La filiation éternelle du Christ

17 citations

La filiation éternelle du Christ est enseignée à de nombreuses reprises dans le Nouveau Testament, qui affirme constamment que Jésus-Christ est le Fils de Dieu le Père. Cela signifie notamment que la deuxième Personne de la Trinité procède éternellement de la première Personne — hors du temps.

Car certains ont coutume de se prévaloir du Nom avec une ruse perverse, tout en commettant des actes indignes de Dieu. Il vous faut les éviter comme des bêtes sauvages. Ce sont en effet des chiens enragés, qui mordent sournoisement ; il vous faut vous garder d'eux, car ils sont difficiles à guérir. Il n'y a qu'un seul médecin, à la fois charnel et spirituel, engendré et inengendré, Dieu venu dans la chair, vie véritable dans la mort, issu de Marie et issu de Dieu, d'abord passible puis impassible : Jésus Christ notre Seigneur.

Lettre aux Éphésiens version longue, Chatpter 7

Puisque j’ai donc contemplé, dans les personnes que j’ai nommées, votre communauté tout entière dans la foi et l’amour, je vous exhorte à mettre tout votre zèle à agir dans la concorde qui vient de Dieu. Que l’évêque préside à la place de Dieu, les presbytres à la place du collège des apôtres, et les diacres, qui me sont infiniment chers, à qui est confié le service de Jésus-Christ, lui qui, avant les siècles, engendré auprès du Père, était Dieu, le Verbe, le Fils unique, et qui demeure le même à la fin des temps. Car son règne n’aura pas de fin, dit le prophète Daniel. Ainsi donc, aimons-nous tous les uns les autres dans une même concorde. Que personne ne regarde son prochain selon la chair, mais toujours en Jésus-Christ. Qu’il n’y ait rien en vous qui puisse vous diviser ; au contraire, soyez unis à l’évêque, et par lui, soumis à Dieu dans le Christ.

Lettre aux Magnésiens, Chapitre 6

Et Jésus-Christ seul a été engendré par Dieu comme son Fils au sens propre, lui qui est son Verbe, son Premier-né et sa Puissance ; et, s'étant fait homme par sa volonté, il nous a enseigné ces choses pour la transformation et la restauration du genre humain.

Première apologie

Ainsi, ce Dieu, qui est unique et souverain de toutes choses, engendre premièrement le Verbe, après l'avoir conçu dans sa pensée. Non pas un Verbe qui serait une simple parole vocale, mais la pensée immanente de l'univers. C'est lui seul qu'il engendra à partir de l'être, car l'Être, c'était le Père lui-même, de qui procède celui qui est engendré. Le Verbe était la cause de tout ce qui naît à l'existence, portant en lui la volonté de son géniteur et n'ignorant rien de la pensée du Père. En effet, dès qu'il procéda de celui qui l'a engendré pour devenir son premier-né, il portait en lui, comme une parole vocale, les idées conçues dans l'intelligence du Père. C'est pourquoi, lorsque le Père ordonna que le monde vienne à l'existence, le Verbe accomplissait point par point ce qui plaisait à Dieu. Or, le Verbe est le seul à procéder de lui ; c'est pourquoi il est Dieu, puisqu'il est la substance de Dieu. Le monde, en revanche, vient de rien ; c'est pourquoi il n'est pas Dieu, car il est sujet à la destruction, si telle est la volonté de son créateur. Le Dieu créateur n'a fait et ne fait aucun mal, mais seulement ce qui est beau et bon, car celui qui fait est bon. Quant à l'homme qui fut créé, il était une créature douée de libre arbitre, mais non souveraine ; dépourvu d'intelligence, incapable de maîtriser toutes choses par la pensée, l'autorité et la puissance, il était au contraire un esclave, possédant en lui tous les attributs opposés.

