St. Grégoire de Nysse
Γρηγόριος Νύσσης
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“Jamais un tel dogme n’a existé et jamais il ne verra le jour dans l’Église de Dieu : un dogme qui présenterait l’être simple et sans composition non seulement comme multiple et divers, mais même comme un composé de contraires. En effet, la simplicité des dogmes de la vérité pose Dieu comme ce qu’il est : un être incapable d’être saisi par un nom, par une pensée ou par quelque autre conception de l’esprit, puisqu’il demeure plus élevé non seulement que la compréhension humaine, mais aussi que l’intelligence angélique et toute intelligence supracosmique. Il est ineffable, indicible, et supérieur à tout ce que les mots peuvent signifier. Il n’a qu’un seul nom qui caractérise sa nature propre : le fait d’être, lui seul, « au-dessus de tout nom ». Ce nom, il l’a d’ailleurs aussi accordé par grâce au Fils unique, parce que tout ce que le Père possède appartient également au Fils. Le discours de la foi orthodoxe reconnaît que ces expressions — je veux parler des termes « ingengendré » et « sans fin » — indiquent son éternité, et non son essence. En effet, « ingengendré » montre qu’aucun principe ni aucune cause ne lui est supérieur, tandis que « sans fin » signifie que son règne ne connaîtra jamais de terme. Car il est dit : « Tu es le même, et tes années ne cesseront point. » Par les mots « Tu es », l’Écriture signifie qu’il ne tient son être d’aucune cause ; par la suite du verset, elle montre la félicité ininterrompue et éternelle de sa vie.”
— Contre Eunomius, p 212 ref 683
“Voyez les fleurs de l'antique Attique ! Comme le style, par sa finesse et son éclat, resplendit dans la construction du discours ; avec quelle élégance et quelle variété il se couronne de la beauté de l'expression ! Mais laissons cela à l'appréciation de chacun. Quant à nous, revenons au sens même des propos tenus et, si vous le voulez bien, tâchons de saisir l'auteur de ce discours à travers ses propres mots. En effet, ou bien nous concevons ces substances comme étant sans principe et séparées l’une de l’autre, pour ensuite amener l'une d'elles au rang de Fils par la génération, tout en soutenant que l’être sans principe a été engendré par celui qui est. Cela suffit. Il prétend que nous professons deux substances inengendrées...”
— Contre Eunomius, p. 158 ref 482
“Comment devient-il alors premier-né parmi de nombreux frères ? Et comment, premier-né d’entre les morts ? La réponse est de toute évidence celle-ci : puisque nous étions devenus « sang et chair », comme le dit l’Écriture, celui qui pour nous s’est fait comme nous et a partagé notre chair et notre sang, s’apprêtant à nous transformer du corruptible à l’incorruptible par la naissance d’en haut – celle de l’eau et de l’Esprit –, a lui-même inauguré une telle naissance en attirant, par son propre baptême, l’Esprit Saint sur l’eau. C’est ainsi qu’il est devenu le premier-né de tous ceux qui renaissent spirituellement, et qu’il a appelé frères ceux qui ont eu part avec lui à la même naissance par l’eau et l’Esprit.”
“Laissons donc de côté la prétention de vouloir scruter ce qui dépasse les capacités humaines, et cherchons plutôt ce qui peut laisser entrevoir une compréhension, même partielle : pourquoi la purification se fait-elle par l'eau, et dans quel but pratique-t-on les trois immersions ? Voici donc ce que les pères ont enseigné, et que notre propre intelligence a accueilli en y donnant son assentiment. Nous connaissons quatre éléments, dont le monde tire sa constitution ; ils sont connus de tous, même si l'on tait leurs noms. Mais s’il convient, pour les plus simples, d’en mentionner aussi les appellations, ce sont : le feu et l'air, la terre et l'eau. Ainsi, notre Dieu et Sauveur, en accomplissant l'économie de notre salut, est entré sous le quatrième de ces éléments, la terre, afin d'en faire jaillir la vie. Quant à nous, en recevant le baptême à l'imitation de notre Seigneur, maître et guide, nous ne sommes pas ensevelis dans la terre (car elle est l'abri du corps entièrement mort, ensevelissant la faiblesse et la corruption de notre nature) ; mais en nous approchant de l'élément parent de la terre, l'eau, nous nous y cachons comme le Sauveur s'est caché dans la terre. Et en accomplissant ce geste par trois fois, nous préfigurons pour nous-mêmes la grâce de la résurrection au troisième jour. Nous faisons cela, non pas en recevant le mystère en silence, mais par l'invocation sur nous des trois saintes hypostases, celles en qui nous avons cru, en qui nous espérons, et de qui nous vient notre existence présente et celle à venir. Peut-être t'indignes-tu, toi qui combats avec audace la gloire de l'Esprit et qui refuses par jalousie au Paraclete la vénération dont les fidèles l'honorent. Mais au lieu de t'en prendre à moi, oppose-toi, si tu le peux, aux paroles du Seigneur, qui ont institué pour les hommes l'invocation baptismale. Que dit en effet le commandement du Maître ? « Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Pourquoi « au nom du Père » ? Parce qu'il est le principe de toutes choses. Pourquoi « au nom du Fils » ? Parce qu'il est l'artisan de la création. Pourquoi « au nom du Saint-Esprit » ? Parce qu'il est celui qui porte toutes choses à leur perfection. Nous nous inclinons donc devant le Père, afin d'être sanctifiés. Nous nous inclinons aussi devant le Fils, pour que cela même se produise. Nous nous inclinons enfin devant l'Esprit Saint, pour devenir ce qu'il est et ce qu'on le nomme. Il n'y a pas de différence dans la sanctification, comme si le Père sanctifiait davantage, le Fils moins, et l'Esprit Saint encore moins que les deux autres. Pourquoi donc morcelles-tu les trois hypostases en natures différentes et fabriques-tu trois dieux dissemblables les uns des autres, alors que tu reçois de tous une seule et même grâce ?”
