La création dans la Genèse
21 citations
La création dans la Genèse est décrite dès le premier chapitre du livre comme un déploiement de l’œuvre divine sur six jours, chacun composé d’un soir puis d’un matin, conformément au mode de calcul hébraïque qui fait commencer le jour au coucher du soleil. Pris littéralement,…
“Car, comme il a été dit à Adam que le jour où il mangerait de l’arbre, ce jour-là il mourrait, nous avons reconnu qu’il n’a pas accompli mille ans. Nous avons aussi compris que la parole : « Un jour du Seigneur est comme mille ans », se rapporte à ce fait.”
“Au total, depuis la création du monde, l'ensemble des années s'élève à 5698, sans compter les mois et les jours supplémentaires. Même si une certaine durée nous avait échappé — mettons 50, 100 ou même 200 ans —, il ne s'agirait pas pour autant de milliers ou de myriades d'années, comme l'ont prétendu Platon, Apollonius et les autres dans leurs écrits mensongers. Et de fait, il est possible que nous ne connaissions pas avec exactitude le nombre total des années, car les mois et les jours excédentaires n'ont pas été rapportés dans les livres sacrés.”
— À Autolycus, 03:28-29
“C'est donc le jour même où ils ont mangé qu'ils sont morts et sont devenus débiteurs de la mort, car le jour de la création est un. Il est en effet écrit : « Il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour. » Or, c'est bien en ce jour qu'ils ont mangé ; et c'est bien en ce jour qu'ils sont morts. Mais si l’on veut chercher avec soin quel jour de la semaine Adam est mort, en suivant le cycle et la succession des jours que l’on nomme premier, deuxième, troisième, etc., on le découvrira grâce à la disposition du Seigneur. Car, en récapitulant en lui-même l'homme tout entier, depuis le commencement jusqu'à la fin, il a aussi récapitulé sa mort. Il est donc évident que le Seigneur a subi la mort, en obéissant au Père, le jour même où Adam est mort, en désobéissant à Dieu. Or, le jour où Adam est mort est aussi celui où il a mangé. Car Dieu a dit : « Le jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort. » C'est donc ce jour que le Seigneur a récapitulé en lui-même en venant à sa passion la veille du sabbat, qui est le sixième jour de la création, celui où l'homme fut façonné ; par sa passion, il lui a ainsi accordé un second façonnement, celui qui le délivre de la mort. D'autres, en revanche, rapportent la mort d'Adam au millénaire, car « un jour du Seigneur est comme mille ans » ; or, Adam n’a pas dépassé les mille ans, mais il est mort avant leur terme, accomplissant ainsi la sentence portée contre sa transgression. Que ce soit donc en raison de la désobéissance, qui est la mort ; ou parce qu'à partir de ce moment ils furent livrés à la mort et en devinrent débiteurs ; ou selon le jour unique et identique où ils ont mangé et sont morts, puisqu'il n'y a qu'un seul jour de la création ; ou selon le cycle hebdomadaire, puisqu'ils sont morts le même jour où ils ont mangé, à savoir la Parascève, que l'on nomme la Cène pure, c'est-à-dire le sixième jour, jour que le Seigneur a mis en lumière en y souffrant sa passion ; ou enfin parce qu'Adam n'a pas dépassé les mille ans mais est mort au cours de ceux-ci : selon toutes ces significations, Dieu est bien véridique. En effet, ceux qui ont goûté de l'arbre sont bien morts. Le serpent, en revanche, s'est révélé menteur et homicide, comme le Seigneur l'a dit à son sujet : « Il est homicide depuis le commencement et ne s'est pas tenu dans la vérité. »”
“Ainsi, pour nous enseigner que le monde a été créé, mais pour que nous ne supposions pas que Dieu crée dans le temps, la prophétie a ajouté : « Voici le livre de la genèse et de ce qui s'y trouve, au moment où cela advint, le jour où Dieu fit le ciel et la terre. » En effet, l’expression « au moment où cela advint » signifie une énonciation indéfinie et hors du temps. Quant à l’expression « le jour où Dieu fit » — c’est-à-dire le jour en lequel et par lequel il a tout fait, et « sans qui rien n’a été fait » —, elle désigne l’action opérée par le Fils.”