Réfutation de toutes les hérésies, livre 10, chapitre 29

On peut à la rigueur dire de telles choses des hommes, car ils sont de nature composite et constitués d'un corps et d'une âme. Quant à ceux qui disent que l'Ennoia a été émise par Dieu, puis d'elle le Nous, et enfin d'eux le Logos, il faut d'abord leur reprocher d'utiliser à mauvais escient le terme d'« émissions ». Ensuite, il faut leur reprocher de décrire les affections, les passions et les processus de la pensée humaine en les appliquant au Père de toutes choses, tout en ignorant Dieu – ce Père qu'ils prétendent pourtant inconnu de tous, niant qu'il ait lui-même fait le monde pour ne pas le rabaisser, mais lui attribuant les affections et les passions propres aux hommes. S'ils connaissaient les Écritures et s'ils étaient instruits par la vérité, ils sauraient bien que Dieu n'est pas comme les hommes, et que ses pensées ne sont pas comme les pensées des hommes. Car le Père de toutes choses est bien différent des affections et des passions qui se manifestent chez les hommes. Il est simple, non composé, homogène, entièrement semblable et égal à lui-même. Il est tout entier intelligence, tout entier esprit, tout entier perception, tout entier pensée, tout entier raison, tout entier ouïe, tout entier œil, tout entier lumière et tout entier source de tous les biens, comme il convient aux hommes religieux et pieux de parler de Dieu. Ces arguments sur l'émission de l'Intelligence s'appliquent de même aux partisans de Basilide et aux autres gnostiques, qui, ayant reçu d'eux les principes des émissions, ont déjà été réfutés dans le premier livre. Puisque nous avons clairement démontré que la première émission, celle du Nous – c'est-à-dire de leur Intelligence –, est inacceptable et impossible, voyons maintenant le reste. En effet, les inventeurs de ce Plérôme disent que de celui-ci ont été émis le Logos et Zoé. Pour l'émission du Verbe, ils s'inspirent donc d'un processus humain, inventant des fables contre Dieu, comme s'ils découvraient quelque chose de grandiose en disant que le Logos a été émis par le Nous. Or, chacun sait qu'une telle succession est logique chez les hommes. Mais en Dieu, qui est au-dessus de tout, qui est tout entier Nous et tout entier Logos, comme nous l'avons déjà dit, et en qui rien n'est antérieur ou postérieur, une chose ne procédant pas d'une autre, mais qui demeure en tout point égal, semblable et un – en lui, une émission suivant un tel agencement n'a plus lieu d'être. De la même manière, celui qui dit qu'il est tout entier vision et tout entier ouïe (car ce en quoi il voit, il entend aussi, et ce en quoi il entend, il voit aussi) ne se trompe pas. De même, celui qui dit qu'il est tout entier Intelligence et tout entier Verbe, que là où est son Intelligence, là est aussi son Verbe, et que ce Nous est son Verbe, celui-là aura certes une conception encore insuffisante du Père de toutes choses, mais bien plus juste que ceux qui transposent la génération de la parole proférée par les hommes au Verbe éternel de Dieu, lui assignant un commencement et une naissance par projection, comme à leur propre parole. Et en quoi le Verbe de Dieu – ou plutôt Dieu lui-même, puisqu'il est Verbe – se distinguera-t-il de la parole des hommes, s'il possède le même processus et la même émission dans sa génération ?

Contre les hérésies

C'est ainsi qu'il l'a fait son égal, lui qui, en procédant de lui, est devenu le Fils : le Premier-né, puisqu'engendré avant toutes choses, et l'Unique, puisqu'il est le seul à être engendré de Dieu, issu à proprement parler des entrailles de son cœur même, selon le témoignage que le Père lui-même en donne : « De mon cœur a jailli une Parole excellente. »

Contre Praxéas

Il faut savoir que l'Écriture sainte, en se dotant d'un mode d'expression en quelque sorte ineffable, secret et profond, s’efforce de révéler la vérité aux hommes et de leur suggérer une fine intelligence. C'est pourquoi, en introduisant le terme de « vapeur », elle l'a emprunté aux réalités corporelles afin que nous puissions comprendre, ne serait-ce que par une forme d'analogie, comment le Christ, qui est la Sagesse, à l'image de cette vapeur qui émane d'une substance corporelle, surgit lui-même, telle une vapeur, de la puissance de Dieu. Ainsi, la Sagesse, procédant de Dieu, est engendrée de sa substance même. De même, par analogie avec une effluence corporelle, le Fils est appelé « une pure et sincère effluence de la gloire du Tout-Puissant ». Ces deux comparaisons montrent avec la plus grande clarté qu'il existe une communion de substance entre le Fils et le Père. En effet, une effluence est manifestement consubstantielle — c'est-à-dire de même substance — au corps dont elle provient, qu'il s'agisse d'une effluence ou d'une vapeur.

