est tombé. On pourrait en effet dire « se relever » de ce qui n'est pas du tout tombé, mais était simplement couché. Mais en réalité, « se relever » ne se dit que de ce qui est tombé, car c'est en se relevant de sa chute qu'on « se re-lève ». Le préfixe « re- » marque en effet la répétition. Nous affirmons donc que le corps tombe à terre par la mort — comme cela se produit effectivement —, conformément à la loi de Dieu. Car il a été dit à l'homme : « Tu es terre, et à la terre tu retourneras. »”
“...celui qui, cet âge une fois achevé, jugera ses fidèles pour leur donner en récompense la vie éternelle, et les impies pour les livrer à un feu tout aussi perpétuel et incessant, après avoir ressuscité tous les morts depuis l'origine, les avoir reconstitués dans leur corps et passés en revue, afin de régler le sort de chacun selon ses mérites.”
— Apologie
“Ainsi, ce qui n'est pas dans la chair ne peut non plus être pris en compte pour le salut. À tel point que la chair est le pivot du salut. Et lorsque l'âme s'unit à la chair en vue du salut, c'est la chair qui rend cette union possible. De fait, la chair est lavée, pour que l'âme soit purifiée ; la chair est ointe, pour que l'âme soit consacrée ; la chair est marquée du signe, pour que l'âme soit elle aussi fortifiée ; la chair est placée sous l'ombre de l'imposition des mains, pour que l'âme soit elle aussi illuminée par l'Esprit ; la chair se nourrit du corps et du sang du Christ, pour que l'âme se repaisse elle aussi de Dieu.”
“...l'homme du péché, le fils de la perdition, qui doit être révélé avant la venue du Seigneur, l'adversaire qui s'élève au-dessus de tout ce qu'on appelle Dieu ou qu'on adore, au point de siéger dans le temple de Dieu en se faisant passer pour Dieu ? C'est lui que nous identifions à l'Antichrist, comme nous l'enseignent les prophéties anciennes et nouvelles, et tout particulièrement l'apôtre Jean. Celui-ci dit en effet que de nombreux faux prophètes, précurseurs bien sûr de l'Antichrist, se sont déjà manifestés dans le monde, niant que le Christ soit venu dans la chair et dissociant Jésus — c'est-à-dire le dissociant du Dieu créateur.”