La primauté de Pierre
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*La primauté de Pierre* est un thème déjà présent dans la conscience des premiers chrétiens, qui reconnaissaient en Pierre le roc sur lequel l’Église est édifiée. Il s’agit certes d’une image métaphorique, mais comme toute métaphore biblique, elle porte une signification réelle et structurante.…
“Et l'Esprit donné par Dieu se trouve contenu ; car sauver des gens contre leur gré relève de la contrainte, tandis que les sauver s’ils le choisissent relève de la grâce. Le royaume de Dieu n'appartient pas à ceux qui dorment et sont indolents, mais ce sont les violents qui s'en emparent. Car c’est la seule bonne violence : faire violence à Dieu et lui arracher la vie. Et lui, reconnaissant ceux qui s’attachent à lui avec force – ou plutôt, avec fermeté –, a cédé et s’est incliné ; car Dieu se réjouit d’être ainsi vaincu. Voilà pourquoi, en entendant cela, le bienheureux Pierre, l’élu, l’homme d’élite, le premier des disciples, le seul pour qui, avec lui-même, le Sauveur paie l’impôt, saisit vivement la parole et en comprit le sens. Et que dit-il ? « Vois, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi. » Mais ce « tout », s’il entend par là les biens matériels qu'il possédait – quatre oboles peut-être, pour ainsi dire –, il se glorifie d'avoir abandonné cela et risquerait, sans le vouloir, de faire du royaume des cieux l'équivalent de ces possessions. Si, au contraire, en rejetant ce dont nous venons de parler, c’est-à-dire les anciennes possessions de l'esprit et les maladies de l'âme, ils suivent les traces du Maître, voilà qui conviendrait alors à ceux qui seront inscrits dans les cieux. Car suivre véritablement le Sauveur, c'est rechercher son absence de péché et sa perfection, c'est, en le prenant pour miroir, embellir et ordonner son âme, et disposer chaque chose en tout point de la même manière.”
“En effet, même si tu crois le ciel encore fermé, rappelle-toi que le Seigneur a laissé ici-bas ses clés à Pierre et, par lui, à l'église ; ce sont ces clés que chacun, après avoir été interrogé et avoir professé sa foi, emportera avec lui.”
“La discipline dirige l'homme, le pouvoir confère l'autorité. Car le pouvoir est une chose, l'Esprit en revanche est Dieu. Or, qu'enseignait-il ? De ne pas prendre part aux œuvres des ténèbres. Observe ce qu'il commande. Mais qui pouvait pardonner les péchés ? Cela n'appartient qu'à lui seul. Car qui remet les péchés, sinon Dieu seul ? Et bien sûr, les péchés mortels commis contre lui et contre son temple.”
— Modestie
“Si nous-mêmes, en priant, nous nous penchions avec un soin respectueux sur les Évangiles, nous y trouverions, même dans ce qui semble être commun à tous, une différence et une prééminence considérables dans les paroles adressées à Pierre par rapport à celles qui suivent. La différence, en effet, n’est pas mince : Pierre a reçu les clés non pas d’un seul ciel, mais de plusieurs, afin que tout ce qu’il lie sur la terre soit lié non pas dans un seul ciel, mais dans tous les cieux. Par comparaison, pour la multitude de ceux qui ont lié et délié sur la terre, leurs actes se trouvent liés et déliés non pas dans les cieux, à l’instar de Pierre, mais dans un seul ciel. En effet, leur puissance n’atteint pas celle de Pierre, au point de leur permettre de lier et de délier dans tous les cieux.”