“Puisqu'il critique le récit des jours, comme s'il l'avait compris de manière claire et dans son sens véritable – des jours dont les uns précèdent la création de la lumière, du ciel, du soleil, de la lune et des étoiles, et les autres la suivent –, nous nous contenterons de dire ceci : peut-être Moïse, oubliant qu'il venait d'affirmer que « la création du monde fut achevée en six jours », ajoute-t-il ensuite ces paroles : « Voici le livre de la création des hommes, le jour où Dieu fit le ciel et la terre. »”
“Quant au fait que la lumière a été créée le premier jour, le firmament le deuxième..., et les grands luminaires ainsi que les étoiles le quatrième..., nous avons expliqué tout cela, dans la mesure de nos moyens, dans nos Commentaires sur la Genèse. D’ailleurs, dans les passages précédents, nous nous sommes déjà élevés contre ceux qui, s’en tenant à l’interprétation la plus immédiate, affirment qu’une période de six jours a été employée pour la création du monde...”
“Car il ignore ce qu'est le jour du Sabbat et du repos de Dieu, qui succède à l'œuvre de création active sur toute la durée du monde ; un jour où célébreront une fête avec Dieu tous ceux qui, en six jours, auront accompli l'ensemble de leurs propres œuvres...”
“Qui donc, je vous le demande, doté d'un peu de raison, pourra admettre comme une chose cohérente que les premier, deuxième et troisième jours, où l'on parle pourtant d'un soir et d'un matin, se soient déroulés sans soleil, sans lune et sans étoiles, et le premier jour, même sans ciel ? Et qui serait assez simple d'esprit pour penser que Dieu, à la manière d'un agriculteur, a planté des arbres dans le paradis, en Éden, en orient, et qu'il y a planté l'arbre de vie – un arbre visible et tangible – de sorte qu'en en mangeant avec des dents bien matérielles, on puisse recevoir la vie ? Et que de même, en mangeant d'un autre arbre, on acquière la connaissance du bien et du mal ? De même, quand on lit que Dieu se promène dans le paradis au déclin du jour et qu'Adam se cache sous l'arbre, je ne pense pas que quiconque puisse douter que ces récits, sous l'apparence d'une histoire qui ne s'est pas déroulée matériellement, révèlent de manière figurée certains mystères.”
“...et après avoir dit qu’il y eut un soir et qu’il y eut un matin, il n’a pas dit : « le premier jour », mais : « un seul jour ». Car le temps n’existait pas encore avant la création du monde. Le temps, en revanche, a commencé à exister à partir des jours suivants. En effet, le deuxième jour, le troisième, le quatrième et tous les autres commencent à désigner le temps.”
“Toute cette masse, Dieu l'a façonnée en six jours pour l'ornement de sa majesté ; quant au septième jour, c'est par une bénédiction qu'il l'a . . . consacré.”
“Que les philosophes sachent donc, eux qui dénombrent des milliers de siècles depuis l'origine du monde, que la sixième millième année n'est pas encore achevée... Ainsi donc, puisque toutes les œuvres de Dieu ont été achevées en six jours, il est nécessaire que le monde demeure dans cet état pendant six siècles, c'est-à-dire six mille ans. Car le grand jour de Dieu a pour terme un cycle de mille ans, ainsi que l'indique le prophète qui dit : « Devant tes yeux, Seigneur, mille ans sont comme un seul jour. »”
“Il y eut un soir, et il y eut un matin : un jour. Pour quelle raison n’a-t-il pas dit « premier », mais « un » ? Pourtant, pour celui qui s’apprêtait à ajouter un deuxième, un troisième et un quatrième jour, il aurait été plus logique de nommer « premier » celui qui inaugurait la série des jours suivants. Mais il a dit « un », soit pour définir la mesure du jour et de la nuit et pour joindre en une seule durée le temps du jour et de la nuit, puisque les vingt-quatre heures remplissent l’intervalle d’un seul jour...”
