“D’ailleurs, la volonté mauvaise, bien qu’elle ne soit pas conforme à la nature mais contre nature, puisqu’elle est un vice, appartient pourtant à la nature même dont elle est le vice, lequel ne peut exister que dans une nature : celle que le Créateur a tirée du néant, et non celle qu’il a engendrée de lui-même, comme il a engendré le Verbe par qui tout a été fait. En effet, même si Dieu a modelé l’homme de la poussière de la terre, cette terre elle-même et toute matière terrestre proviennent entièrement du néant ; et l’âme qu’il a donnée au corps lorsque l’homme fut créé provient, elle aussi, du néant.”
“Le monde a donc été créé avec le temps, et sa création même a donné naissance à un mouvement sujet au changement. C'est d'ailleurs ce que semble indiquer l'ordre des six ou sept premiers jours, au cours desquels sont mentionnés un matin et un soir, jusqu'à ce que toutes les œuvres accomplies par Dieu durant ces jours soient achevées le sixième, et que le septième soit consacré, dans un grand mystère, à son repos. Quant à savoir de quelle nature sont ces jours, il nous est extrêmement difficile, voire impossible, de le concevoir, et à plus forte raison de l'exprimer.”
“En effet, nous voyons que ces jours que nous connaissons n'ont de soir que par le coucher du soleil, ni de matin que par son lever ; or, les trois premiers de ces jours se sont déroulés sans soleil, lequel, nous est-il rapporté, fut créé le quatrième jour. Il est raconté qu’au commencement, la lumière fut créée par la parole de Dieu, qu'il sépara cette lumière des ténèbres, et qu'il appela la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ». Mais la nature de cette lumière, le mouvement alterné par lequel elle produisait un soir et un matin, tout cela échappe à nos sens et ne peut être saisi par notre intelligence dans sa réalité ; c'est pourtant ce qu'il faut croire sans aucune hésitation.”
“Ils sont également trompés par des écrits d'une fausseté absolue, qui prétendent retracer une chronologie de plusieurs milliers d'années, alors que, d'après les saintes Écritures, nous calculons qu'il ne s'est pas encore écoulé six mille ans depuis la création de l'homme.”
“En effet, tous ceux qui meurent pour avoir confessé le Christ, même sans avoir reçu le bain de la régénération, obtiennent par là une rémission de leurs péchés aussi efficace que s’ils étaient purifiés par la sainte source du baptême. Car celui qui a dit : « Si l’on ne naît d’eau et d’Esprit, on ne peut entrer dans le royaume des cieux », a fait une exception pour eux par cette autre parole, d’une portée non moins générale : « Quiconque m’aura confessé devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est aux cieux » ; et dans un autre passage : « Qui perdra son âme à cause de moi la trouvera. »”
“En effet, tous ceux qui meurent pour avoir confessé le Christ, même sans avoir reçu le bain de la régénération, obtiennent par là une rémission de leurs péchés aussi efficace que s’ils étaient purifiés par la sainte source du baptême. Car celui qui a dit : « Si l’on ne naît d’eau et d’Esprit, on ne peut entrer dans le royaume des cieux », a fait une exception pour eux par cette autre parole, d’une portée non moins générale : « Quiconque m’aura confessé devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est aux cieux » ; et dans un autre passage : « Qui perdra son âme à cause de moi la trouvera. »”
“En effet, dans un autre livre, appelé l'Ecclésiaste, là où il est dit : « Il n'y a de bon pour l'homme que ce qu'il mangera et boira », que pourrait-on entendre de plus crédible, sinon une allusion à la participation à cette table que le prêtre, lui-même Médiateur de la nouvelle Alliance, présente selon l'ordre de Melchisédech à partir de son corps et de son sang ? Ce sacrifice a en effet succédé à tous les sacrifices de l'ancienne Alliance, qui étaient immolés en préfiguration de la réalité à venir ; c'est pourquoi nous reconnaissons aussi, dans le psaume 39, cette parole prononcée prophétiquement par le même Médiateur : « Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m'as façonné un corps » ; car, à la place de tous ces sacrifices et de toutes ces offrandes, c'est son corps qui est offert et donné à ceux qui y participent.”
“En effet, les âmes des fidèles défunts ne sont pas séparées de l'Église, qui est, dès à présent, le royaume du Christ. Autrement, on ne ferait pas mémoire d'eux à l'autel de Dieu, lors de la communion au corps du Christ ; il ne servirait à rien de courir au baptême en cas de péril, de peur que cette vie ne s'achève sans lui ; ni de recourir à la réconciliation, si l'on se trouvait séparé de ce même corps par l'état de pénitence ou une conscience coupable.”