“Alors qu'ils étaient tous à table ensemble, notre Seigneur prit la parole et leur dit : Je veux que vous sachiez maintenant pourquoi j'ai fait cela. Si je n'explique pas mon mystère, qui le comprendra ? Et si je ne donne pas l'exemple, qui connaîtra ma volonté ? Il m'appartient de manifester tout ce que les prophètes ont dit de moi, et il est juste que je sois pour vous votre maître et celui qui vous instruit. Toi, Simon mon disciple, je t'ai établi comme le fondement de la sainte Église. Je t'ai appelé Pierre dès le commencement pour que tu soutiennes tout mon édifice. Tu es le surveillant de ceux qui bâtissent mon Église sur la terre, afin que, s'ils construisent quelque chose de mauvais, ton fondement même les dénonce. Tu es la source première de mon enseignement, et tu es le chef de mes disciples. C'est par toi que j'abreuve tous les peuples de la douceur de vie que je donne. C'est toi que j'ai choisi, le premier-né parmi mes disciples, pour être l'héritier de mes trésors et la clé de mon royaume ; voici, je t'ai donné l'autorité sur toutes mes richesses. Maintenant donc, sachez et comprenez l'explication du mystère que vous avez vu : je suis devenu serviteur et je vous ai honorés. Voici, je me suis humilié sous vos yeux : je vous ai lavé les pieds, je me suis penché et les ai essuyés avec un linge, à la manière d'un esclave. Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. Et le monde entier qui m'a reconnu m'appelle votre Maître. Je ne porte pas un titre d'emprunt, vide d'actes ; mais en vérité et en réalité, vous êtes bien mes disciples. Je vous ai choisis avant que la création et tous ses habitants n'existent, et le Père d'en-haut me rend ce témoignage : je suis votre Dieu et votre Maître. Je veux que vous gardiez mon commandement et que vous m'imitiez en actes. Si je vous ai lavé les pieds et vous ai servis, à combien plus forte raison est-il juste que vous vous laviez les pieds les uns aux autres et que vous vous serviez mutuellement ! C'est cet exemple que je vous ai donné, en mémorial de moi, pour vous le montrer.”
— Homélies, p. 28
“Quoi donc ? À Nabuchodonosor, qui avait commis de tels actes et les a confessés, Dieu a accordé le pardon et le royaume ; et à toi qui te repens, n'accorderait-il pas la rémission des péchés et le royaume des cieux, si tu mènes une vie digne ? Le Seigneur est plein de bonté, prompt à pardonner mais lent au châtiment. Que personne donc ne désespère de son propre salut. Pierre, le chef suprême et le premier des apôtres, a renié trois fois le Seigneur devant une simple servante ; mais, pris de remords, il pleura amèrement. Or, ces pleurs manifestent un repentir qui vient du cœur. C'est pourquoi, non seulement il a reçu le pardon pour son reniement, mais il a aussi conservé intacte sa dignité apostolique.”
“C’est donc par la puissance de ce même Esprit Saint que Pierre, le prince des apôtres et le détenteur des clés du royaume des cieux, guérit à Lydda, aujourd'hui Diospolis, le paralytique Énée au nom du Christ ; et qu’à Joppé, il ressuscita d’entre les morts la bienfaisante Tabitha. Sur la terrasse, ravi en extase, il vit le ciel ouvert et, par la vision d’un objet qui descendait, semblable à une grande nappe remplie d’animaux de toutes formes et de toutes espèces, il apprit clairement qu’il ne fallait appeler aucun homme souillé ou impur, même s’il venait des païens. Mandé par Corneille, il entendit distinctement l’Esprit Saint lui dire : « Voici des hommes qui te cherchent. Lève-toi, descends et pars avec eux sans hésiter, car c'est moi qui les ai envoyés. » Et pour qu'il soit manifestement prouvé que les croyants issus des nations païennes reçoivent aussi en partage la grâce de l'Esprit Saint, l'Écriture dit, à propos de Corneille et de ceux qui étaient avec lui, que lorsque Pierre arriva à Césarée et enseignait ce qui concerne le Christ, comme Pierre prononçait encore ces mots, l'Esprit Saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la parole. Si bien que les fidèles issus de la circoncision qui étaient venus avec Pierre furent saisis d’étonnement et dirent, stupéfaits : « Voilà que sur les nations païennes aussi le don de l'Esprit Saint a été répandu. »”
“Mais tu objectes que l’Église est fondée sur Pierre. Or, bien qu’en un autre passage il en soit de même pour tous les Apôtres, qu’ils reçoivent tous les clés du royaume des cieux et que la force de l’Église s’affermisse sur eux à égalité, un seul a pourtant été choisi parmi les douze afin que, par l’institution d’un chef, soit écartée toute occasion de schisme.”
“Simon Pierre, fils de Jean, de la province de Galilée, originaire du village de Bethsaïde, frère de l'apôtre André et prince des Apôtres. Après son épiscopat à l'église d'Antioche et sa prédication à la diaspora des croyants issus de la circoncision, dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie, il se rendit à Rome la deuxième année du règne de l'empereur Claude pour y combattre Simon le Magicien. Là, il occupa la chaire épiscopale pendant vingt-cinq ans, jusqu'à la dernière année de Néron, c'est-à-dire la quatorzième. C'est sous le règne de ce dernier qu'il fut couronné du martyre, crucifié la tête tournée vers le sol et les pieds élevés en l'air, affirmant qu'il était indigne d'être crucifié de la même manière que son Seigneur.”
