La Tradition apostolique

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La Tradition apostolique occupe une place centrale dans la compréhension chrétienne de la foi, contrairement à l’idée, répandue dans certains milieux protestants, selon laquelle l’on devrait s’en tenir à la seule « Écriture seule » (Scriptura sola). Sans jamais confondre Trad

Dans son propre ouvrage, il transmet également d’autres récits des paroles du Seigneur par Aristion, déjà mentionné, ainsi que les traditions de Jean l’Ancien... Ce même auteur expose par ailleurs d’autres éléments qui, dit-il, lui sont parvenus d’une tradition non écrite...

Fragment dans Histoire de l’Église d’Eusèbe

Cette prédication que l'Église a reçue et cette foi qui est la sienne, comme nous l'avons déjà dit, elle les garde avec soin, bien qu'elle soit disséminée dans le monde entier, comme si elle habitait une seule maison. De même, elle y croit comme si elle n'avait qu'une seule âme et un seul cœur ; d'un commun accord, elle prêche, enseigne et transmet ces vérités, comme si elle ne possédait qu'une seule bouche. Car, si les langues parlées dans le monde sont différentes, la puissance de la Tradition est une et identique. Ni les églises fondées en Germanie ne croient ou ne transmettent différemment, ni celles qui sont en Ibérie, ni celles chez les Celtes, ni celles en Orient, ni en Égypte, ni en Libye, ni celles qui sont établies au centre du monde. Mais, de même que le soleil, créature de Dieu, est un et identique dans le monde entier, de même la prédication de la vérité, qui est une lumière, brille partout et illumine tous les hommes qui veulent parvenir à la connaissance de la vérité. Parmi ceux qui président aux églises, le plus doué pour la parole ne dira pas autre chose que cela – car personne n'est au-dessus du Maître –, et celui qui est faible en parole n'amoindrira pas la Tradition. Puisque la foi est une et identique, celui qui peut en dire long n'y ajoute rien, et celui qui en dit peu n'y retranche rien.

Contre les hérésies

CHAPITRE III. La tradition des apôtres, conservée dans les Églises par la succession ininterrompue des évêques qu'ils ont institués, réfute invinciblement les hérétiques. Ainsi donc, la tradition des apôtres, manifestée dans le monde entier, peut être discernée dans chaque église par tous ceux qui veulent voir la vérité. Et nous sommes en mesure d’énumérer ceux qui ont été institués évêques par les apôtres, ainsi que leurs successeurs jusqu’à nous : or, ceux-ci n’ont rien enseigné ni connu de semblable à ce que ces gens-là débitent dans leur délire. En effet, si les apôtres avaient connu des mystères cachés, qu’ils auraient enseignés aux « parfaits » à part et en secret des autres, c’est à ceux-là mêmes à qui ils confiaient les Églises qu’ils les auraient transmis en tout premier lieu. Car ils voulaient que soient en tout point parfaits et irréprochables ceux qu’ils laissaient pour successeurs, en leur transmettant leur propre charge d’enseignement. De leur bonne conduite résulterait un grand bienfait, mais de leur chute, le plus grand désastre.

Contre les hérésies

Face à cela, Platon, le célèbre Athénien qui fut d’ailleurs le premier à introduire cette doctrine, ne pouvant justifier sa thèse, a imaginé la coupe de l'oubli, pensant par ce moyen échapper à une telle difficulté. Il l'a fait sans en apporter la moindre preuve, mais en affirmant dogmatiquement que les âmes, en entrant dans cette vie et avant même de pénétrer dans leurs corps, sont abreuvées d'oubli par le démon qui préside à l'entrée. Mais il s'est trompé lui-même, tombant dans une difficulté encore plus grande. Car si la coupe de l'oubli, une fois bue, peut effacer le souvenir de tous les actes passés, d'où le sais-tu, ô Platon, toi dont l'âme est maintenant dans un corps, qu'avant d'y entrer elle a été abreuvée du breuvage de l'oubli par un démon ? Si en effet tu te souviens du démon, de la coupe et de l'entrée, tu devrais aussi connaître tout le reste. Mais si tu ignores cela, alors le démon n'est pas plus réel que la coupe de l'oubli, cette ingénieuse invention. Nous confondons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit — par complaisance, par vaine gloire, ou par aveuglement et perversité de jugement —, forment des groupements illégitimes. En effet, en raison de son autorité prééminente, c'est avec cette Église que toute Église doit s'accorder, c'est-à-dire les fidèles venus de partout. En elle, la Tradition qui vient des apôtres a toujours été conservée par ces mêmes fidèles.

