La succession apostolique

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La succession apostolique désigne la ligne ininterrompue des évêques remontant jusqu’aux apôtres. Elle joue plusieurs rôles essentiels, dont celui de garantir la fidélité de la Tradition apostolique, comme l’exprime saint Paul lorsqu’il écrit à Timothée : « Ce que tu as entendu

Prêchant donc à travers les campagnes et les villes, ils établissaient leurs prémices, après les avoir éprouvés par l'Esprit, comme évêques et diacres des futurs croyants. Et ce n'était pas là une innovation ; depuis bien longtemps, en effet, il était écrit au sujet des évêques et des diacres. C'est ainsi, en effet, que l'Écriture dit quelque part : « J'établirai leurs évêques dans la justice et leurs diacres dans la foi. » Nos apôtres, eux aussi, ont su par notre Seigneur Jésus-Christ qu'une querelle s'élèverait au sujet de la charge d'évêque. C'est pour cette raison que, dotés d'une parfaite prescience, ils ont institué ceux dont il a été question et ont de plus fixé une règle pour l'avenir, afin que, lorsqu'ils viendraient à s'endormir, d'autres hommes éprouvés leur succèdent dans leur ministère.

Lettre aux Corinthiens, 42 ;44

Arrivé à Rome, j'ai établi la succession jusqu'à Anicet, dont Éleuthère était le diacre. À Anicet succéda Soter, puis Éleuthère. Or, dans chaque succession épiscopale et dans chaque cité, tout demeure conforme à ce que proclament la Loi, les Prophètes et le Seigneur.

Mémoires

Polycarpe a non seulement été formé par les apôtres et a fréquenté de nombreuses personnes qui avaient vu le Christ, mais il a aussi été institué par eux évêque de l’Église de Smyrne, en Asie. Nous l’avons vu nous-même dans notre première jeunesse, car il a vécu très longtemps, et, parvenu à un grand âge, c'est en rendant un témoignage glorieux et des plus éclatants qu'il a quitté cette vie. Il a toujours enseigné ce qu'il avait appris des apôtres, ce que l’Église transmet également et qui, seul, est vrai. Toutes les Églises d’Asie en témoignent, ainsi que ceux qui, jusqu’à ce jour, ont succédé à Polycarpe : il est un témoin de la vérité bien plus digne de foi et plus sûr que Valentin, Marcion et les autres esprits pervers. Lors de son séjour à Rome sous le pontificat d'Anicet, il a ramené à l'Église de Dieu de nombreux hérétiques parmi ceux que nous avons mentionnés, en proclamant cette unique vérité qu'il avait reçue des apôtres. Il existe aussi une lettre de Polycarpe aux Philippiens, tout à fait excellente, où ceux qui le veulent et se soucient de leur propre salut peuvent apprendre le caractère de sa foi et la prédication de la vérité. De même, l'Église d'Éphèse, qui a été fondée par Paul et auprès de laquelle Jean est demeuré jusqu’au temps de Trajan, est un témoin véritable de la tradition des apôtres. Certains l'ont entendu raconter que Jean, le disciple du Seigneur, allant prendre un bain à Éphèse, aperçut Cérinthe à l'intérieur et s'élança hors de l'établissement en disant : « Fuyons, de peur que les bains ne s'effondrent, puisque Cérinthe, l'ennemi de la vérité, s'y trouve ! » Polycarpe lui-même, un jour que Marcion le rencontra et lui dit : « Tu nous reconnais ? », répondit : « Je reconnais le premier-né de Satan. » Tel était donc le scrupule des apôtres et de leurs disciples, au point de ne pas même échanger une parole avec l'un de ceux qui falsifiaient la vérité, comme le disait aussi Paul : « L’homme hérétique, après un premier et un second avertissement, écarte-le, sachant qu’un tel être est perverti, qu’il pèche et se condamne lui-même. »

Contre les hérésies

C'est pourquoi ils ont fondé des églises dans chaque cité. Auprès d'elles, les autres églises ont ensuite emprunté — et continuent d'emprunter chaque jour — le surgeon de la foi et les semences de la doctrine pour devenir elles-mêmes des églises. De ce fait, elles sont, elles aussi, considérées comme apostoliques, en tant que descendance des églises apostoliques. Toute lignée doit nécessairement être rattachée à son origine. Par conséquent, ces églises, si nombreuses et si grandes, n'en sont qu'une seule : cette Église première, issue des apôtres, de qui toutes procèdent. Ainsi, toutes sont premières et apostoliques, dès lors qu'elles attestent toutes ensemble de leur unité, tant qu'elles maintiennent entre elles la communion de la paix, le titre de fraternité et le partage des droits de l'hospitalité ; ces liens sacrés n'ont d'autre règle que l'unique tradition d'un même mystère.