Commentaire sur Hébreux

Quand nous disons Dieu le Père et Dieu le Fils, nous n’affirmons pas qu’ils sont différents et nous ne les séparons pas l’un de l’autre ; car le Père ne peut exister sans le Fils, ni le Fils être séparé du Père, puisque le Père ne peut être appelé Père sans le Fils, ni le Fils être engendré sans le Père. Ainsi, puisque le Père fait le Fils et que le Fils fait le Père, ils ont tous deux une seule intelligence, un seul esprit, une seule substance : le premier est comme une source surabondante, le second comme un ruisseau qui en découle ; le premier est comme le soleil, le second comme un rayon projeté par le soleil.

Instituts divins

Apprends donc de ces exemples, insensé, que chaque semence revêt son propre corps. Jamais tu ne sèmes du blé pour récolter de l’orge ; jamais tu ne plantes une vigne qui produise des figues. Non, toute chose croît selon sa propre nature ; de même, le corps qui est tombé en terre ressuscitera lui-même. Quant à la corruption et à la décomposition du corps, tu dois comprendre, par la parabole de la semence, qu’il en va de même que pour ta semence : en tombant en terre, elle pourrit et se corrompt, et c’est de cette corruption même qu’elle grandit, germe et porte du fruit. Et de même qu’une terre labourée, où aucune semence n’est tombée, ne produit pas de fruit – même si elle boit toutes les pluies –, de même, d’un tombeau auquel on n’a confié aucun mort, personne ne sortira lors de la résurrection des morts, quand bien même y retentirait l’éclat de toutes les trompettes. Mais si, comme certains le disent, les esprits des justes montent au ciel et y revêtent un corps céleste, alors c’est au ciel qu’ils demeurent. Or, celui qui ressuscite les morts demeure également au ciel ; mais lorsque viendra notre Vivificateur, qui ressuscitera-t-il de la terre ? Et pourquoi nous a-t-il écrit : « L’heure vient, et c’est maintenant, où les morts entendront la voix du Fils de l’homme ; alors ils vivront et sortiront de leurs tombeaux » ? Assurément, un corps céleste ne viendra pas pénétrer dans un tombeau pour en sortir de nouveau.

Exposés

Malgré ces démonstrations, ils redoublent d’effronterie en disant : « S’il n’y a pas eu un temps où le Fils n’était pas, mais qu’il est au contraire éternel et coexiste avec le Père, alors ce n’est plus un Fils que vous annoncez, mais un frère du Père. » Insensés et querelleurs ! Si en effet nous nous contentions de dire qu’il coexiste de toute éternité avec le Père, sans affirmer qu’il est Fils, leur piété feinte aurait une certaine vraisemblance. Mais puisque, tout en le disant éternel, nous confessons qu’il est le Fils né du Père, comment celui qui est engendré pourrait-il être considéré comme le frère de celui qui l’a engendré ? … Le Père et le Fils ne sont pas issus d’un quelconque principe antérieur qui ferait d’eux des frères ; au contraire, le Père est le principe et le géniteur du Fils. … En effet, il est propre aux hommes d’engendrer dans le temps, en raison de l’imperfection de leur nature ; mais en Dieu l’engendrement est éternel, parce que sa nature est toujours parfaite.

Quatre discours contre les Ariens

Crois aussi au Fils de Dieu, le seul et unique, notre Seigneur Jésus Christ, Dieu engendré de Dieu, vie engendrée de la vie, lumière engendrée de la lumière, semblable en tout à celui qui l'a engendré. Il n'a pas reçu l'être dans le temps, mais il est engendré du Père avant tous les siècles, de toute éternité et de manière inconcevable. Il est la Sagesse de Dieu, sa Puissance et la Justice subsistante, assis à la droite du Père avant tous les siècles. En effet, contrairement à ce que certains ont pensé, ce n'est pas après sa Passion, en récompense de son endurance, qu'il a reçu le trône à la droite de Dieu, comme s'il avait été couronné par lui. Au contraire : depuis qu'il est – et il est, étant engendré de toute éternité –, il détient la dignité royale. Il siège avec le Père, étant lui-même Dieu, Sagesse et Puissance, comme nous l'avons dit ; il règne avec le Père et il est le créateur de l'univers par le Père. Rien ne lui manque de la dignité divine, et il connaît celui qui l'a engendré, tout comme il est connu de celui qui l'a engendré. Et pour le dire en un mot : « Nul ne connaît le Fils, si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils. »

