Commentaire sur Matthieu
Commentaires sur Matthieu Commentaire sur l’Évangile de Matthieu
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“Si nous-mêmes, en priant, nous nous penchions avec un soin respectueux sur les Évangiles, nous y trouverions, même dans ce qui semble être commun à tous, une différence et une prééminence considérables dans les paroles adressées à Pierre par rapport à celles qui suivent. La différence, en effet, n’est pas mince : Pierre a reçu les clés non pas d’un seul ciel, mais de plusieurs, afin que tout ce qu’il lie sur la terre soit lié non pas dans un seul ciel, mais dans tous les cieux. Par comparaison, pour la multitude de ceux qui ont lié et délié sur la terre, leurs actes se trouvent liés et déliés non pas dans les cieux, à l’instar de Pierre, mais dans un seul ciel. En effet, leur puissance n’atteint pas celle de Pierre, au point de leur permettre de lier et de délier dans tous les cieux.”
“De plus, en se refusant à sa femme, un homme la pousse souvent à commettre l’adultère en ne comblant pas ses désirs, même s’il le fait sous le prétexte d’une plus grande dignité et d’une plus grande pureté. Et peut-être celui-ci est-il plus coupable – lui qui, pour sa part, la pousse à l’adultère en ne comblant pas ses désirs – que celui qui l’a répudiée non pour motif d’impudicité, mais pour un empoisonnement, un meurtre ou l’une des fautes les plus graves. Car de même qu’une femme est adultère, même si elle semble mariée à un autre homme du vivant de son premier mari, de même l’homme qui croit épouser une femme répudiée ne l’épouse pas en réalité : selon la sentence de notre Sauveur, il commet un adultère.”
“En s'appuyant sur la tradition de l'Évangile dit de Pierre, ou du livre de Jacques, certains affirment que les frères de Jésus sont des fils que Joseph a eus d'une première femme, qui avait vécu avec lui avant Marie. Ceux qui soutiennent cela veulent préserver jusqu'au bout la dignité de Marie dans sa virginité, afin que ce corps, qui fut choisi pour se mettre au service du Verbe qui a dit : « L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre », ne connaisse pas l'union charnelle avec un homme, après que l'Esprit Saint est venu sur elle et que la puissance d'en haut l'a couverte de son ombre. Et j'estime qu'il est logique de penser que Jésus a été, pour les hommes, les prémices de la pureté dans la chasteté, et Marie, pour les femmes. Car il serait impie d'attribuer à une autre qu'à elle les prémices de la virginité.”
“Quant aux esprits qui sont dans les prophètes, pour montrer qu’ils sont en quelque sorte leur propriété, puisqu’ils leur ont été donnés par Dieu, on peut citer ce texte : « Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes », et cet autre : « L’esprit d’Élie a reposé sur Élisée ». Ainsi, dit-il, il n’y a rien d’absurde à ce que Jean, qui ramène les cœurs des pères vers leurs enfants avec l’esprit et la puissance d’Élie, soit appelé, en raison de cet esprit, « l’Élie qui doit venir ».”
“Comment n’aurait-il pas été logique, si telle était alors la croyance de beaucoup, que Jean ait douté de lui-même, se demandant si son âme n’avait pas été un jour en Élie ? L'homme d'Église, quant à lui, renverra cet interlocuteur à une enquête historique : qu’il aille d’abord s’informer auprès de ceux qui, chez les Hébreux, prétendent connaître les doctrines secrètes, pour savoir si une telle croyance existe chez eux. En effet, s'il s'avère que ce n'est nullement le cas, il est manifeste que l'argumentation de notre homme est réduite à néant.”
“On pourrait dire qu’Hérode, ainsi que quelques personnes du peuple, adhérait à la fausse doctrine de la réincarnation. Selon cette opinion, ils pensaient que l’ancien Jean était né une nouvelle fois et revenu d’entre les morts à la vie, sous les traits de Jésus. Mais l’intervalle de temps entre la naissance de Jean et celle de Jésus, qui ne dépasse pas six mois, ne permet pas de considérer cette fausse doctrine comme plausible. Peut-être l’hypothèse d’Hérode était-elle plutôt la suivante : les puissances qui avaient été à l’œuvre en Jean étaient passées en Jésus, puissances grâce auxquelles le peuple croyait que Jean était le Baptiste. On pourrait d'ailleurs utiliser un tel argument : de même que c’est en raison de l’esprit et de la puissance d’Élie, et non de son âme, qu’il est dit à propos de Jean : « C’est lui, l’Élie qui doit venir », de même Hérode pensait que les puissances qui étaient en Jean avaient accompli, dans le cas de Jean, ce qui relevait du baptême et de l’enseignement – car « Jean n’a fait aucun signe » –, mais qu’en Jésus, elles accomplissaient des miracles prodigieux.”
“La Cananéenne, s’étant approchée, adorait Jésus comme Dieu en disant : « Seigneur, aide-moi. » Il lui répondit : « Il n’est pas permis de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. » Que d'autres donc, étrangers à l'enseignement de l'Église, supposent que les âmes passent des corps humains dans des corps de chiens, en fonction de leurs diverses perversités ; quant à nous, qui ne trouvons absolument rien de tel dans la divine Écriture...”
“Dans ce passage, il me semble que par « Élie » il ne faut pas entendre l'âme, afin de ne pas tomber dans ce dogme de la métempsomatose, étranger à l'église de Dieu, qui n'a été ni transmis par les apôtres, ni ne se manifeste nulle part dans les Écritures.”
“Si les païens partisans de la métempsycose, par une conséquence logique de leur doctrine, n'admettent pas que le monde puisse périr, il ne leur reste plus, une fois confrontés aux Écritures qui annoncent clairement sa destruction, qu'à refuser d'y croire ou bien à inventer des arguties pour interpréter les récits de la fin des temps — ce dont ils seront d'ailleurs tout à fait incapables, même s'ils le voulaient.”