Sur le baptême contre les Donatistes

St. Augustin d'Hippone

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Cyprien écrit également à Pompée sur ce même sujet, et il y indique clairement qu'Étienne, dont nous savons qu'il était alors évêque de l'Église de Rome, non seulement n'a pas partagé son avis sur ce point, mais qu'il a même écrit pour s'y opposer et a donné des prescriptions contraires. Or, cet Étienne n'a pas pour autant communié avec les hérétiques, parce qu'il n'a pas osé rejeter le baptême du Christ, dont il reconnaissait qu'il était demeuré intact au sein de leur perversité. Car si ceux qui ont des idées fausses sur Dieu n'ont pas le baptême, nous avons déjà suffisamment débattu, je crois, du fait que cela peut aussi arriver à l'intérieur. Certes, les Apôtres n'ont rien prescrit à ce sujet. Mais il faut croire que la coutume opposée à Cyprien tire son origine de leur tradition, à l'instar de nombreuses pratiques que l'Église universelle observe et que l'on croit, à juste titre, prescrites par les Apôtres, bien qu'on n'en trouve pas de trace écrite.

Or, quand Cyprien dit que l’évêque doit être « apte à apprendre » et qu’il ajoute : « est apte à apprendre celui qui, pour s’instruire, montre une douce et patiente disposition » — car un évêque ne doit pas seulement enseigner, mais aussi apprendre, et celui-là enseigne mieux qui, chaque jour, grandit et progresse en apprenant ce qui est meilleur —, par ces paroles, cet homme saint, animé d’une pieuse charité, indique assurément avec assez de clarté qu’il ne faut pas craindre de lire ses lettres de telle manière que, si plus tard l’Église a confirmé une vérité découverte au terme de recherches plus nombreuses et plus approfondies, nous n’hésitions pas à l’accueillir. Car de même qu'il y avait beaucoup de choses que le savant Cyprien pouvait enseigner, il y avait aussi quelque chose que le Cyprien, apte à apprendre, pouvait encore apprendre. Quant à l’avertissement qu’il nous donne de retourner à la source, c’est-à-dire à la tradition apostolique, pour en diriger le canal jusqu’à notre époque, c’est une excellente chose, à faire sans aucun doute. Il nous a donc été transmis par les Apôtres, comme il le rappelle lui-même, qu’il y a un seul Dieu, un seul Christ, une seule espérance, une seule foi, une seule église et un seul baptême. Puisque, au temps même des Apôtres, nous trouvons des gens qui n’avaient pas l’unique espérance tout en ayant l’unique baptême, de cette source même la vérité nous est acheminée de telle sorte qu’il nous apparaît possible que, bien qu’il y ait une seule église – tout comme une seule espérance et un seul baptême –, ceux qui n’appartiennent pas à l’unique église possèdent néanmoins l’unique baptême ; tout comme à cette époque-là même il a pu arriver que ceux qui n’avaient pas l’unique espérance aient eu l’unique baptême. En effet, comment auraient-ils partagé l’unique espérance avec les saints et les justes, ceux qui disaient : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons », affirmant ainsi qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? Et pourtant, ils faisaient partie de ceux à qui le même apôtre dit : « Paul a-t-il été crucifié pour vous ? Ou bien est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » Car c’est bien à eux qu’il écrit très clairement : « Comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? »