Conférences catéchétiques

Il me semble en effet qu’on l’appelle Fils parce qu’il est identique au Père selon l’essence ; et pas seulement pour cela, mais aussi parce qu’il vient de Lui. Fils unique, non parce qu’il serait le seul issu du Seul et le seul à l’être, mais parce que sa génération est unique en son genre, et non pas corporelle. Verbe, parce que son rapport au Père est celui de la parole à l'intelligence ; non seulement en raison du caractère impassible de sa génération, mais aussi de leur lien intime et de sa fonction de révélation. Peut-être pourrait-on dire aussi qu’il est au Père ce que la définition est à l’objet défini, puisque λόγος signifie aussi définition. Car, est-il dit, « celui qui a compris le Fils » – ce qui veut dire « celui qui a vu » – « a compris le Père ». Le Fils est une démonstration brève et simple de la nature du Père, car tout être engendré est une parole silencieuse de celui qui l’a engendré. Et si l'on soutenait qu'il est appelé Verbe parce qu'il est immanent à tous les êtres, on ne s'écarterait pas de la raison. Car qu'est-ce qui existe qui n'ait été constitué par le Verbe ? Sagesse, en tant que connaissance des réalités divines et humaines. Comment, en effet, le créateur pourrait-il ignorer les raisons d'être de ce qu'il a créé ? Puissance, en tant que conservateur des êtres créés, leur fournissant la force qui assure leur cohésion. Vérité, en tant qu’il est un par nature, et non multiple. Le vrai est en effet un, tandis que le mensonge est multiforme. Et aussi en tant qu’il est le sceau pur du Père et son empreinte absolument fidèle. Image, en tant qu’il est consubstantiel et qu’il vient du Père, alors que le Père ne vient pas de lui. Telle est en effet la nature d’une image : être l’imitation de son archétype, de celui dont on la dit l’image. À cette différence près, et considérable, qu’ici l'on a affaire à bien plus : dans le cas d'une image ordinaire, c'est l'inerte qui représente le vivant ; ici, c’est une image vivante d'un modèle vivant, une image qui diffère bien moins de son original que Seth ne différait d’Adam, ou n’importe quel enfant de son parent. Car telle est la nature des êtres simples : ils ne sont pas semblables par un aspect et dissemblables par un autre, mais ils sont l’empreinte totale d’un tout, et bien plus une identité qu’une ressemblance. Lumière, en tant qu’il est la splendeur des âmes purifiées par la raison et par la vie. Car si l'ignorance et le péché sont ténèbres, alors la connaissance et la vie en Dieu sont lumière. Vie, parce qu'il est lumière, constitution et essence de toute nature raisonnable. C'est en effet « en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être », selon la double puissance du souffle divin qui nous fut insufflé. C’est de lui que nous recevons tous le souffle vital, et, pour ceux d'entre nous qui en sont capables, l'Esprit Saint, dans la mesure même où nous ouvrons la bouche de notre esprit. Justice, parce qu'il répartit les dons selon le mérite et juge avec équité ceux qui sont sous la Loi comme ceux qui sont sous la grâce, ainsi que l'âme et le corps, afin que le second soit gouverné et que la première gouverne, et que la partie supérieure exerce son autorité sur l'inférieure, pour que le moins bon ne se révolte pas contre le meilleur. Sanctification, en tant qu’il est pureté, afin que ce qui est pur soit accueilli par la pureté. Rédemption, parce qu'il nous affranchit, nous qui étions captifs du péché, en se donnant lui-même en rançon pour nous, comme purification pour le monde entier. Résurrection, parce qu'il nous relève d'ici-bas et nous ramène à la vie, nous que le péché avait fait mourir.

Orations

Mais ils pensent devoir objecter sa parole : « Je vis par le Père ». Assurément, s’ils appliquent cela à sa divinité, le Fils vit par le Père : parce que le Fils est issu du Père ; par le Père, parce qu’il est d’une seule substance avec le Père ; par le Père, parce que le Verbe a jailli du cœur du Père, qu’il a procédé du Père, qu’il a été engendré du sein paternel ; parce que le Père est la source du Fils, parce que le Père est la racine du Fils.