Contre les hérésies

CHAPITRE IV C'est de la seule Église catholique, gardienne de la tradition et de la doctrine apostolique, qu'il faut recevoir la vérité. Les hérésies sont récentes et ne peuvent faire remonter leur origine aux apôtres. Puisqu'il existe des preuves si manifestes, il ne faut donc plus chercher ailleurs la vérité, qu'il est si facile de recevoir de l'Église. En effet, les apôtres y ont déposé, comme dans un riche trésor, la plénitude de tout ce qui appartient à la vérité, afin que quiconque le veut y puise le breuvage de vie. Car c'est elle, l'entrée de la vie ; tous les autres, au contraire, sont des voleurs et des brigands. C'est pourquoi il faut les éviter, mais chérir avec le plus grand soin ce qui vient de l'Église, et saisir la tradition de la vérité. Et d'ailleurs, si un débat s'élevait sur une question même mineure, ne faudrait-il pas se tourner vers les Églises les plus anciennes, celles où les apôtres ont vécu, pour recevoir d'elles sur ce point précis une réponse certaine et définitive ? Et si les apôtres ne nous avaient même pas laissé d'Écritures, ne faudrait-il pas suivre la règle de la tradition qu'ils ont transmise à ceux à qui ils confiaient les Églises ?

Contre les hérésies

Ceux qui préservaient la véritable tradition du bienheureux enseignement, transmise directement par Pierre, Jacques, Jean et Paul, les saints apôtres, la recevant de père en fils – mais peu d'enfants sont semblables à leurs pères –, sont parvenus, avec l'aide de Dieu, jusqu'à nous pour y déposer ces semences ancestrales et apostoliques. Et je sais bien qu'ils se réjouiront, non pas, je veux dire, par plaisir pour cet écrit, mais seulement pour la sauvegarde de la tradition qu'ils ont reçue. Car telle est, je crois, la marque d'une âme qui veut que la bienheureuse tradition ne se perde pas.

Stromates

Puisque, parmi ceux qui professent croire au Christ, beaucoup sont en désaccord non seulement sur des points mineurs et insignifiants, mais aussi sur des points majeurs et fondamentaux, qu’il s’agisse de Dieu, du Seigneur Jésus-Christ lui-même ou de l’Esprit Saint ; et que ce désaccord ne porte pas seulement sur eux, mais aussi sur d’autres créatures, comme les Dominations ou les saintes Vertus, il nous semble donc nécessaire de commencer par poser pour chacun de ces sujets une ligne directrice précise et une règle claire, pour ensuite examiner les autres questions. En effet, de même que nous avons cessé de chercher la vérité auprès des nombreux Grecs et barbares qui la promettaient en l’appuyant sur des opinions fausses, dès l’instant où nous avons cru que le Christ est le Fils de Dieu et où nous fûmes persuadés que c’est de lui qu’il fallait l’apprendre ; de même aujourd’hui, alors que beaucoup s’imaginent penser selon le Christ et que certains d’entre eux ont des opinions différentes de leurs prédécesseurs, la prédication de l’Église, transmise par les apôtres selon un ordre de succession et qui demeure jusqu’à ce jour dans les églises, est bel et bien conservée. Seule doit donc être crue comme vérité la doctrine qui ne s’écarte en rien de la tradition ecclésiale et apostolique.

Doctrines fondamentales, p. 7

C'est pourquoi, puisque seule l'Église possède l'eau vive et le pouvoir de baptiser et de purifier l'homme, que celui qui prétend que l'on peut être baptisé et sanctifié chez Novatien montre et prouve d'abord que Novatien est dans l'Église ou qu'il préside à l'Église. Car l'Église est une, et elle qui est une ne peut être à la fois au-dedans et au-dehors. En effet, si elle est chez Novatien, elle n'était pas chez Corneille. Mais si, au contraire, elle était chez Corneille – qui a succédé à l'évêque Fabien par une ordination légitime, et que le Seigneur, outre l'honneur du sacerdoce, a aussi glorifié par le martyre –, alors Novatien n'est pas dans l'Église. Il ne peut pas non plus être considéré comme un évêque, lui qui, méprisant la tradition évangélique et apostolique, ne succédant à personne, s'est établi de lui-même. Car celui qui n'a pas été ordonné dans l'Église ne peut en aucune manière la posséder ou la garder.

