“Loin de moi la pensée de dire du mal d'eux : succédant au rang des Apôtres, ils consacrent de leur bouche sainte le corps du Christ, et c'est par eux que nous sommes nous-mêmes chrétiens.”
“Hors de l'Église, point de salut. Certes, votre grandeur m'intimide, mais votre bonté m'attire. Au prêtre, la victime que je suis demande le salut ; au pasteur, la brebis implore protection. Que la jalousie se retire, que s'efface l'ambition du siège de Rome, car c'est au successeur du Pêcheur et au disciple de la croix que je m'adresse. Moi, qui ne reconnais d'autre chef que le Christ, je m'unis par la communion à Votre Béatitude, c'est-à-dire à la chaire de Pierre. Je sais que l'Église est bâtie sur cette pierre. Quiconque mange l'agneau en dehors de cette maison est un profane. Celui qui ne se trouvera pas dans l'arche de Noé périra au milieu du déluge. Et parce que mes péchés m'ont conduit à m'exiler dans ce désert qui marque la frontière de la Syrie avec les terres barbares, et que l'immense distance qui nous sépare ne me permet pas de recevoir constamment de Votre Sainteté le saint du Seigneur, c'est pourquoi, ici, je me joins à vos confrères, les confesseurs d'Égypte, et, telle une modeste barque, je m'abrite auprès des grands navires de charge. Je ne connais pas Vitalis, je rejette Mélèce, j'ignore Paulin. Quiconque n'amasse pas avec vous, disperse. Autrement dit : celui qui n'appartient pas au Christ appartient à l'Antichrist.”
“Puisque l'Orient, déchiré par la fureur ancestrale de ses peuples qui s'affrontent, met en lambeaux la tunique sans couture du Seigneur, celle qui fut tissée d'un seul tenant depuis le haut, j'ai donc jugé nécessaire de consulter la chaire de Pierre et la foi célébrée par une bouche apostolique. C'est de là que je viens aujourd'hui réclamer la nourriture pour mon âme, là même où j'ai reçu autrefois le vêtement du Christ. Le patrimoine a été dilapidé par une postérité indigne ; c'est auprès de vous seuls que se conserve, intact, l'héritage des pères.”
“Pour ma part, ainsi que je l'ai déjà écrit, j'ai revêtu le vêtement du Christ à Rome ; me voici maintenant retenu aux confins barbares de la Syrie. Et pour que vous ne pensiez pas que ce jugement vienne d'un autre, c'est moi-même qui ai décidé de ce que je méritais. Mais, comme le dit le poète païen : « Celui qui franchit les mers change de ciel, non d'état d'âme. » C'est ainsi que l'ennemi implacable m'a poursuivi, si bien que je subis à présent dans le désert des combats plus grands encore. D'un côté, en effet, soutenue par les puissances de ce monde, la fureur arienne gronde. De l'autre, l'Église, déchirée en trois partis, s'empresse de m'attirer à elle. L'antique autorité des moines qui demeurent aux alentours se dresse contre moi. Moi, pendant ce temps, je ne cesse de clamer : « Si quelqu'un est uni à la chaire de Pierre, celui-là est des miens. » Mélèce, Vitalis et Paulin affirment être en communion avec vous. Je pourrais le croire si un seul l'affirmait. Mais aujourd'hui, ou bien deux d'entre eux mentent, ou bien ce sont les trois. C'est pourquoi j'en conjure Votre Béatitude, par la croix du Seigneur, par la Passion du Christ — gloire indispensable de notre foi —, vous qui succédez aux Apôtres en dignité, puissiez-vous leur succéder aussi en mérite ; puissiez-vous ainsi siéger sur le trône pour juger avec les Douze, puisse un autre ainsi vous ceindre dans votre vieillesse comme le fut Pierre, et puissiez-vous ainsi obtenir avec Paul le droit de cité des cieux : indiquez-moi par lettre avec qui, en Syrie, je dois être en communion. Ne méprisez pas une âme pour laquelle le Christ est mort.”
“J'ai honte de le dire : combien de vierges succombent chaque jour, combien l'Église, notre mère, en perd de son sein… D'autres vont jusqu'à boire des breuvages de stérilité, et commettent ainsi le meurtre d'un être humain avant même sa conception. Certaines, lorsqu'elles se rendent compte qu'elles ont conçu dans le crime, ont recours à des poisons abortifs ; bien souvent, elles meurent elles-mêmes avec leur enfant et sont conduites aux enfers, coupables d'un triple crime : homicides d'elles-mêmes, adultères envers le Christ, et parricides de leur enfant qui n'était pas encore né.”
“Ne me parlez pas de la violence d'un rapt, de la persuasion d'une mère, de l'autorité d'un père, des pressions de la parenté, des complots et des outrages des serviteurs, ni de la perte du patrimoine. Tant que le mari est en vie, qu’il soit adultère, qu’il soit sodomite, qu’il soit couvert de toutes les infamies et même abandonné par sa femme en raison de ces crimes, il est considéré comme son époux, et elle n'a pas le droit d'en prendre un autre.”