“Dans cette même ville de Carthage, Innocentia, une femme d'une très grande piété appartenant à l'une des premières familles de la cité, souffrait d'un cancer au sein, un mal que les médecins jugeaient incurable par quelque remède que ce soit. En pareil cas, l'usage est soit de procéder à l'ablation du membre où la maladie apparaît, soit de renoncer à tout traitement afin de prolonger un peu la vie du patient — la mort, bien que retardée, étant inévitable —, conformément, dit-on, à l'avis d'Hippocrate. C'est ce qu'un médecin expert, très proche de sa famille, lui avait appris ; elle s'était alors tournée, par la prière, vers Dieu seul. À l'approche de Pâques, elle reçut en songe cet avertissement : alors qu'elle se tiendrait dans la partie du baptistère réservée aux femmes, la première nouvelle baptisée qui se présenterait à elle devrait lui tracer le signe du Christ sur l'endroit atteint. Elle s'exécuta, et la guérison fut immédiate.”
“Car aujourd'hui encore, des miracles se produisent en son nom, que ce soit par ses sacrements, par les prières ou auprès des sanctuaires de ses saints. Cependant, ils ne sont pas mis en lumière avec le même éclat, de sorte qu'ils ne sont pas diffusés avec une gloire comparable à celle des premiers. En effet, le canon des Saintes Écritures, qu'il fallait clore, fait que les miracles d'autrefois sont lus partout et restent gravés dans la mémoire de tous les peuples. Ceux d'aujourd'hui, en revanche, où qu'ils se produisent, sont à peine connus de la ville entière ou de la localité où ils ont lieu. Car le plus souvent, même là, seul un très petit nombre de gens est au courant, le reste de la population l'ignorant, surtout si la ville est grande. Et lorsqu'on les raconte ailleurs, à d'autres personnes, l'autorité qui les garantit n'est pas assez grande pour qu'on les croie sans difficulté ni doute, même s'ils sont rapportés par des fidèles à d'autres fidèles. *Un aveugle guéri à Milan.* Le miracle qui s'est produit à Milan, alors que nous y étions, quand un aveugle a recouvré la vue, a pu parvenir à la connaissance d'un grand nombre de gens, parce que la ville est grande, que l'Empereur s'y trouvait alors, et que l'événement s'est déroulé devant une foule immense qui se pressait auprès des corps des martyrs Gervais et Protais. Ceux-ci, qui étaient cachés et totalement inconnus, furent retrouvés après avoir été révélés en songe à l'évêque Ambroise ; et c'est là que cet aveugle, ses vieilles ténèbres ayant été chassées, a vu la lumière du jour. *À Carthage, Innocentius est guéri de fistules...* À Carthage, en revanche, qui connaît, à part un très petit nombre de personnes, la guérison accordée à Innocentius, ancien avocat de la préfecture du vicaire, guérison à laquelle nous avons assisté et que nous avons vue de nos propres yeux ? En effet, alors que mon frère Alypius et moi arrivions d'outre-mer – nous n'étions pas encore clercs, mais déjà au service de Dieu –, c'est lui qui nous avait accueillis, car il était, avec toute sa maison, d'une très grande piété, et nous habitions alors chez lui. Il était soigné par des médecins pour des fistules, nombreuses et complexes, qu'il avait dans la partie postérieure et basse du corps. Ils l'avaient déjà opéré et complétaient le traitement avec des médicaments. Or, il avait enduré lors de cette opération des douleurs longues et aiguës. Mais l'une des nombreuses cavités avait échappé aux médecins et était restée si bien cachée qu'ils n'y avaient pas touché, alors qu'ils auraient dû l'ouvrir au scalpel. Finalement, toutes les plaies qu'ils avaient ouvertes et soignées étant guéries, seule celle-ci subsistait, sur laquelle leurs efforts se dépensaient en vain. Trouvant ces délais suspects et redoutant fort d'être opéré une seconde fois (ce que lui avait prédit un autre médecin, attaché à sa maison, que les chirurgiens n'avaient pas autorisé à assister, ne serait-ce que pour voir comment ils procédaient lors de la première opération, ce qui avait mis le maître en colère au point de le chasser de chez lui, avant de le réintégrer à grand-peine), il éclata et dit : « Allez-vous encore m'opérer ? Vais-je en arriver à ce qu'a dit celui que vous n'avez pas voulu avoir comme témoin ? » Ils se moquaient de ce médecin incompétent et tentaient d'apaiser la peur de leur patient par de bonnes paroles et des promesses. Plusieurs jours passèrent encore, et rien de ce qu'on faisait ne progressait. Les médecins persistaient pourtant dans leurs assurances, affirmant qu'ils refermeraient cette cavité non par le fer, mais par des médicaments. Ils firent appel à un autre médecin, déjà très âgé et fort réputé dans son art (il vivait encore), Ammonius, qui, après