Le Filioque
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*Le Filioque* est au cœur d’une question théologique majeure concernant la procession du Saint-Esprit dans la vie intime de la Trinité. Dans le chapitre précédent, nous nous sommes concentrés sur la procession éternelle du Fils à partir du Père, en montrant comment celle-ci fon…
“...car je crois que l'Esprit ne procède que du Père par le Fils.”
“Quant à l'Esprit Saint, il ne faut ni se taire, ni n'est-il pour autant nécessaire de parler… lui qu'il faut confesser, le Père et le Fils en étant les auteurs.”
— Sur la Trinité, Livre 2, section 29
“Pour moi, il est donc inexprimable, lui dont les paroles en ma faveur me sont elles-mêmes inexprimables. Car, de même qu’au sujet de ton Fils unique, né de toi avant les temps éternels, une fois levée toute ambiguïté de langage et toute difficulté pour l’intelligence, il ne demeure que le seul fait de sa naissance, de même, que ton Esprit Saint procède de toi par lui, je le tiens par ma conscience, même si je ne le saisis pas par la raison.”
— Sur la Trinité, Livre 12, section 56.
“Et de même que, pour les productions de l'art, la ressemblance se fonde sur la forme, de même, pour la nature divine et simple, l'union réside dans la communion de la divinité. L'Esprit Saint aussi est un ; il est proclamé dans son unicité, uni par l'unique Fils à l'unique Père, et il complète par lui-même la Trinité tant célébrée et bienheureuse. Son étroite relation avec le Père et le Fils est suffisamment manifestée par le fait qu'il n'est pas rangé dans la multitude de la création, mais qu'il est proclamé à part. Car il n’est pas un parmi tant d’autres ; il est un. En effet, de même qu'il y a un seul Père et un seul Fils, de même il y a aussi un seul Esprit Saint.”
“Ainsi, c'est en lui-même que l'Esprit manifeste la gloire du Fils unique et qu'il procure aux vrais adorateurs la connaissance de Dieu. La voie de la connaissance de Dieu part donc de l'unique Esprit, passe par le Fils unique, pour aboutir à l'unique Père. Et inversement, la bonté native, la sainteté par nature et la dignité royale procèdent du Père, par le Fils unique, pour parvenir jusqu'à l'Esprit. C'est ainsi que l'on confesse les hypostases, sans que le pieux dogme de la monarchie soit ébranlé. Quant à ceux qui établissent une énumération en parlant de premier, de deuxième et de troisième, qu'ils sachent bien qu'ils introduisent le polythéisme de l'erreur païenne dans la théologie immaculée des chrétiens.”
“Voyez les fleurs de l'antique Attique ! Comme le style, par sa finesse et son éclat, resplendit dans la construction du discours ; avec quelle élégance et quelle variété il se couronne de la beauté de l'expression ! Mais laissons cela à l'appréciation de chacun. Quant à nous, revenons au sens même des propos tenus et, si vous le voulez bien, tâchons de saisir l'auteur de ce discours à travers ses propres mots. En effet, ou bien nous concevons ces substances comme étant sans principe et séparées l’une de l’autre, pour ensuite amener l'une d'elles au rang de Fils par la génération, tout en soutenant que l’être sans principe a été engendré par celui qui est. Cela suffit. Il prétend que nous professons deux substances inengendrées...”
— Contre Eunomius, p. 158 ref 482
“Comprends maintenant que, de même que le Père est source de vie, de même aussi beaucoup ont présenté le Fils comme source de vie. En effet, il est dit : « Auprès de toi, Dieu tout-puissant, ton Fils est source de vie », c’est-à-dire source de l’Esprit Saint. Car l’Esprit est vie, comme le dit le Seigneur : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » Car là où est l’Esprit, là est aussi la vie ; et là où est la vie, là est aussi l’Esprit Saint.”