“Chapitre 2. C’est à Pierre, représentant la figure de l’Église, que les clés du royaume des cieux ont été données. Elles ont été données à un seul en raison de l’unité de l’Église. Le Christ ressuscite d’abord, ensuite l’Église délie. Avant sa passion, comme vous le savez, le Seigneur Jésus a choisi ses disciples, qu’il a appelés Apôtres. Parmi eux, c’est Pierre, presque toujours lui seul, qui a mérité de représenter l’Église tout entière. C’est en raison de ce rôle même qu’il portait seul au nom de toute l’Église, qu’il a mérité d’entendre : « Je te donnerai les clés du royaume des cieux ». En effet, ces clés, ce n’est pas un homme seul qui les a reçues, mais l’unité de l’Église. Voilà pourquoi l’excellence de Pierre est mise en lumière : parce qu’il a été la figure de l’universalité et de l’unité de l’Église elle-même, quand il lui a été dit : « Je te remets ce qui a été remis à tous ». Car, pour que vous sachiez que c’est bien l’Église qui a reçu les clés du royaume des cieux, écoutez ce que le Seigneur dit en un autre endroit à tous ses Apôtres : « Recevez l’Esprit Saint. » Et aussitôt après : « Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ». Cela se rapporte aux clés, dont il a été dit : « Ce que vous délierez sur la terre sera délié aussi dans le ciel ; et ce que vous lierez sur la terre sera lié aussi dans le ciel ». Or, c’est à Pierre qu’il a dit cela. Mais pour que tu comprennes que Pierre, à ce moment-là, représentait l’Église universelle, écoute ce qui lui est dit à lui, et ce qui est dit à tous les saints fidèles : « Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le, seul à seul avec lui. S'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux autres personnes, car il est écrit : “Toute affaire sera réglée sur la parole de deux ou trois témoins.” S'il ne les écoute pas non plus, dis-le à l'Église ; et s'il n'écoute pas même l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel ». La colombe lie, la colombe délie ; l’édifice bâti sur le roc lie et délie.”
— Sermons
“1. Comme le Seigneur lavait les pieds des disciples, il vint à Simon Pierre. Et Pierre lui dit : « Seigneur, toi, tu me laves les pieds ? » Qui, en effet, ne serait saisi de crainte à l'idée de se voir laver les pieds par le Fils de Dieu ? Ainsi, bien qu'il fût d'une audace insigne pour un serviteur de contredire son Seigneur, et pour un homme de contredire Dieu, Pierre préféra pourtant le faire plutôt que de supporter que son Seigneur et Dieu lui lave les pieds. Et il ne faut pas croire que Pierre fut le seul parmi eux à craindre et à refuser, sous prétexte que les autres, avant lui, auraient accepté cela de bon cœur ou avec sérénité. Car on pourrait plus facilement comprendre ainsi ces paroles de l'Évangile : puisqu'il est dit d'abord « Il commença à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint », puis qu'on ajoute ensuite « Il vint donc à Simon Pierre », on en déduirait qu'il en avait déjà lavé quelques-uns et qu'il était venu après eux au premier d'entre eux. Car qui ignore que le bienheureux Pierre est le premier des Apôtres ? Mais il ne faut pas comprendre qu'il est venu à lui après d'autres ; il faut comprendre au contraire qu'il a commencé par lui. Ainsi, quand il a commencé à laver les pieds des disciples, il est venu à celui par qui il a commencé, c'est-à-dire Pierre. Et c'est alors que Pierre, saisi d'une crainte qui aurait étreint n'importe lequel d'entre eux, s'écria : « Seigneur, toi, tu me laves les pieds ? » Que signifie ce « toi » ? Que signifie ce « moi » ? Il faut davantage méditer ces paroles que les commenter, de peur que la langue ne puisse exprimer la grandeur que l'âme, elle, perçoit tant bien que mal à travers ces mots.”
“Interprétation de la déposition. Philippe, prêtre et légat du Siège apostolique, déclara : Il a été satisfait à la coutume, qui veut que les lettres du Siège apostolique soient lues en premier lieu en latin. Mais maintenant, puisque votre Béatitude demande instamment qu’elles soient aussi lues en grec, il est nécessaire de satisfaire le désir de votre Sainteté. C’est pourquoi nous avons pris soin que le discours romain soit traduit en grec. Daignez donc ordonner qu’il soit accueilli et confié à vos saintes oreilles.”
Traduction française à venir.