“Imaginons un père qui, par son art, distingue les remèdes des poisons. S’il ne parvenait pas, par ses conseils, à détourner son jeune fils – immature en âge comme en jugement – qui se porte avec désir vers un fruit ou une plante funeste, alors, disposant de tout un arsenal d’antidotes, il lui permettrait de toucher à ce qui est nocif. Son but serait le suivant : qu’après avoir appris par l’expérience de la souffrance l’utilité du conseil paternel et s’être mis à désirer la santé, cet enfant soit ramené, grâce aux contrepoisons, à la bonne santé dont il était déchu par son désir absurde des poisons. De même, le Père de notre nature, si doux et si bon, lui qui sait ce qui nous sauve et ce qui nous perd, a fait connaître à l’homme le poison et lui a conseillé de ne pas y toucher. Mais comme le désir du pire l’a emporté, il ne s’est pas trouvé dépourvu de bons contrepoisons, grâce auxquels il peut ramener l’homme à sa bonne santé originelle. En effet, l’homme ayant préféré ce plaisir matériel à la joie de l’âme, Dieu a jugé bon, en quelque sorte, de suivre son élan en le revêtant de la tunique de peau, qu’il lui a donnée en raison de son inclination vers le mal. C’est par elle que les traits propres à la nature animale se sont mélangés à l’homme et sont devenus, par la sagesse de Celui qui, par les contraires, réalise une économie visant le meilleur, le vêtement même de la nature raisonnable. Car cette tunique de peau, portant en elle tous les traits qui caractérisent la nature animale — plaisir, colère, gourmandise, avidité et autres passions semblables —, offre au libre arbitre de l’homme une voie à double issue, devenant matière à vertu comme à vice. En vivant au milieu de ces passions durant son existence ici-bas, l’homme, par le mouvement de sa liberté, s’il sait distinguer ce qui vient de l’animal et se tourner vers lui-même par une vie plus noble, fera de sa vie présente une purification du mal qui s’est mêlé à lui, maîtrisant par la raison ce qui est déraisonnable. Mais s’il penche vers l’élan irrationnel des passions, utilisant cette peau animale comme une complice pour satisfaire ses penchants, alors sa décision changera en faveur du meilleur plus tard, après sa sortie du corps. Il connaîtra la différence entre la vertu et le vice par le fait de ne pas pouvoir participer à la vie divine, tant que le feu purificateur n’aura pas lavé la souillure qui s’est mélangée à son âme.”