“Enfin, la Sagesse dit d’elle-même qu’elle est sortie de la bouche du Très-Haut, non pour se trouver hors du Père, mais auprès du Père ; car le Verbe était auprès de Dieu, et non seulement auprès du Père, mais aussi dans le Père. En effet, il dit : « Moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi. » Mais quand il sort du Père, il ne quitte pas pour autant un lieu, ni n’est séparé comme un corps l’est d’un autre ; et quand il est dans le Père, il n’y est pas non plus enfermé comme un corps dans un corps. De même, l’Esprit Saint, lorsqu’il procède du Père et du Fils, n’est pas séparé du Père, n’est pas séparé du Fils. Car comment pourrait-il être séparé du Père, lui qui est l’Esprit de sa bouche ? Cela manifeste assurément tout à la fois la marque de l’éternité et l’unité de la divinité.”
“Le Père a donc toujours été, et l'Esprit procède du Père et du Fils. Le Fils n'est pas une créature, pas plus que l'Esprit. En revanche, tout ce qui est en dehors du Père, du Fils et du Saint-Esprit, toutes ces choses sont créées et produites : alors qu'elles n'existaient pas auparavant, elles ont été amenées à l'existence par le Père, le Fils et le Saint-Esprit... En effet, c'est le saint Sauveur lui-même qui est descendu des cieux... Lui qui est né de Marie, conçu par l'Esprit Saint ; lui, le Verbe fait chair, qui n’a subi aucun changement dans sa nature, mais a uni à sa divinité notre humanité. Parfait, issu du Père... il a refaçonné en sa personne un homme parfait, issu de Marie, la Mère de Dieu, par l'Esprit Saint. Il n’a pas simplement habité dans un homme, de la manière dont il parlait habituellement par les prophètes... mais c’est le Verbe lui-même qui s’est fait chair...”
“CHAPITRE XIV. 15. Le Père et le Fils sont l’unique principe de l’Esprit Saint. Entre eux, au sein de la Trinité, si celui qui engendre est principe pour ce qu’il engendre, alors le Père est principe pour le Fils, parce qu’il l’engendre. Quant à savoir si le Père est aussi principe pour l’Esprit Saint – puisqu’il est dit : Il procède du Père –, la question n’est pas de peu d’importance. En effet, s’il en est ainsi, le Père ne sera plus seulement principe pour ce qu’il engendre ou ce qu’il fait, mais aussi pour ce qu’il donne. C’est ici que s’éclaire, autant que possible, une question qui en trouble habituellement beaucoup : pourquoi le Fils n’est-il pas aussi l’Esprit Saint, alors que lui aussi sort du Père, comme on le lit dans l’Évangile ? Car il est sorti, non pas comme engendré, mais comme donné. C’est pourquoi il n’est pas appelé fils : il n’a été ni engendré comme l’Unique-Engendré, ni créé pour naître à l’adoption par la grâce de Dieu, comme nous. En effet, ce qui est né du Père se rapporte uniquement au Père quand on l’appelle Fils ; il est donc Fils du Père, et non le nôtre. Mais ce qui est donné se rapporte à la fois à celui qui a donné et à ceux à qui il a été donné. Ainsi l’Esprit Saint est appelé non seulement l’Esprit du Père et du Fils qui l’ont donné, mais aussi le nôtre, nous qui l’avons reçu. De même que le salut est dit « du Seigneur » qui le donne, de même ce salut est aussi « notre » salut, à nous qui l’avons reçu. L’Esprit est donc à la fois celui de Dieu qui l’a donné, et le nôtre qui l’avons reçu. Il n’est pas notre esprit au sens de ce par quoi nous existons – car cela, c’est l’esprit de l’homme qui est en lui –, mais il est nôtre d’une autre manière, comme lorsque nous disons : Donne-nous notre pain. Bien que cet esprit qu’on appelle celui de l’homme, nous l’ayons nous aussi bien reçu. Car, comme il est dit : Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Mais autre chose est ce que nous avons reçu pour exister, autre chose ce que nous avons reçu pour être saints. C’est pourquoi il est aussi écrit à propos de Jean qu’il viendrait avec l’esprit et la puissance d’Élie : cet esprit a été appelé l’esprit d’Élie, et il s’agit de l’Esprit Saint qu’Élie avait reçu. Il faut comprendre la même chose à propos de Moïse, quand le Seigneur lui dit : Je prendrai de l’esprit qui est sur toi et je leur en donnerai. Cela signifie : je leur donnerai de l’Esprit Saint que je t’ai déjà donné. Si donc ce qui est donné a aussi pour principe celui de qui il est donné – car celui-ci n’a pas reçu d’ailleurs ce qui procède de lui –, alors il faut reconnaître que le Père et le Fils sont le principe de l’Esprit Saint, et non deux principes. Mais de même que le Père et le Fils sont un seul Dieu et, par rapport à la création, un seul créateur et un seul Seigneur, de même, par rapport à l’Esprit Saint, ils sont un unique principe. En revanche, par rapport à la création, le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont un unique principe, tout comme ils sont un seul créateur et un seul Seigneur.”