“Imaginons un père qui, par son art, distingue les remèdes des poisons. S’il ne parvenait pas, par ses conseils, à détourner son jeune fils – immature en âge comme en jugement – qui se porte avec désir vers un fruit ou une plante funeste, alors, disposant de tout un arsenal d’antidotes, il lui permettrait de toucher à ce qui est nocif. Son but serait le suivant : qu’après avoir appris par l’expérience de la souffrance l’utilité du conseil paternel et s’être mis à désirer la santé, cet enfant soit ramené, grâce aux contrepoisons, à la bonne santé dont il était déchu par son désir absurde des poisons. De même, le Père de notre nature, si doux et si bon, lui qui sait ce qui nous sauve et ce qui nous perd, a fait connaître à l’homme le poison et lui a conseillé de ne pas y toucher. Mais comme le désir du pire l’a emporté, il ne s’est pas trouvé dépourvu de bons contrepoisons, grâce auxquels il peut ramener l’homme à sa bonne santé originelle. En effet, l’homme ayant préféré ce plaisir matériel à la joie de l’âme, Dieu a jugé bon, en quelque sorte, de suivre son élan en le revêtant de la tunique de peau, qu’il lui a donnée en raison de son inclination vers le mal. C’est par elle que les traits propres à la nature animale se sont mélangés à l’homme et sont devenus, par la sagesse de Celui qui, par les contraires, réalise une économie visant le meilleur, le vêtement même de la nature raisonnable. Car cette tunique de peau, portant en elle tous les traits qui caractérisent la nature animale — plaisir, colère, gourmandise, avidité et autres passions semblables —, offre au libre arbitre de l’homme une voie à double issue, devenant matière à vertu comme à vice. En vivant au milieu de ces passions durant son existence ici-bas, l’homme, par le mouvement de sa liberté, s’il sait distinguer ce qui vient de l’animal et se tourner vers lui-même par une vie plus noble, fera de sa vie présente une purification du mal qui s’est mêlé à lui, maîtrisant par la raison ce qui est déraisonnable. Mais s’il penche vers l’élan irrationnel des passions, utilisant cette peau animale comme une complice pour satisfaire ses penchants, alors sa décision changera en faveur du meilleur plus tard, après sa sortie du corps. Il connaîtra la différence entre la vertu et le vice par le fait de ne pas pouvoir participer à la vie divine, tant que le feu purificateur n’aura pas lavé la souillure qui s’est mélangée à son âme.”
“Ceux qui soutiennent la thèse précédente et affirment dogmatiquement que l’existence des âmes est antérieure à la vie dans la chair ne me semblent pas, pour ma part, indemnes des venins de la pensée grecque et des fables qu’elle a forgées sur la métempsycose. En effet, quiconque examine la chose avec rigueur trouvera que leur raisonnement les entraîne inévitablement à cette conclusion, formulée, dit-on, par l’un de leurs sages : il aurait été tour à tour homme, aurait revêtu un corps de femme, se serait envolé avec les oiseaux, aurait poussé comme un buisson et aurait mené la vie des créatures aquatiques. À mon avis, celui qui dit de pareilles choses sur lui-même n’est pas loin de la vérité. Car de tels dogmes sont vraiment dignes du bavardage des grenouilles ou des choucas, de la stupidité des poissons ou de l’insensibilité des chênes — prétendre qu’une seule âme a pu traverser tant d’états ! Or, la cause d’une telle absurdité est la suivante : la croyance en la préexistence des âmes.”