Lettres

CHAPITRE 21. Les écrivains ecclésiastiques illustres de cette époque. À cette époque florissaient dans l'Église Hégésippe, que nous connaissons par ce qui précède, Denys, évêque de Corinthe, Pinyte, évêque de Crète, et avec eux Philippe, Apollinaire et Méliton, ainsi que Mousanos et Modeste, et enfin Irénée. De tous ces auteurs, l'orthodoxie de la saine foi, consignée par écrit et issue de la tradition apostolique, nous a été transmise.

Histoire de l’Église, Livre 4, Chapitre 21, Section 1

Ajoutons encore ceci : fidèles aux traditions apostoliques, souvenons-nous les uns des autres dans nos assemblées de prière. Et lorsque nous célébrerons tous ensemble la fête, rendons continuellement grâce au Seigneur d'une seule voix. Ainsi, ayant reçu sa grâce et à l'imitation des saints, nous trouverons chaque jour notre gloire dans le Seigneur, comme le dit le Psalmiste. Car assurément, si nous célébrons cette solennité comme il se doit, nous serons jugés dignes de la joie céleste.

Lettres festales

Ajoutons encore ceci : fidèles aux traditions apostoliques, souvenons-nous les uns des autres dans nos assemblées de prière et, lorsque nous célébrerons tous ensemble la fête, rendons toujours grâce au Seigneur d'une seule voix. C'est ainsi que, en recevant sa grâce et en imitant les saints, nous serons chaque jour loués dans le Seigneur, comme le dit le Psalmiste. En effet, si nous célébrons la solennité comme il se doit, nous serons dignes de la joie céleste.

Lettres festales

Parmi les dogmes et les enseignements conservés dans l'Église, les uns nous viennent de la doctrine écrite, tandis que les autres, nous les avons reçus de la tradition des Apôtres, qui nous ont été transmis dans le secret. Ces deux sources possèdent la même autorité en matière de piété. Et personne ne le contestera, du moins quiconque possède la moindre expérience des usages de l'Église. En effet, si nous tentions de rejeter les coutumes non écrites au prétexte qu'elles n'ont pas une grande autorité, nous porterions atteinte à l'Évangile sur des points essentiels, sans même nous en rendre compte ; ou plutôt, nous réduirions la prédication à n'être plus qu'un simple nom. Par exemple, pour commencer par l'exemple le plus simple et le plus répandu : qui nous a enseigné par écrit à marquer du signe de la croix ceux qui espèrent dans le nom de notre Seigneur Jésus-Christ ? Quelle Écriture nous a enseigné à nous tourner vers l’orient pour la prière ? Les paroles de l’épiclèse, lors de la consécration du pain de l’Eucharistie et de la coupe de bénédiction, qui parmi les saints nous les a laissées par écrit ? Car nous ne nous contentons pas de ce que l’Apôtre ou l’Évangile mentionnent, mais nous prononçons aussi d’autres paroles, avant et après, que nous tenons de la tradition non écrite et qui possèdent une grande force pour le mystère. Nous bénissons l’eau du baptême et l’huile de l’onction, et plus encore le baptisé lui-même. D'après quels textes écrits ? N'est-ce pas d'après la tradition silencieuse et secrète ? Et l'onction d'huile elle-même, quelle parole écrite l'a enseignée ? La triple immersion de la personne, d’où vient-elle ? Quant aux autres rites du baptême, comme la renonciation à Satan et à ses anges, de quelle Écriture proviennent-ils ?

