St. Fulgence de Ruspe

· VIe siècle ·Post-nicéen

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CHAPITRE X. Justification de la brièveté. Par conséquent, puisque le genre épistolaire ne permet pas de développer longuement notre propos, il ne faut pas lasser votre ferveur naissante par une lecture trop longue, mais plutôt la stimuler par la brièveté. Ainsi, en lisant ce court ouvrage avec plaisir, vous serez enflammé d'un désir plus ardent pour une lecture plus approfondie. Lisez donc attentivement les quelques points que je vais exposer, comprenez-les avec sagesse et retenez-les sans le moindre doute : ils vous permettront, pour affirmer votre foi, de discerner le vrai du faux et de conserver la foi chrétienne, avec l'aide de celui-là même qui nous illumine.

Lettres, Epistula VIII CAP. X

Voici, en résumé, que le Père est une personne, le Fils une autre, et le Saint-Esprit une autre encore ; distincts quant à la personne, mais non différents quant à la nature. C’est pourquoi il est dit : « Moi et le Père, nous sommes un. » Il nous enseigne à rapporter le « un » à la nature, et le « nous sommes » aux personnes. De même pour cette parole : « Ils sont trois à rendre témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et l’Esprit, et ces trois sont un. » Que Sabellius entende le « nous sommes », qu’il entende le « trois », et qu’il croie qu’il y a trois personnes. Qu’il cesse de blasphémer avec son cœur sacrilège en disant que le Père est à lui-même son propre Père, à lui-même son propre Fils, à lui-même son propre Esprit Saint, comme s’il s’engendrait lui-même d’une certaine manière, ou comme s’il procédait de lui-même d’une certaine façon ; alors qu’on ne peut absolument pas trouver, même dans les natures créées, un être capable de s’engendrer lui-même. Que de son côté Arius entende le « un », et qu’il ne dise pas que le Fils est d’une nature différente, car des natures différentes ne sauraient être appelées « une ». Le Fils proclame donc : « Moi et le Père, nous sommes un », et : « Qui m’a vu a vu le Père. » Et l’Apôtre dit de lui : « Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé que c’était une proie à arracher d’être égal à Dieu. » C’est pourquoi, est-il dit dans l’Évangile, les Juifs cherchaient à tuer Jésus, parce que non seulement il violait le sabbat, mais encore il appelait Dieu son propre Père, se faisant ainsi l’égal de Dieu. Et Arius, avec son esprit blasphématoire, objecte : « Ils ne sont pas un, ils ne sont pas égaux, car le Fils dit lui-même de lui-même : “Le Père est plus grand que moi” ; et il atteste à maintes reprises avoir été envoyé par le Père. » Ô erreur funeste et doctrine pernicieuse, qui ignore l'économie de l’Incarnation, réalisée dans le temps pour le salut du genre humain ! Je le demande, en quoi le Père est-il plus grand que le Fils ? Est-ce selon la substance, ou la puissance, ou la bonté, ou l’incorporéité, ou l’éternité ? Si le Dieu Unigénit est l'image du Dieu Père inengendré, alors en lui réside la vérité d'une substance parfaite et absolue, qui fait de lui l'image de la vérité. Le Père est puissant ; mais si le Fils est faible, il n’est plus l’image du Puissant. Le Père est bon ; mais si le Fils possède une divinité d’un autre genre, une nature mauvaise ne saurait rendre l’image du Bon. Le Père est incorporel ; mais si le Fils, quant à son esprit, est délimité par un corps, un être corporel n'est plus la forme de l'incorporel. Le Père est éternel ; mais si le Fils n’est pas coéternel, alors le nom de paternité n’est venu au Père que dans le temps ; et alors tout n’a pas été fait par le Verbe, puisqu’on trouve un temps antérieur au Verbe, un temps où le Père aurait existé sans le Fils. Or, l’Écriture déclare avec évidence que le Verbe est l’image de Dieu le Père et que tout a été fait par lui. Ou peut-être pousse-t-il sa profession de foi impie jusqu’à croire que l’Esprit Saint est bon, le Fils meilleur, et le Père le meilleur de tous ? Ou à affirmer avec un esprit sacrilège que l’Esprit Saint est puissant, le Fils plus puissant, et le Père le plus puissant ? Ou à enseigner en blasphémant que l’Esprit Saint est juste, le Fils plus juste, et le Père le plus juste ? Par conséquent, il ne s’en tient pas à la profession de foi en un Dieu unique, mais, à la manière des païens, il se livre au culte de plusieurs dieux, en supposant, avec une présomption téméraire, que Dieu le Père est plus grand, le Fils plus petit, et le Saint-Esprit plus petit encore. Que cette erreur, qui consiste à avoir un Dieu plus grand et un Dieu plus petit, soit celle de ceux qui refusent d’être Israël et qui n’écoutent pas, les oreilles bouchées : « Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est l’unique Dieu » ; et aussi : « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à lui seul tu rendras un culte. »

