St. Cyrille d'Alexandrie
Κύριλλος Ἀλεξανδρείας
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“Ne comprends-tu donc pas que la qualité de nos mœurs nous façonne, et qu’en quelque sorte le caractère divin s’imprime en nous par la pratique de la vertu ? Car la nature divine est un bien, de manière inaltérable et substantielle. Quant à nous, il nous est possible de paraître tels par imitation, à travers nos habitudes et notre conduite, si nous choisissons de porter avec ardeur notre désir sur tout ce qui est admirable. Car nous n’irons certainement pas croire, si nous sommes sains d’esprit, que ceux qui portent en leur âme l’empreinte divine, resplendissante dans la qualité de leurs mœurs, possèdent avec Dieu une ressemblance substantielle et immuable, qui s’étendrait à l’identique à toutes les propriétés qui sont les siennes. Autrement, nous admettrions que la nature divine est comme la nôtre, sans plus rien pour marquer une quelconque différence. Nous avons en effet été créés « à son image et à sa ressemblance ». Mais il n’en est rien, loin de là, car les différences qui nous séparent sont innombrables. En effet, notre nature n’est pas simple, alors que la nature divine est, elle, parfaitement simple et non composée. Elle possède en elle-même la perfection la plus totale et n’a besoin de rien. Toute nature corporelle, au contraire, est composée de parties qui concourent à former la plénitude d’un tout achevé. Quant à nous, nous sommes tirés de la terre, du moins pour ce qui est de la chair ; nous sommes corruptibles et prompts à nous flétrir, comparés à l’herbe et aux lis des champs. Dieu, lui, est bien au-delà de tout cela. De plus, l’âme de l’homme est versatile et connaît de multiples changements, passant du meilleur au pire, et de nouveau du pire au bien. Dieu, au contraire, est comme ancré et solidement établi dans sa propre bonté, incapable de subir un changement qui le porterait vers autre chose. Et cette fermeté est substantielle ; elle n’est pas le résultat d’une constance voulue. Il est donc évident que, pour les créatures, la ressemblance avec Dieu n’est pas d’ordre naturel ; elle transparaît bien plutôt, en quelque sorte, dans l’agir et dans la qualité de la conduite.”
“Il est encore écrit : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » Or, si l’Esprit Saint était réellement un produit et une créature, selon la folie des hétérodoxes, comment posséderait-il la plénitude de l’énergie de Dieu ? Car personne, je crois, n'aura l'esprit assez égaré pour oser ne serait-ce que dire que l’essence divine a besoin d’instruments extérieurs, amenés à l’être, pour le déploiement d’une activité qui, au contraire, procède d’elle par nature vers ceux qui sont aptes à la recevoir. Puisque le Fils est par nature la vie, et que l’Esprit, qu’il dispense, donne la vie, il est donc nécessaire de confesser que l’Esprit est de l’essence du Fils, qui est Dieu, et qu’il possède toute sa puissance et toute son énergie. Il en va comme de la vapeur qui s’élève de l’eau : par son action, en rafraîchissant ceux qu’elle atteint, elle manifeste la nature de la source qui l’a émise.”
“Je m’étonne donc au plus haut point qu’il y ait des gens pour douter si la sainte Vierge doit être appelée Mère de Dieu. En effet, si notre Seigneur Jésus Christ est Dieu, comment la sainte Vierge qui l’a enfanté ne serait-elle pas Mère de Dieu ? C’est cette foi que nous ont transmise les saints disciples, inspirés de Dieu, même s’ils n’ont pas fait mention de ce terme. C’est ainsi que les saints Pères nous ont instruits. Ainsi, notre Père Athanase, de mémoire illustre, qui a honoré le siège de l’Église d’Alexandrie durant quarante-six ans, opposait aux arguties des hérétiques impies une intelligence invincible et toute apostolique. Par ses écrits, tel un parfum des plus suaves, il comblait de joie le monde entier, et tous lui rendent témoignage pour la rectitude et la piété de ses dogmes. Eh bien, dans l’ouvrage qu’il composa sur la sainte et consubstantielle Trinité, au troisième discours, il appelle constamment la sainte Vierge « Mère de Dieu ». Je me vois donc contraint de citer ses propres termes, qui sont les suivants : « Le but et le caractère de la divine Écriture, comme nous l’avons souvent dit, est qu’elle contient une double annonce au sujet du Sauveur : d’une part, qu’il a toujours été et demeure Dieu, lui le Fils, étant Verbe, resplendissement et sagesse du Père ; et d’autre part que, dans les derniers temps, pour nous, il a pris chair de la Vierge Marie, Mère de Dieu, et s’est fait homme. » Et après quelques autres passages, il dit encore : « Certes, beaucoup ont été saints et purs de tout péché. Jérémie a été sanctifié dès le sein de sa mère, et Jean, encore au sein de sa mère, tressaillit d’allégresse à la voix de Marie, la Mère de Dieu. » Cet homme est donc digne de foi, et l’on peut se fier à lui en toute assurance, car il n’aurait jamais rien affirmé qui ne s’accorde avec les divines Écritures. Comment, en effet, un Père si illustre et si renommé, qui fut tenu en si grande admiration au saint et grand concile de Nicée, se serait-il écarté de la vérité ? Car même si, à cette époque, il n’exerçait pas encore la charge d’évêque mais comptait seulement parmi les clercs, il fut néanmoins choisi comme compagnon au concile par l’évêque Alexandre, de bienheureuse mémoire, en raison de son intelligence vive, de sa remarquable probité et de la finesse incomparable de son esprit. Il était à ses côtés comme un fils auprès de son père, le guidant en toute chose utile et lui montrant avec une grande clarté la voie à suivre dans chaque affaire.”