Foi

L’église observe l’obéissance sur les deux points : elle lie le péché et elle le délie. L’hérésie, au contraire, est impitoyable sur un point et désobéissante sur l’autre : elle veut lier ce qu’elle ne délie pas, et elle ne veut pas délier ce qu’elle a lié. En cela même, elle se condamne par sa propre sentence. Car le Seigneur a voulu que le droit de délier et de lier soit égal, lui qui a accordé l’un et l’autre à la même condition. Par conséquent, celui qui n’a pas le droit de délier n’a pas non plus celui de lier. En effet, tout comme, selon la parole du Seigneur, celui qui a le droit de lier a aussi celui de délier, de même leur propre affirmation les étrangle : puisqu’ils se refusent le droit de délier, ils devraient aussi se refuser celui de lier. Comment donc l’un pourrait-il être permis, et l’autre non ? Pour ceux à qui ce double pouvoir a été donné, il est évident que soit les deux sont permis, soit les deux sont interdits. À l’église, les deux sont permis ; à l’hérésie, les deux sont interdits. Car ce droit n’a été accordé qu’aux seuls prêtres. C’est donc à juste titre que l’église le revendique, elle qui a de vrais prêtres. L’hérésie ne peut le revendiquer, elle qui n’a pas les prêtres de Dieu. Mais en ne le revendiquant pas, elle prononce elle-même sa sentence : puisqu’elle n’a pas de prêtres, elle ne doit pas s’arroger le droit sacerdotal. Ainsi, dans son obstination éhontée, nous discernons un aveu plein de pudeur.

Pénitence

La rémission des péchés. C'est au moment du baptême que vous recevez le Symbole dans sa plénitude. Que personne ne dise : « J'ai commis tel acte ; peut-être ne me sera-t-il pas pardonné. » Qu'as-tu fait ? Quelle est la gravité de ta faute ? Cite une faute monstrueuse que tu as commise, une faute grave, effroyable, à laquelle on frémit ne serait-ce qu'en y pensant : quoi que tu aies fait, as-tu tué le Christ ? Il n'y a pas de crime pire que celui-là, car rien n'est meilleur que le Christ. Quel crime immense que de tuer le Christ ! Pourtant, les Juifs l'ont mis à mort, et beaucoup d'entre eux ont ensuite cru en lui et ont bu son sang : le péché qu'ils avaient commis leur a été pardonné. Une fois baptisés, attachez-vous à mener une vie bonne selon les commandements de Dieu, afin de préserver votre baptême jusqu'à la fin. Je ne vous dis pas que vous vivrez ici-bas sans péché ; mais il y a des péchés véniels, sans lesquels cette vie n'est pas possible. C'est pour tous les péchés que le baptême a été institué ; pour les péchés légers, dont nous ne pouvons nous passer, c'est la prière qui a été instituée. Que dit cette prière ? « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » Une fois pour toutes nous sommes lavés par le baptême, chaque jour nous sommes lavés par la prière. Mais gardez-vous de commettre les fautes qui obligent à être séparé du corps du Christ – que cela ne vous arrive jamais ! En effet, ceux que vous voyez faire pénitence ont commis des crimes – adultères ou autres actes monstrueux. C'est pour cela qu'ils font pénitence. Car si leurs péchés n'avaient été que légers, la prière quotidienne aurait suffi à les effacer. Les péchés sont pardonnés de trois manières. Ainsi, les péchés sont pardonnés de trois manières dans l'Église : par le baptême, par la prière, et par l'humilité plus profonde de la pénitence. Cependant, Dieu ne pardonne les péchés qu'aux baptisés. Même les premiers péchés qu'il pardonne, il ne les pardonne qu'à ceux qui sont baptisés. Quand ? Au moment où ils sont baptisés. Et les péchés qu'il pardonne ensuite à ceux qui prient ou font pénitence, c'est bien à des baptisés qu'il les pardonne. Car comment ceux qui ne sont pas encore nés pourraient-ils dire : « Notre Père » ? Tant qu'ils sont catéchumènes, tous leurs péchés pèsent encore sur eux. S'il en est ainsi pour les catéchumènes, à plus forte raison pour les païens, et plus encore pour les hérétiques ! Pourtant, pour les hérétiques, nous ne recommençons pas le baptême. Pourquoi ? Parce qu'ils possèdent le baptême comme un déserteur possède la marque de son enrôlement. Eux aussi possèdent le baptême ; ils le possèdent, mais pour leur condamnation, non pour leur couronne. Et pourtant, si ce déserteur, une fois rentré dans le droit chemin, se remet à servir dans l'armée, est-ce que quelqu'un oserait changer sa marque ?