Quant à l'objection que l'on faisait à Cyprien au sujet des catéchumènes — à savoir que, surpris par le martyre et mis à mort pour le nom du Christ, ils recevaient la couronne même sans le baptême —, je ne vois pas bien en quoi elle est pertinente, à moins qu'ils ne veuillent dire que les hérétiques, munis du baptême du Christ, ont bien plus de raisons d'être admis dans son royaume que ne le seraient les catéchumènes, alors que le Seigneur a dit lui-même : « Nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume des cieux ». Sur ce point, je n'hésite pas non plus à préférer un catéchumène catholique, brûlant d'amour divin, à un hérétique baptisé ; bien plus, au sein même de l'Église catholique, nous plaçons un bon catéchumène au-dessus d'un mauvais baptisé. Pourtant, ce faisant, nous ne portons aucune atteinte au sacrement du baptême, que l'un n'a pas encore reçu et l'autre a déjà reçu ; et nous ne pensons pas non plus que le sacrement du catéchumène doive être préféré à celui du baptême, lorsque nous reconnaissons qu'un catéchumène est plus fidèle et meilleur qu'un baptisé. Le centurion Corneille, en effet, était meilleur avant son baptême que Simon ne l'était après le sien. L'un, avant même le baptême, fut rempli de l'Esprit Saint ; l'autre, même après le baptême, fut gonflé par un esprit impur. Cependant, si Corneille, même après avoir reçu l'Esprit Saint, avait refusé le baptême, il se serait rendu coupable de mépris envers un si grand sacrement. Or, quand il a été baptisé, il n'a certes pas reçu un sacrement meilleur que celui de Simon ; mais les mérites différents des hommes se sont manifestés sous la sainteté égale d'un même sacrement. Ainsi, le mérite bon ou mauvais d'un homme n'augmente ni ne diminue la sainteté du baptême. De même que le baptême manque au bon catéchumène pour entrer en possession du royaume des cieux, de même la conversion véritable manque au mauvais baptisé. En effet, celui qui a dit : « Nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume des cieux », est aussi celui qui a dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux ». Car, pour que la justice du catéchumène ne le rende pas présomptueux, il a été dit : « Nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume des cieux » ; et inversement, pour que le baptisé ne se sente pas en sécurité dans son iniquité une fois le baptême reçu, il a été dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux ». L'un sans l'autre ne suffit pas : les deux réunis font l'héritier de ce royaume. Par conséquent, de même que nous ne devons pas condamner la justice d'un homme qui a commencé à exister avant son rattachement à l'Église — comme ce fut le cas pour la justice de Corneille avant qu'il ne fasse partie du peuple chrétien ; car si cette justice avait dû être rejetée, l'ange ne lui aurait pas dit : « Tes aumônes ont été agréées et tes prières exaucées » ; et si elle avait suffi pour entrer en possession du royaume des cieux, il n'aurait pas reçu l'ordre d'envoyer chercher Pierre —, de même il ne faut pas rejeter le sacrement évangélique du baptême, même s'il a été reçu en dehors de l'Église. Toutefois, comme ce sacrement ne contribue au salut que si celui qui en possède l'intégrité, après avoir corrigé sa propre perversité, s'incorpore à l'Église, corrigeons de même l'erreur des hérétiques, mais en reconnaissant ce qui, en eux, n'est pas à eux mais au Christ.

Chapitre XXII.—29. Que le martyre puisse parfois tenir lieu de baptême, le bienheureux Cyprien lui-même en trouve un argument de poids dans le cas de ce larron à qui, sans qu'il fût baptisé, il fut dit : « Aujourd'hui tu seras avec moi au paradis ». En y réfléchissant encore et encore, je découvre que non seulement le martyre pour le nom du Christ peut suppléer ce qui manquait du baptême, mais aussi la foi et la conversion du cœur, si d'aventure l'urgence des circonstances ne permet pas de célébrer le mystère du baptême. Car ce larron n'a pas été crucifié pour le nom du Christ, mais pour le châtiment de ses crimes ; il n'a pas souffert parce qu'il croyait, mais il a cru tandis qu'il souffrait. Quelle est donc la valeur, même sans le sacrement visible du baptême, de cette parole de l'Apôtre : « C'est avec le cœur que l'on croit pour obtenir la justice, et c'est avec la bouche que l'on confesse sa foi pour obtenir le salut » ; le cas de ce larron le montre clairement. Mais cela ne s'accomplit invisiblement que lorsque ce n'est pas le mépris de la religion, mais un cas de nécessité impérieuse, qui empêche de recourir au ministère du baptême. En effet, dans le cas de Corneille et de ses amis, bien plus que dans celui du larron, il aurait pu paraître superflu de les baptiser aussi avec de l'eau, puisque le don de l'Esprit Saint – que, selon le témoignage de la sainte Écriture, les autres ne recevaient qu'après avoir été baptisés – s'était déjà manifesté en eux de manière éclatante, par le signe adapté à cette époque où ils se mirent à parler en langues. Ils furent pourtant baptisés, et en cet acte réside l'autorité apostolique. C'est dire à quel point personne, quel que soit le progrès de son homme intérieur – si d'aventure, avant le baptême, il est parvenu par la piété de son cœur jusqu'à l'intelligence spirituelle –, ne doit mépriser le sacrement qui est administré corporellement par l'œuvre des ministres, car c'est par lui que Dieu opère spirituellement la consécration de l'homme. Et je ne crois pas que la charge de baptiser ait été confiée à Jean pour une autre raison que celle-ci : que le Seigneur lui-même, en ne dédaignant pas de recevoir le baptême d'un serviteur, inaugure la voie de l'humilité et montre par cet acte, de la manière la plus claire, quelle valeur il fallait attacher à son propre baptême, celui qu'il allait lui-même conférer. Car il voyait, en médecin expert du salut éternel, que ne manquerait pas de naître l'orgueil de certains hommes qui, ayant progressé dans l'intelligence de la vérité et dans une conduite honorable au point de ne pas hésiter à se juger supérieurs à de nombreux baptisés par leur vie et leur doctrine, croiraient superflu pour eux-mêmes d'être baptisés, se sentant parvenus à un état d'esprit auquel beaucoup de baptisés s'efforçaient encore de s'élever.