“Et pourtant, ce n'est pas sans raison que, dans cette Trinité, seul le Fils est appelé Verbe de Dieu, seul l'Esprit Saint est appelé Don de Dieu, et seul Dieu le Père est appelé Celui dont le Verbe est engendré et dont l'Esprit Saint procède principalement. Or, si j'ai ajouté « principalement », c'est parce qu'il est aussi attesté que l'Esprit Saint procède du Fils. Mais cela aussi, le Père le lui a donné, non pas alors qu'il existait déjà sans le posséder encore ; mais tout ce qu'il a donné au Verbe unigénit, il l'a donné en l'engendrant. Il l'a donc engendré de telle sorte que le Don commun procède aussi de lui, et que l'Esprit Saint soit l'Esprit des deux. Il ne faut donc pas considérer à la légère, mais examiner avec soin, cette distinction au sein de l'inséparable Trinité. De là vient en effet que le Verbe de Dieu soit aussi appelé en propre Sagesse de Dieu, bien que le Père et l'Esprit Saint soient également la Sagesse. Si donc l'un de ces trois doit être appelé en propre la Charité, qui de plus approprié que l'Esprit Saint ? De telle sorte que, dans cette nature simple et suprême, la substance ne soit pas autre chose que la charité, mais que la substance elle-même soit charité et que la charité elle-même soit substance — que ce soit dans le Père, dans le Fils ou dans l'Esprit Saint —, et que pourtant ce soit l'Esprit Saint qui soit appelé en propre la Charité.”
“Et je pense que c’est précisément pour cette raison qu’il est appelé en propre « Esprit », car même si l'on nous interrogeait sur chacune des Personnes, nous ne pourrions dire autre chose que le Père et le Fils sont esprit, puisque Dieu est esprit (Jean 4, 24) — c'est-à-dire que Dieu n'est pas un corps, mais un esprit. Le nom qui leur est commun devait donc devenir le nom propre de celui qui n’est pas l’un des deux, mais en qui se manifeste la communauté de tous les deux. Pourquoi donc ne croirions-nous pas que l’Esprit Saint procède aussi du Fils, puisqu’il est également l’Esprit du Fils ? En effet, s’il ne procédait pas de lui, le Fils, en se manifestant à ses disciples après sa résurrection, n’aurait pas soufflé sur eux en disant : Recevez l’Esprit Saint (Jean 20, 22). Car que signifiait ce souffle, sinon que l’Esprit Saint procède aussi de lui ? À cela se rapporte également ce qu’il a dit à propos de la femme qui souffrait d’une perte de sang : Quelqu’un m’a touché, car j’ai senti une force sortir de moi (Luc 8, 46). En effet, que l’Esprit Saint soit aussi désigné par le nom de « puissance », c’est ce qui apparaît clairement dans le passage où l’ange répond à Marie, qui demandait : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? — L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre (Luc 1, 34-35). Le Seigneur lui-même, en le promettant à ses disciples, dit aussi : Quant à vous, restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la puissance d’en haut (Luc 24, 49). Et encore : Vous recevrez, dit-il, la puissance de l’Esprit Saint qui viendra sur vous, et vous serez mes témoins (Actes 1, 8). C'est de cette puissance qu'il faut croire que parle l'évangéliste quand il dit : Une puissance sortait de lui et les guérissait tous (Luc 6, 19).”