avoir inspecté la zone, promit la même chose qu'eux, fort de leur zèle et de leur compétence. Rassuré par son autorité, Innocentius se moqua de son médecin personnel, qui avait prédit une autre opération, avec une joyeuse ironie, comme s'il était déjà guéri. Que dire de plus ? Tant de jours s'écoulèrent ensuite en pure perte que, épuisés et désemparés, ils durent avouer qu'il ne pourrait en aucun cas être guéri sans une intervention chirurgicale. Il fut saisi de terreur, pâlit, bouleversé par une peur immense. Dès qu'il se reprit et put parler, il leur ordonna de partir et de ne plus s'approcher de lui. Épuisé par les larmes et contraint par la situation, il ne lui vint à l'esprit rien d'autre que de faire appel à un certain Alexandrin, considéré alors comme un chirurgien remarquable, pour qu'il fasse lui-même ce qu'il refusait, dans sa colère, de leur laisser faire. Mais quand celui-ci arriva et vit, en expert, le travail accompli sur les cicatrices, il agit en homme de bien et persuada le patient de laisser ceux qui avaient tant travaillé sur lui – au point que lui-même, en inspectant, s'en étonnait – jouir du fruit de leur guérison. Il ajouta qu'en vérité, il ne pourrait être sauvé sans être opéré ; mais qu'il était tout à fait contraire à ses principes de ravir, pour le peu qui restait à faire, la palme d'un si grand labeur à des hommes dont il admirait, en voyant ses cicatrices, le travail si savant, le soin et le zèle. Innocentius se laissa convaincre, et il fut convenu que ce seraient eux qui, en présence de l'Alexandrin, ouvriraient au scalpel cette cavité qui, de l'avis de tous désormais, ne pouvait guérir autrement. L'affaire fut reportée au lendemain. Mais après leur départ, la profonde tristesse du maître de maison provoqua dans la demeure une telle douleur que nous eûmes à peine la force de retenir des lamentations funèbres. Des hommes saints lui rendaient visite chaque jour : Saturninus, évêque d'Uzalis de bienheureuse mémoire, le prêtre Gulosus, ainsi que des diacres de l'église de Carthage. Parmi eux se trouvait Aurélius, dont seul il est encore de ce monde, aujourd'hui évêque, que nous devons nommer avec le respect qui lui est dû. En nous remémorant les merveilles de l'œuvre de Dieu, nous avons souvent parlé de cette affaire avec lui, et nous avons constaté qu'il se souvenait parfaitement de ce que nous rapportons. Alors qu'ils lui rendaient visite le soir, comme à leur habitude, il les supplia, avec des larmes déchirantes, de daigner être présents le lendemain matin à ses funérailles plutôt qu'à sa souffrance. Telle était la peur que lui avaient inspirée ses précédentes souffrances qu'il ne doutait pas de mourir entre les mains des médecins. Ils le réconfortèrent et l'exhortèrent à placer sa confiance en Dieu et à supporter sa volonté avec courage. Nous nous mîmes alors en prière. Tandis que nous nous agenouillions et nous prosternions à terre, selon la coutume, lui se jeta au sol comme s'il avait été renversé par une force violente, et il se mit à prier. Mais comment décrire par des mots sa manière de prier, sa ferveur, l'émotion de son âme, le torrent de larmes, les gémissements et les sanglots qui secouaient tout son corps et lui coupaient presque le souffle ? Je ne savais pas si les autres priaient ou si leur attention n'était pas détournée vers lui. Pour ma part, j'étais absolument incapable de prier. Je dis seulement, brièvement, dans mon cœur : « Seigneur, quelles prières de tes fidèles exauces-tu, si tu n'exauces pas celles-ci ? » Car il me semblait qu'on ne pouvait rien y ajouter, sinon qu'il expire en priant. Nous nous relevâmes et, après avoir reçu la bénédiction de l'évêque, nous partîmes. Il les pria d'être présents le matin ; ils l'exhortèrent à garder son calme. Le jour redouté se leva. Les serviteurs de Dieu étaient là, comme ils l'avaient promis. Les médecins entrèrent, on prépara tout ce que l'heure exigeait, les redoutables instruments chirurgicaux furent sortis, devant l'assemblée stupéfaite et suspendue. Tandis que les plus influents réconfortaient le patient dont le courage défaillait, on l'installa sur le lit pour l'opération, on dénoua les bandages, la zone fut mise à nu. Le médecin examina et, instrument en main et le regard fixé, il chercha la cavité à inciser. Il scruta avec ses yeux, palpa avec ses doigts, il explora de toutes les manières : il trouva une cicatrice parfaitement solide. Quant à la joie, la louange et l'action de grâce au Dieu miséricordieux et tout-puissant qui jaillit alors de toutes les bouches, dans des larmes de bonheur, il ne m'appartient pas de la confier à mes mots ; qu'on se la représente plutôt qu'on ne la décrive.”