“Fort judicieusement, il est dit « un jour » et non « le premier jour ». En effet, puisqu’un deuxième, un troisième, puis les autres jours allaient suivre, on aurait pu dire « premier jour », ce qui aurait semblé logique. Mais il a été posé comme règle que les vingt-quatre heures du jour et de la nuit soient définies par le seul nom de « jour », comme pour dire : « La durée d'un jour est la mesure de vingt-quatre heures. » Car de même que l'on compte la descendance des hommes et que l'on comprend par là même celle des femmes – l'élément secondaire étant rattaché au principal –, de même les jours sont-ils comptés, et les nuits considérées comme leur étant jointes. Ainsi, à un seul cycle correspond un seul jour. D'ailleurs, nombreux sont ceux qui appellent la semaine entière « un seul jour », parce qu'elle revient en quelque sorte sur elle-même pour n'en former qu'un, se répétant pour ainsi dire sept fois. Or, la nature d'un cycle est de commencer à partir de soi-même et de revenir à soi-même. C'est pourquoi l'Écriture parle aussi parfois d'un « seul siècle ». En effet, même si en d'autres passages elle emploie le mot « siècles » au pluriel, elle semble davantage signifier par là la diversité des situations politiques ou des événements, plutôt que de définir de véritables successions de siècles. On lit en effet : « Le jour du Seigneur, grand et éclatant. » Et ailleurs : « Pourquoi donc désirez-vous le jour du Seigneur ? » Ce jour-là sera ténèbres et non lumière. Il est clair en effet que ce jour est ténébreux pour ceux qui ont mauvaise conscience et pour les indignes, ce jour où brillera l'innocence et où la conscience coupable sera tourmentée. Par ailleurs, l'Écriture nous enseigne que ce jour perpétuel de la récompense éternelle existera sans l'alternance des nuits ni la succession des ténèbres.”
“Chapitre XIX. — Dans les passages obscurs de l’Écriture, ne rien affirmer à la légère. 38. Supposons en effet que, dans le passage « Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut », l’un ait compris qu’une lumière corporelle a été créée, et l’autre une lumière spirituelle. Que la lumière spirituelle existe dans la créature spirituelle, notre foi n’en doute pas. Quant à l’existence d’une lumière corporelle, qu’elle soit céleste, ou même au-dessus du ciel, ou encore avant le ciel, et qu’une nuit ait pu lui succéder, cela n’est pas contraire à la foi tant que l’opinion n’est pas réfutée par une vérité absolument certaine. Si cela venait à se produire, ce n’est pas l’Écriture divine qui contenait cette erreur, mais c’est l’ignorance humaine qui l’avait imaginée. Si, en revanche, un raisonnement certain démontrait la vérité de cette opinion, il resterait encore à savoir si c’est bien ce que l’auteur des Livres saints a voulu faire comprendre par ces mots, ou s’il a voulu dire autre chose de non moins vrai. Si le reste du contexte prouve qu’il n’a pas voulu dire cela, l’autre sens qu’il a voulu faire entendre n’en sera pas faux pour autant ; au contraire, il sera vrai et plus profitable à connaître. Si en revanche le contexte de l’Écriture ne s’oppose pas à ce que l’auteur ait voulu dire cela, il faudra encore se demander s’il n’a pas pu vouloir dire aussi autre chose. Et si nous découvrons qu’il a pu vouloir dire autre chose, il sera incertain de savoir lequel des deux sens il a visé. On peut alors croire, sans que ce soit déplacé, qu’il a voulu que les deux soient compris, si des arguments solides plaident pour chaque interprétation. 39. Car il arrive très souvent que, sur la terre, le ciel, les autres éléments de ce monde, sur le mouvement et la révolution des astres, ou encore sur leur taille et leurs distances, sur les éclipses de soleil et de lune, sur les cycles des années et des saisons, sur la nature des animaux, des plantes, des pierres, et sur toutes sortes d’autres sujets semblables, même un non-chrétien possède un savoir tel qu’il le tient pour une certitude fondée sur la raison ou l’expérience. Il est donc tout à fait honteux et dangereux, et c’est une chose à éviter par-dessus tout, qu’un incroyant entende un chrétien délirer sur ces sujets en prétendant parler selon les Écritures chrétiennes, au point qu’en le voyant se tromper, comme on dit, de tout le ciel, il puisse à peine retenir son rire. Et le plus pénible n’est pas qu’un homme qui se trompe soit tourné en