Prescription contre les hérétiques

C'est donc ici que nous intervenons, et nous voudrions avant tout faire cette remarque capitale : on ne peut prouver ce que les Apôtres ont prêché — c'est-à-dire ce que le Christ leur a révélé — autrement que par les Églises qu'ils ont eux-mêmes fondées en leur prêchant personnellement, tant de vive voix, comme on dit, que plus tard par leurs lettres. S'il en est ainsi, il est donc évident que toute doctrine qui s'accorde avec ces Églises apostoliques, mères et sources originelles de la foi, doit être considérée comme la vérité, puisqu'elle détient sans aucun doute ce que les Églises ont reçu des Apôtres, les Apôtres du Christ, et le Christ de Dieu. Inversement, toute doctrine qui contredit la vérité des Églises, des Apôtres, du Christ et de Dieu doit être d'emblée jugée mensongère. Il reste par conséquent à démontrer si notre doctrine, dont nous avons exposé la règle plus haut, relève bien de la tradition des Apôtres et, par là même, si les autres procèdent du mensonge.

Prescription contre les hérétiques

D'ailleurs, si certaines hérésies osent se rattacher à l’âge apostolique pour donner l’impression d’avoir été transmises par les Apôtres, au prétexte qu’elles existaient à leur époque, nous pouvons leur lancer ce défi : qu’elles exposent donc l’origine de leurs églises ! Qu’elles déroulent la liste de leurs évêques, en suivant la succession depuis l’origine, de sorte que leur tout premier évêque ait eu pour fondateur et prédécesseur l’un des Apôtres, ou l’un de ces hommes apostoliques qui, bien entendu, aura persévéré avec les Apôtres. C’est en effet de cette manière que les églises apostoliques justifient leur filiation : ainsi, l’Église de Smyrne atteste que Polycarpe y fut établi par Jean, et celle de Rome, que Clément y fut ordonné par Pierre. De même, les autres églises peuvent-elles aussi montrer quels hommes, établis par les Apôtres dans l’épiscopat, elles possèdent comme transmetteurs de la semence apostolique. Que les hérétiques inventent quelque chose de semblable ! Après le blasphème, qu’est-ce qui leur est encore interdit ? Mais même s’ils l’inventaient, cela ne leur servirait à rien. Car leur doctrine elle-même, comparée à celle des Apôtres, manifestera par sa divergence et sa contradiction qu’elle n’a pour auteur ni un apôtre, ni un homme apostolique. En effet, de même que les Apôtres n’auraient pas enseigné des doctrines contradictoires, les hommes apostoliques n’auraient pas non plus transmis un enseignement contraire aux Apôtres – à moins, bien sûr, que ceux qui furent formés par les Apôtres se soient mis à prêcher autre chose ! C’est donc à ce critère que les hérésies seront jugées, par comparaison avec ces églises qui, bien qu’elles ne puissent présenter aucun Apôtre ou homme apostolique comme fondateur — étant beaucoup plus récentes, et de nouvelles étant même fondées chaque jour —, n’en sont pas moins tenues pour apostoliques, parce qu’elles convergent dans la même foi, en vertu de la parenté de leur doctrine. Ainsi, que toutes les hérésies, mises au défi par nos églises selon ce double critère, prouvent donc leur prétendue apostolicité de la manière qui leur conviendra. Mais en réalité, elles ne le sont pas, et ne peuvent prouver ce qu’elles ne sont pas. Elles ne sont d’ailleurs pas accueillies dans la paix et la communion par les églises qui sont, d’une manière ou d’une autre, apostoliques ; et pour cause : en raison de la divergence de leur règle de foi, elles ne sont elles-mêmes en rien apostoliques.

Prescription contre les hérétiques

Loin de moi la pensée de dire du mal d'eux : succédant au rang des Apôtres, ils consacrent de leur bouche sainte le corps du Christ, et c'est par eux que nous sommes nous-mêmes chrétiens.

Lettres