“Qui connaît l’histoire de ce médecin de la même ville, atteint de la goutte ? S’étant inscrit pour le baptême, il s’était vu interdire en songe, la veille du jour où il devait être baptisé, par des enfants noirs aux cheveux crépus — des démons, comprit-il — de recevoir le sacrement cette année-là. Refusant de leur obéir, alors même qu’ils lui piétinaient les pieds jusqu’à lui infliger une douleur plus aiguë qu’il n’en avait jamais connue, il passa outre et, triomphant d’eux, ne différa pas de recevoir le bain de la régénération, comme il en avait fait le vœu. Au moment même du baptême, il fut délivré non seulement de la douleur qui le torturait plus violemment que d’habitude, mais aussi de la goutte elle-même ; et par la suite, durant la longue vie qu’il vécut, il ne souffrit plus jamais des pieds. Nous, pourtant, nous le savons, ainsi que les très rares frères à qui ce fait a pu être rapporté.”
“Que faire ? L’engagement de mener cet ouvrage à son terme me presse, et je ne peux donc pas rapporter ici tout ce que je sais. Et sans aucun doute, la plupart des nôtres, en lisant ces lignes, regretteront que j’aie omis tant de faits qu’ils connaissent assurément tout comme moi. Je leur demande dès maintenant de me pardonner et de considérer quelle tâche considérable serait d’accomplir ce que les exigences de mon entreprise m’obligent à ne pas faire ici. En effet, si je voulais seulement décrire les miracles de guérison, pour ne rien dire des autres, qui se sont produits par l’intercession de ce martyr, le très glorieux Étienne, dans la colonie de Calame et dans la nôtre, il faudrait écrire de très nombreux livres ; et même ainsi, on ne pourrait pas tous les rassembler, mais seulement ceux pour lesquels des rapports ont été remis afin d’être lus publiquement. C’est en effet la pratique que nous avons voulu instaurer, en voyant que des signes de la puissance divine, semblables à ceux des temps anciens, se produisaient fréquemment aussi à notre époque, et qu’ils ne devaient pas sombrer dans l’oubli général. Or, il n’y a pas encore deux ans que ce sanctuaire a été établi à Hippone, et bien que de nombreux rapports sur les miracles accomplis n’aient pas été remis – ce dont nous sommes absolument certains –, ceux qui l’ont été atteignaient déjà le nombre de près de soixante-dix au moment où j’écrivais ces lignes. À Calame, en revanche, où le sanctuaire a été établi plus tôt et où les rapports sont remis plus fréquemment, leur nombre est incomparablement plus élevé. À Uzalis également, colonie voisine d’Utique, nous avons eu connaissance de nombreux miracles éclatants accomplis par le même martyr. Son sanctuaire y a été fondé par l’évêque Évodius, bien avant le nôtre. Mais l’usage d’y remettre des rapports n’existe pas, ou plutôt n’existait pas, car il se pourrait qu’il ait maintenant commencé. En effet, lors d’une visite récente, nous avons exhorté Pétronille, une femme de très haute distinction qui y fut miraculeusement guérie d’une maladie grave et prolongée contre laquelle tous les secours des médecins avaient échoué, à remettre un rapport pour qu’il soit lu publiquement, ce qu’elle fit très volontiers, avec l’accord de l’évêque local. Dans ce rapport, elle a aussi mentionné un fait que je ne peux passer sous silence, bien que je sois pressé de poursuivre les sujets urgents de cet ouvrage. Elle a raconté qu’un Juif l’avait persuadée d’insérer une bague dans une ceinture de crin, qu’elle porterait à même la peau, sous tous ses vêtements ; cette bague contenait sous sa gemme une pierre trouvée dans le rein d’un bœuf. Ceinte de ce prétendu remède, elle se rendait au sanctuaire du saint martyr. Mais partie de Carthage, alors qu’elle s’était arrêtée sur ses terres, près du fleuve Bagrada, au moment de se lever pour poursuivre sa route, elle vit la bague gisant à ses pieds. Étonnée, elle examina la ceinture de crin à laquelle la bague avait été attachée. L’ayant trouvée toujours solidement nouée comme elle l’était, avec ses nœuds très serrés, elle supposa que la bague s’était brisée et en avait sauté. Mais