ridicule, mais c’est que les auteurs de nos Livres saints soient crus, par ceux du dehors, avoir pensé de telles choses, et qu’ils soient, au grand péril du salut de ceux dont nous nous préoccupons, critiqués et rejetés comme des ignorants. En effet, lorsqu’ils surprennent un chrétien en erreur sur un sujet qu’eux-mêmes connaissent parfaitement, et qu’ils le voient défendre son opinion absurde en s’appuyant sur nos Livres, comment pourraient-ils croire ces mêmes Livres au sujet de la résurrection des morts, de l’espérance de la vie éternelle et du royaume des cieux, alors qu’ils les jugeront remplis d’erreurs sur des sujets qu’ils ont pu eux-mêmes expérimenter ou vérifier par des calculs indubitables ? On ne saurait dire assez quelle peine et quelle tristesse ces présomptueux arrogants causent aux frères prudents lorsque, se voyant critiqués et convaincus d’erreur au sujet de leur opinion fausse et perverse par des gens qui ne sont pas tenus par l’autorité de nos Livres, ils tentent, pour défendre ce qu’ils ont dit avec la plus grande légèreté et la plus évidente fausseté, de produire ces mêmes Livres saints pour en tirer une preuve, ou même récitent de mémoire de nombreux passages qu’ils estiment servir de témoignage, « ne comprenant ni ce qu’ils disent, ni ce sur quoi ils portent leurs affirmations » (1 Tm 1, 7). Chapitre XX. — Pourquoi l’auteur interprète la Genèse en proposant diverses opinions plutôt qu’en en affirmant une seule. 40. C’est en tenant compte de cela et pour y veiller que j’ai, autant que j’ai pu, élucidé le livre de la Genèse de multiples manières, et que j’ai proposé différentes interprétations pour des paroles formulées de manière obscure, afin de nous exercer ; je n’ai affirmé aucune opinion à la légère, au détriment d’une autre explication peut-être meilleure, pour que chacun choisisse, selon ses capacités, ce qu’il peut saisir. Et là où il ne peut comprendre, qu’il rende honneur à l’Écriture de Dieu, et qu’il garde pour lui la crainte. Mais puisque les paroles de l’Écriture que nous avons traitées peuvent s’expliquer de tant de manières, que ceux qui sont gonflés de savoir profane cessent enfin de critiquer ces textes — formulés pour nourrir tous les cœurs pieux — comme s’ils étaient maladroits et sans raffinement, eux qui rampent sur terre sans ailes et, avec un vol de grenouilles, se moquent des nids des oiseaux. Mais une erreur plus dangereuse est celle de certains frères fragiles qui, lorsqu’ils entendent ces impies disserter avec subtilité et abondance sur le nombre des corps célestes ou sur toute autre question relative aux éléments de ce monde, se découragent ; et, soupirant, ils les placent au-dessus d’eux-mêmes, les estiment grands, et retournent avec dégoût aux Livres de la très saine piété ; ces Livres, qu’ils devraient boire avec délices, ils les touchent à peine avec patience, répugnant à la rudesse de la moisson et aspirant aux fleurs des épines. Car ils n’ont pas le loisir de voir « combien le Seigneur est doux » (Ps 33, 9) et ils n’ont pas faim le jour du sabbat ; c’est pourquoi, paresseux, ils n’usent pas du pouvoir, reçu du Seigneur du sabbat, d’arracher des épis, de les rouler dans leurs mains et de les nettoyer jusqu’à en extraire la nourriture (Mt 12, 1).”
— Interprétation littérale de la Genèse, 1:19-20
“Chapitre IX – De la figure du ciel 20. On a aussi l'habitude de se demander quelle forme et quelle figure il faut attribuer au ciel, d'après nos Écritures. En effet, beaucoup débattent longuement de ces questions que nos auteurs, avec une plus grande sagesse, ont laissées de côté, car elles sont sans profit pour la vie bienheureuse de ceux qui les étudient ; et, ce qui est pire, elles leur font perdre un temps précieux qui devrait être consacré à des sujets salutaires. En effet, que m’importe de savoir si le ciel, telle une sphère, enveloppe de toutes parts la terre en équilibre au centre de l’univers, ou s’il la recouvre d’un seul côté, par le haut, à la manière d’un disque ? Mais comme il y va de la crédibilité des Écritures, et pour la raison que j’ai maintes fois rappelée — à savoir, éviter que quelqu’un, faute de comprendre les divines paroles, ne leur refuse toute créance lorsqu’elles enseignent, narrent ou prophétisent des choses si utiles, sous prétexte qu’il aurait trouvé dans nos Livres, ou entendu citer, une affirmation sur ces sujets qui lui semblerait contredire les raisonnements auxquels il est parvenu —, il faut dire brièvement que sur la figure du ciel, nos auteurs connaissaient la vérité, mais que l’Esprit de Dieu, qui parlait par leur bouche, n’a pas voulu enseigner aux hommes des choses sans aucune utilité pour leur salut. 