L’Esprit Saint

Il faut aussi avoir recours à la Tradition. Car tout ne peut être tiré de la sainte Écriture. C’est pourquoi les saints apôtres ont transmis certaines choses par écrit, et d’autres par la tradition, comme le dit le saint Apôtre : « Comme je vous l’ai transmis » ; et ailleurs : « C’est ainsi que j’enseigne, et c’est ainsi que je l’ai transmis dans les églises » ; et encore : « Si vous le retenez, à moins que vous n’ayez cru en vain. »

Panacée contre toutes les hérésies

Ainsi donc, frères, demeurez fermes et retenez les traditions qui vous ont été enseignées, soit de vive voix, soit par notre lettre. Il est donc clair qu’ils n’ont pas tout transmis par lettre, mais aussi beaucoup de choses oralement ; or, les unes comme les autres sont également dignes de foi. C'est pourquoi nous devons aussi considérer la tradition de l'église comme digne de foi. C’est une tradition : ne cherche rien de plus.

Homélies sur la Deuxième Épître aux Thessaloniciens

Cyprien écrit également à Pompée sur ce même sujet, et il y indique clairement qu'Étienne, dont nous savons qu'il était alors évêque de l'Église de Rome, non seulement n'a pas partagé son avis sur ce point, mais qu'il a même écrit pour s'y opposer et a donné des prescriptions contraires. Or, cet Étienne n'a pas pour autant communié avec les hérétiques, parce qu'il n'a pas osé rejeter le baptême du Christ, dont il reconnaissait qu'il était demeuré intact au sein de leur perversité. Car si ceux qui ont des idées fausses sur Dieu n'ont pas le baptême, nous avons déjà suffisamment débattu, je crois, du fait que cela peut aussi arriver à l'intérieur. Certes, les Apôtres n'ont rien prescrit à ce sujet. Mais il faut croire que la coutume opposée à Cyprien tire son origine de leur tradition, à l'instar de nombreuses pratiques que l'Église universelle observe et que l'on croit, à juste titre, prescrites par les Apôtres, bien qu'on n'en trouve pas de trace écrite.

Sur le baptême contre les Donatistes

Or, quand Cyprien dit que l’évêque doit être « apte à apprendre » et qu’il ajoute : « est apte à apprendre celui qui, pour s’instruire, montre une douce et patiente disposition » — car un évêque ne doit pas seulement enseigner, mais aussi apprendre, et celui-là enseigne mieux qui, chaque jour, grandit et progresse en apprenant ce qui est meilleur —, par ces paroles, cet homme saint, animé d’une pieuse charité, indique assurément avec assez de clarté qu’il ne faut pas craindre de lire ses lettres de telle manière que, si plus tard l’Église a confirmé une vérité découverte au terme de recherches plus nombreuses et plus approfondies, nous n’hésitions pas à l’accueillir. Car de même qu'il y avait beaucoup de choses que le savant Cyprien pouvait enseigner, il y avait aussi quelque chose que le Cyprien, apte à apprendre, pouvait encore apprendre. Quant à l’avertissement qu’il nous donne de retourner à la source, c’est-à-dire à la tradition apostolique, pour en diriger le canal jusqu’à notre époque, c’est une excellente chose, à faire sans aucun doute. Il nous a donc été transmis par les Apôtres, comme il le rappelle lui-même, qu’il y a un seul Dieu, un seul Christ, une seule espérance, une seule foi, une seule église et un seul baptême. Puisque, au temps même des Apôtres, nous trouvons des gens qui n’avaient pas l’unique espérance tout en ayant l’unique baptême, de cette source même la vérité nous est acheminée de telle sorte qu’il nous apparaît possible que, bien qu’il y ait une seule église – tout comme une seule espérance et un seul baptême –, ceux qui n’appartiennent pas à l’unique église possèdent néanmoins l’unique baptême ; tout comme à cette époque-là même il a pu arriver que ceux qui n’avaient pas l’unique espérance aient eu l’unique baptême. En effet, comment auraient-ils partagé l’unique espérance avec les saints et les justes, ceux qui disaient : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons », affirmant ainsi qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? Et pourtant, ils faisaient partie de ceux à qui le même apôtre dit : « Paul a-t-il été crucifié pour vous ? Ou bien est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » Car c’est bien à eux qu’il écrit très clairement : « Comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? »

Sur le baptême contre les Donatistes

Alors, la crainte de la Loi est chantée, et la grâce des prophètes est reconnue, et la foi des Évangiles est affermie, et la tradition des apôtres est préservée, et la grâce de l'église tressaille.

À Diognète