comme la bague elle-même fut retrouvée parfaitement intacte, elle considéra avoir reçu par ce grand miracle une sorte de gage de sa guérison future. Et, défaisant ce lien, elle le jeta dans le fleuve avec la bague. Que ceux-là n’y croient pas, qui ne croient pas non plus que le Seigneur Jésus est né sans altérer la virginité de sa mère, et qu’il est entré auprès de ses disciples alors que les portes étaient closes ; mais qu’ils fassent au moins enquête sur ce fait, et s’ils le trouvent vrai, qu’ils croient alors au reste. C’est une femme de très haute distinction, de noble naissance, noblement mariée ; elle habite Carthage. Une ville si grande et une personne si connue ne permettent pas à l’affaire de rester cachée à qui veut s’informer. Le martyr lui-même, par l’intercession duquel elle a été guérie, a cru, lui, au fils d’une vierge qui l’est demeurée ; il a cru en celui qui est entré auprès des disciples alors que les portes étaient closes ; enfin – et c’est la raison pour laquelle nous disons tout cela –, il a cru en celui qui est monté au ciel avec la chair dans laquelle il était ressuscité. Et c’est pourquoi de si grandes choses s’accomplissent par son intermédiaire : parce que pour cette foi, il a donné sa vie. De nombreux miracles s’accomplissent donc aujourd’hui encore, par l’action du même Dieu qui a accompli ceux que nous lisons dans l’Écriture ; il agit par qui il veut et comme il veut. Mais les miracles actuels n’atteignent pas la même notoriété et ne sont pas, par des lectures répétées, comme martelés dans la mémoire pour qu’ils ne s’en effacent plus. Car même là où l’on a pris soin – comme cela commence à se faire chez nous – de lire publiquement les rapports de ceux qui ont obtenu une grâce, ceux qui sont présents n’entendent cela qu’une seule fois, et beaucoup sont absents ; de sorte que même ceux qui étaient là ne retiennent plus ce qu’ils ont entendu après quelques jours, et l’on trouve à peine, parmi eux, quelqu’un pour rapporter ce qu’il a entendu à une personne qu’il sait avoir été absente.”
“Le miracle qui s'est produit à Milan, alors que nous y étions, lorsqu'un aveugle recouvra la vue, a pu parvenir à la connaissance d'un grand nombre de gens. La ville est en effet grande, l'Empereur s'y trouvait à ce moment-là, et l'événement se déroula en présence d'une foule immense qui se pressait vers les corps des martyrs Protais et Gervais. Ces derniers, qui étaient demeurés cachés et totalement inconnus, furent découverts après avoir été révélés en songe à l'évêque Ambroise ; c'est là que cet aveugle, une fois ses anciennes ténèbres dissipées, vit le jour.”
“Cependant, certains subissent des peines temporelles uniquement dans cette vie, d'autres après la mort, d'autres encore à la fois dans cette vie et après ; mais c'est toujours avant ce jugement si sévère et définitif. Or, tous ceux qui endurent des peines temporelles après la mort n'encourent pas pour autant les peines éternelles, celles qui surviendront après ce jugement. En effet, comme nous l'avons déjà dit plus haut, pour certains, ce qui n'est pas remis dans ce monde l'est dans le siècle à venir, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas punis du supplice éternel du monde futur.”
“Gardons-nous bien de penser que la toute-puissance du Créateur ne puisse, pour ressusciter les corps et leur rendre la vie, rassembler tout ce que les bêtes sauvages ou le feu ont consumé, tout ce qui s’est désagrégé en poussière ou en cendre, s’est dissous en liquide ou évaporé dans les airs.”
“Daniel prophétise sur ce jugement dernier de telle manière qu'il annonce d'abord la venue de l'Antichrist et qu'il mène son récit jusqu'au règne éternel des saints. En effet, après avoir vu en vision prophétique quatre bêtes symbolisant quatre royaumes, puis la quatrième vaincue par un certain roi – en qui l'on reconnaît l'Antichrist –, et après cela le règne éternel du fils de l'homme – qu'il faut comprendre comme le Christ –, il dit : « Moi, Daniel, mon esprit frémit au-dedans de moi, et les visions de mon esprit me troublaient. »”