Sermon aux catéchumènes sur le Credo, 7:15-8:16

7. Celui qui vient du Ciel est au-dessus de tous ; ce qu’il a vu et entendu, il en témoigne, et son témoignage, personne ne le reçoit. Il vient du Ciel, il est au-dessus de tous, notre Seigneur Jésus-Christ. C’est de lui qu’il a été dit plus haut : Nul n’est monté au Ciel, sinon celui qui est descendu du Ciel, le Fils de l’homme qui est dans le Ciel. Il est donc au-dessus de tous, et ce qu’il a vu et entendu, c’est cela qu’il dit. Car le Fils de Dieu, lui aussi, a un Père ; il a un Père et il entend de son Père. Et ce qu’il entend de son Père, qu’est-ce que c’est ? Qui peut l’expliquer ? Quand ma langue, quand mon cœur, pourraient-ils suffire – le cœur pour comprendre, la langue pour exprimer – ce que le Fils a entendu du Père ? Peut-être le Fils a-t-il entendu le Verbe du Père ? Bien au contraire : le Fils est le Verbe du Père. Vous voyez comment ici tout effort humain s’épuise ; vous voyez comment échoue ici toute conjecture de notre cœur, toute visée de notre esprit enténébré. J’entends l’Écriture dire que le Fils annonce ce qu’il entend du Père ; et j’entends l’Écriture dire aussi que le Fils lui-même est le Verbe du Père : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Nous, nous prononçons des paroles qui s’envolent et qui passent : dès que ta parole a résonné dans ta bouche, elle passe ; elle produit son bruit et s’évanouit dans le silence. Peux-tu poursuivre ton propre son et le retenir pour qu’il demeure ? Pourtant, ta pensée demeure, et c’est à partir de cette pensée qui demeure que tu prononces de nombreuses paroles éphémères. Que dire, mes frères ? Quand Dieu a parlé, a-t-il employé une voix, des sons, des syllabes ? S’il a fait cela, en quelle langue a-t-il parlé ? En hébreu, en grec ou en latin ? Les langues sont nécessaires là où il y a une distinction entre les peuples. Mais dans ce cas-là, personne ne peut dire que Dieu a parlé telle ou telle langue. Sois attentif à ton propre cœur. Quand tu conçois une parole que tu vas prononcer – car je vais tenter d’expliquer ce que nous pouvons observer en nous, non pas pour saisir pleinement le mystère –, tu veux exprimer une réalité, et la conception même de cette réalité dans ton cœur est déjà une parole. Elle n’est pas encore sortie, mais elle est déjà née dans le cœur, et elle attend de sortir. Tu considères alors à qui elle est destinée, avec qui tu parles : si c’est un Romain, tu cherches des mots latins ; si c’est un Grec, tu penses à des mots grecs ; si c’est un Carthaginois, tu vérifies si tu connais la langue punique. Selon la diversité de tes auditeurs, tu utilises diverses langues pour prononcer la parole conçue ; mais celle que tu avais conçue dans ton cœur n’était liée à aucune langue. Ainsi donc, lorsque Dieu a parlé, sans chercher de langue et sans adopter un mode d’expression, comment a-t-il été entendu par le Fils, alors que Dieu a prononcé le Fils lui-même ? De même que toi, la parole que tu dis, tu l’as dans ton cœur, elle est auprès de toi, et cette conception elle-même est spirituelle (car de même que ton âme est esprit, de même la parole que tu as conçue est esprit ; en effet, elle n’a pas encore reçu de son pour être divisée en syllabes, mais elle demeure dans la conception du cœur et dans le miroir de l’intelligence) ; de même Dieu a produit le Verbe, c’est-à-dire qu’il a engendré le Fils. Toi, tu engendres ta parole dans le temps, y compris dans ton cœur ; mais Dieu a engendré hors du temps le Fils par qui il a créé tous les temps. Puisque le Fils est le Verbe de Dieu, et que le Fils nous a parlé – non sa propre parole, mais le Verbe du Père –, c’est lui-même qu’il a voulu nous dire, lui qui énonçait le Verbe du Père. Jean a donc dit cela comme il le fallait et comme il le devait ; nous, nous l’avons exposé comme nous l’avons pu. Celui dont le cœur n’est pas encore parvenu à une juste compréhension d’un si grand sujet, il sait vers qui se tourner, à quelle porte frapper, auprès de qui chercher, à qui demander et de qui recevoir.

Traités sur Jean

...et son Fils Jésus Christ, dont nous attestons qu'il a de toute éternité été avec le Père, engendré avant l'origine des siècles, spirituellement et de manière ineffable auprès du Père, avant tout commencement...

Confession de St. Patrick