“Il est encore écrit : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » Or, si l’Esprit Saint était réellement un produit et une créature, selon la folie des hétérodoxes, comment posséderait-il la plénitude de l’énergie de Dieu ? Car personne, je crois, n'aura l'esprit assez égaré pour oser ne serait-ce que dire que l’essence divine a besoin d’instruments extérieurs, amenés à l’être, pour le déploiement d’une activité qui, au contraire, procède d’elle par nature vers ceux qui sont aptes à la recevoir. Puisque le Fils est par nature la vie, et que l’Esprit, qu’il dispense, donne la vie, il est donc nécessaire de confesser que l’Esprit est de l’essence du Fils, qui est Dieu, et qu’il possède toute sa puissance et toute son énergie. Il en va comme de la vapeur qui s’élève de l’eau : par son action, en rafraîchissant ceux qu’elle atteint, elle manifeste la nature de la source qui l’a émise.”
“L’Esprit Saint. Tiens pour absolument certain et ne doute en aucune manière que ce même Esprit Saint, qui est l'unique Esprit du Père et du Fils, procède du Père et du Fils. Le Fils dit en effet : « Quand viendra l’Esprit de vérité, qui procède du Père » (Jn 15, 26). Il montre par là qu’il s’agit de son propre Esprit, puisqu’il est lui-même la Vérité (Jn 14, 6). L’enseignement des prophètes et des apôtres nous confirme également que l’Esprit Saint procède du Fils. Isaïe dit en effet à propos du Fils : « Il frappera la terre de la verge de sa bouche, et du Souffle de ses lèvres il fera mourir l’impie » (Is 11, 4). L’Apôtre dit de même à ce sujet : « celui que le Seigneur Jésus fera périr par le Souffle de sa bouche » (2 Th 2, 8). D’ailleurs, pour bien montrer que cet Esprit est celui de sa bouche, le Fils unique de Dieu lui-même, après sa résurrection, souffla sur ses disciples et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 22). Or, de la bouche même du Seigneur Jésus, Jean dit dans l’Apocalypse qu’en sortait « un glaive acéré à deux tranchants » (Ap 1, 16). Ainsi, l'Esprit de sa bouche est lui-même le glaive qui sort de sa bouche.”
— Règle de foi, CAPUT XI, seu REG. VIII. 54.
“Voici comment nous reconnaîtrons qu'il est impossible que vos deux principes soient sans commencement dans le temps. Ce qui n'a pas de commencement est immuable ; car si cela changeait, ce ne serait pas absolument sans commencement. En effet, une chose qui change — qu'elle passe de l'incorporel au corporel, de l'informe à la forme, de l'immobilité au mouvement, ou encore du calme et de la quiétude au conflit — commence à devenir ce qu'elle n'était pas auparavant. Et ce qui passe d'un état sans commencement à un état qui en a un n'est pas sans commencement. Car ce qui reçoit un commencement, ce qui a commencé d'être, n'est pas sans commencement. Le Manichéen : Qu'en est-il donc ? Votre Dieu n'a-t-il pas changé en engendrant le Fils et en faisant procéder l'Esprit ? L'Orthodoxe : Nullement. Car je ne dis pas que, n'étant pas Père auparavant, il le serait devenu par la suite. Je dis au contraire qu'il a toujours été, possédant de lui-même son propre Verbe, et que de lui-même, par son Verbe, son Esprit procédait.”
“Nous croyons de même en un seul Esprit Saint, le Seigneur qui donne la vie, qui procède du Père et qui repose dans le Fils ; adoré et glorifié avec le Père et le Fils comme consubstantiel et coéternel ; l’Esprit de Dieu, l’Esprit droit, l’Esprit souverain, source de la vie et de la sanctification ; Dieu, existant et proclamé tel avec le Père et le Fils ; incréé, plénier, créateur, maître de l’univers, artisan de tout, tout-puissant, d’une puissance infinie ; maître de toute la création et lui-même sans maître ; remplissant tout sans être rempli ; auquel on participe sans qu’il participe ; sanctifiant sans être sanctifié ; Paraclet, car il accueille les supplications de tous ; en toutes choses semblable au Père et au Fils ; procédant du Père, communiqué par le Fils et reçu par toute la création...”
“L'Esprit Saint est la puissance du Père qui révèle le secret de la divinité, procédant du Père par le Fils — d'une manière que Lui seul connaît — et non par mode de génération...”