Règle de foi, CAPUT IV.

L’Esprit Saint. Tiens pour absolument certain et ne doute en aucune manière que ce même Esprit Saint, qui est l'unique Esprit du Père et du Fils, procède du Père et du Fils. Le Fils dit en effet : « Quand viendra l’Esprit de vérité, qui procède du Père » (Jn 15, 26). Il montre par là qu’il s’agit de son propre Esprit, puisqu’il est lui-même la Vérité (Jn 14, 6). L’enseignement des prophètes et des apôtres nous confirme également que l’Esprit Saint procède du Fils. Isaïe dit en effet à propos du Fils : « Il frappera la terre de la verge de sa bouche, et du Souffle de ses lèvres il fera mourir l’impie » (Is 11, 4). L’Apôtre dit de même à ce sujet : « celui que le Seigneur Jésus fera périr par le Souffle de sa bouche » (2 Th 2, 8). D’ailleurs, pour bien montrer que cet Esprit est celui de sa bouche, le Fils unique de Dieu lui-même, après sa résurrection, souffla sur ses disciples et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 22). Or, de la bouche même du Seigneur Jésus, Jean dit dans l’Apocalypse qu’en sortait « un glaive acéré à deux tranchants » (Ap 1, 16). Ainsi, l'Esprit de sa bouche est lui-même le glaive qui sort de sa bouche.

Règle de foi, CAPUT XI, seu REG. VIII. 54.

À ce royaume sont parvenus, à diverses époques, par le moyen des sacrements que le Christ a institués en vue de la foi en son incarnation, ceux que Dieu a sauvés gratuitement, sans aucun mérite préalable de bonne volonté ou de bonne œuvre. De même, depuis le moment où notre Sauveur a dit : « Si quelqu’un ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu », personne ne peut recevoir le royaume des cieux ni la vie éternelle sans le sacrement du baptême, à l’exception de ceux qui, au sein de l’Église catholique, répandent leur sang pour le Christ sans avoir été baptisés. En effet, que l’on reçoive le sacrement du baptême au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit au sein de l’Église catholique, ou dans n’importe quelle hérésie ou schisme, on reçoit le sacrement dans son intégralité ; mais on n’aura pas le salut, qui est la puissance du sacrement, si on le possède en dehors de l’Église catholique. C’est pourquoi il doit revenir à l’Église, non pour recevoir à nouveau le sacrement du baptême – que personne ne doit réitérer sur un homme déjà baptisé – mais pour recevoir la vie éternelle dans la communion catholique. Car celui qui, tout en possédant le sacrement du baptême, reste étranger à l’Église catholique, ne pourra jamais être apte à obtenir cette vie. Même si un tel homme fait de larges aumônes et va jusqu’à répandre son sang pour le nom du Christ, du fait que dans cette vie il n’a pas gardé l’unité de l’Église catholique, il n’aura pas le salut éternel. Car là où le baptême peut être salutaire pour quelqu’un, l’aumône peut l’être aussi. Or, le baptême peut certes exister en dehors de l’Église, mais il ne peut être salutaire qu’à l’intérieur de l’Église.

Règle de foi, CAP. III R.43