21. Mais, dira quelqu’un, comment ce qui est écrit dans nos Lettres — « Il déploie le ciel comme une peau » — n’est-il pas contraire à l’opinion de ceux qui attribuent au ciel une figure sphérique ? Admettons que ce soit contraire, si ce qu’ils disent est faux. En effet, la vérité se trouve dans ce que dit l’autorité divine, plutôt que dans ce que conjecture la faiblesse humaine. Mais si d’aventure ils pouvaient prouver leur thèse par des arguments tels qu’on ne puisse en douter, il faudra alors démontrer que ce qui est dit chez nous de la « peau » n’est pas contraire à ces raisonnements avérés. Autrement, cette affirmation serait aussi en contradiction avec nos propres Écritures en un autre endroit, où il est dit que le ciel est suspendu « comme une voûte ». En effet, quoi de plus différent et de plus opposé que le déploiement à plat d’une peau et la courbure d’une voûte ? Or, s’il faut — et il le faut — comprendre ces deux images de manière à ce qu’elles s’accordent sans se contredire, alors il faut aussi que ni l’une ni l’autre ne s’oppose aux raisonnements qui enseignent que le ciel est partout convexe à la manière d’une sphère, si toutefois un raisonnement sûr venait à en prouver la vérité. 22. D’ailleurs, la comparaison avec la voûte que l’on trouve chez nous, même prise au sens littéral, ne constitue pas un obstacle pour ceux qui soutiennent la thèse de la sphère. En effet, on peut légitimement croire que l’Écriture a voulu parler de la figure du ciel en ne considérant que la partie qui se trouve au-dessus de nous. Par conséquent, si le ciel n’est pas une sphère, il est une voûte du seul côté où il recouvre la terre ; mais s’il est une sphère, il est une voûte de toutes parts. Mais l’image de la peau est plus problématique, car elle risque de s’opposer non pas à la théorie de la sphère — qui n’est peut-être qu’une invention humaine —, mais à notre propre image de la voûte. Quant au sens allégorique que j’ai pu en donner, on le trouve dans le treizième livre de mes Confessions. Ainsi, que l’on doive comprendre l’expression « le ciel déployé comme une peau » de la manière que j’ai exposée là-bas ou d’une toute autre façon, à l’intention des esprits pénibles et trop exigeants qui réclament une explication littérale, je dis ceci, qui me semble évident pour tous : les deux images, la peau comme la voûte, peuvent sans doute se comprendre au sens figuré ; mais il faut voir comment chacune peut aussi se comprendre au sens littéral. En effet, si le mot « voûte » peut désigner à bon droit non seulement une surface courbe mais aussi une surface plane, une peau, assurément, peut être tendue non seulement à plat, mais aussi en une poche arrondie. Car une outre, tout comme une vessie, est bien faite de peau.”
“Chapitre II. — Pourquoi la végétation des champs a été ajoutée. 4. Puisque par l'expression « le ciel et la terre », selon l'usage habituel des Écritures, l'auteur a voulu désigner la création tout entière, on peut se demander pourquoi il a ajouté : « et toute la végétation des champs ». Il me semble qu'il l'a fait afin d'indiquer plus clairement de quel jour il est question dans le passage : « le jour où il fut fait ». En effet, on aurait vite fait de penser qu'il s'agit de ce jour défini par la lumière matérielle, dont la révolution nous apporte l'alternance du temps diurne et nocturne. Mais lorsque nous nous remémorons l'ordre de la création et que nous constatons que toute la végétation des champs a été créée le troisième jour, avant que ne soit fait le soleil – lequel a été fait le quatrième jour et par la présence duquel s'accomplit ce jour quotidien et habituel qui est le nôtre –, alors, quand nous entendons : « Le jour où il fut fait, Dieu fit le ciel et la terre, et toute la végétation des champs », nous sommes invités à réfléchir à ce jour même, et à tenter de le sonder par l'intelligence : un jour qui, sans être tel que celui que nous connaissons, est soit corporel, fait d'une lumière qui nous est inconnue, soit spirituel, au sein de la société que forme l'unité angélique.”
“Chapitre XXVII. — Les jours habituels de la semaine sont très différents des sept jours de la Genèse. 44. C’est pourquoi, puisqu’il nous est impossible, dans notre condition de mortels sur cette terre, de faire l’expérience et d’avoir la perception de ce jour-là — ou de ces jours qui sont comptés par sa répétition —, et que même si nous pouvons tenter de les comprendre, nous ne devons pas pour autant nous précipiter sur un jugement téméraire, comme s’il n’était pas possible d’avoir sur ce sujet une opinion plus juste et plus vraisemblable. Croyons plutôt que ces sept jours qui, à la place des premiers, constituent notre semaine — par le cours et le retour de laquelle les temps sont entraînés, et où un jour est le cycle d’un lever de soleil au suivant —, tiennent lieu des jours anciens d’une certaine manière, de sorte que nous ne doutions absolument pas qu’ils ne leur sont pas semblables, mais au contraire très inégaux.”
“Le monde a donc été créé avec le temps, et sa création même a donné naissance à un mouvement sujet au changement. C'est d'ailleurs ce que semble indiquer l'ordre des six ou sept premiers jours, au cours desquels sont mentionnés un matin et un soir, jusqu'à ce que toutes les œuvres accomplies par Dieu durant ces jours soient achevées le sixième, et que le septième soit consacré, dans un grand mystère, à son repos. Quant à savoir de quelle nature sont ces jours, il nous est extrêmement difficile, voire impossible, de le concevoir, et à plus forte raison de l'exprimer.”
“En effet, nous voyons que ces jours que nous connaissons n'ont de soir que par le coucher du soleil, ni de matin que par son lever ; or, les trois premiers de ces jours se sont déroulés sans soleil, lequel, nous est-il rapporté, fut créé le quatrième jour. Il est raconté qu’au commencement, la lumière fut créée par la parole de Dieu, qu'il sépara cette lumière des ténèbres, et qu'il appela la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ». Mais la nature de cette lumière, le mouvement alterné par lequel elle produisait un soir et un matin, tout cela échappe à nos sens et ne peut être saisi par notre intelligence dans sa réalité ; c'est pourtant ce qu'il faut croire sans aucune hésitation.”
“Ils sont également trompés par des écrits d'une fausseté absolue, qui prétendent retracer une chronologie de plusieurs milliers d'années, alors que, d'après les saintes Écritures, nous calculons qu'il ne s'est pas encore écoulé six mille ans depuis la création de l'homme.”
“Il arrive en effet très souvent qu’un non-chrétien connaisse certains sujets — la terre, le ciel et les autres éléments de ce monde, le mouvement et la rotation des astres, leur taille et leurs distances, les éclipses précises de soleil ou de lune, le cycle des années et des saisons, la nature des animaux, des plantes, des pierres et autres choses de ce genre — au point de les maîtriser par un raisonnement très sûr ou par l’expérience. Or, il est extrêmement honteux et dangereux, et c’est une chose à éviter par-dessus tout, que ce non-chrétien entende un chrétien délirer à ce point sur ces sujets en prétendant parler d’après les Écritures chrétiennes, et qu’en le voyant se tromper du tout au tout, il puisse à peine retenir son rire. Et le plus grave n’est pas tant que cet homme qui se trompe soit tourné en dérision, mais que les auteurs de nos Livres saints soient crus, par ceux du dehors, avoir professé de telles opinions, et qu’ils soient, pour la plus grande perte de ceux dont nous cherchons ardemment le salut, critiqués et rejetés comme des ignorants. En effet, lorsque des non-croyants surprennent un chrétien en erreur sur un sujet qu’eux-mêmes connaissent parfaitement, et qu’ils l’entendent justifier son opinion absurde par nos Livres, comment pourraient-ils encore croire à ces mêmes Livres lorsqu'ils parlent de la résurrection des morts, de l'espérance de la vie éternelle et du royaume des cieux, alors qu'ils les jugent mensongers sur des points qu'ils ont pu eux-mêmes expérimenter ou vérifier par des calculs irréfutables ? On ne saurait dire assez quels tourments et quelle tristesse de tels présomptueux, par leur témérité, infligent aux frères prudents. Lorsque ceux qui ne sont pas liés par l'autorité de nos Livres se mettent à les reprendre et à les confondre sur leur opinion fausse et perverse, pour défendre ce qu'ils ont avancé avec la plus grande légèreté et une fausseté manifeste, ils tentent de produire ces mêmes Livres saints pour en tirer une preuve. Ou même, ils citent de mémoire de nombreux passages qu'ils estiment probants, « ne comprenant ni ce qu'ils disent, ni ce qu'ils affirment avec tant d'assurance ».”