Dès lors, l'examen de cette arche, dont Noé fut le constructeur et le pilote, se présente à nous de façon plus facile et plus directe. Pierre dit en effet : « Dans l’arche de Noé, un petit nombre de personnes, c’est-à-dire huit, furent sauvées à travers l’eau. C’est une préfiguration du baptême qui vous sauve maintenant, vous aussi ; il ne s’agit pas d’enlever les souillures de la chair, mais de l’engagement d’une conscience bonne. » Par conséquent, s'il se trouve, aux yeux des hommes, dans l'unité catholique, des baptisés qui ne renoncent au monde qu'en paroles et non en actes, comment peuvent-ils appartenir au mystère de cette arche, eux chez qui manque l’engagement d’une conscience bonne ? Ou comment sont-ils sauvés par l'eau, ceux qui, faisant un mauvais usage du saint baptême, persévèrent jusqu'à la fin de leur vie dans des mœurs scandaleuses et dissolues, alors même qu'ils semblent être à l'intérieur ? Inversement, comment ne seraient-ils pas sauvés par l'eau, ceux que Cyprien lui-même mentionne comme ayant été autrefois simplement admis dans l'Église avec le baptême qu'ils avaient reçu dans l'hérésie ? Car c'est bien l'unité de cette même arche qui les a sauvés, cette arche où personne n'est sauvé sinon par l'eau. Cyprien dit en effet : « Le Seigneur est assez puissant dans sa miséricorde pour accorder son pardon et ne pas priver des bienfaits de son Église ceux qui, admis simplement dans l'Église, s’y sont endormis. » S'ils ne sont pas sauvés par l'eau, comment sont-ils dans l'arche ? S'ils ne sont pas dans l'arche, comment sont-ils dans l'Église ? Mais s'ils sont dans l'Église, ils sont assurément dans l'arche ; et s'ils sont dans l'arche, c'est assurément par l'eau. Il peut donc arriver que certains, baptisés à l'extérieur, soient, dans la prescience de Dieu, considérés comme ayant été en réalité baptisés à l'intérieur ; car c'est au moment où ils rejoignent l'unité que l'eau commence à leur être profitable pour le salut. En effet, on ne peut dire qu'ils ont été sauvés dans l'arche autrement que par l'eau. Et qu'à l'inverse, certains qui paraissaient baptisés à l'intérieur soient, selon cette même prescience divine, considérés comme ayant été en réalité baptisés à l'extérieur. Faisant un mauvais usage du baptême, ils meurent par l'eau ; or, à l’époque du déluge, cela n'est arrivé qu'à ceux qui étaient hors de l'arche. Il est donc manifeste que la distinction entre « l’intérieur » et « l’extérieur » de l’Église doit se comprendre selon le cœur, et non selon le corps. En effet, tous ceux qui sont à l’intérieur par le cœur sont sauvés dans l’unité de l’arche par cette même eau, tandis que tous ceux qui sont à l’extérieur par le cœur meurent par cette même eau en tant qu’ennemis de l’unité, qu’ils se trouvent ou non physiquement à l’extérieur. Ainsi donc, de même que ce n'est pas une eau différente, mais bien la même, qui a sauvé ceux qui se trouvaient dans l'arche et a fait périr ceux qui étaient dehors, de même ce n'est pas par un baptême différent, mais par le même, que les bons catholiques obtiennent le salut et que les mauvais catholiques ou les hérétiques périssent. Quant à ce que le bienheureux Cyprien pense de l'Église catholique, et à la manière dont son autorité anéantit les hérétiques, bien que j'aie déjà beaucoup dit à ce sujet, j'ai décidé d'en traiter séparément, de façon plus ample et plus claire, s'il plaît au Seigneur. Mais ce sera après avoir d'abord dit, au sujet de son concile, ce que j'estime devoir dire, tâche que j'entreprendrai, si Dieu le veut, dans le livre suivant.

Chapitre XXIV. — 31. Si quelqu'un, en cette matière, cherche une autorité divine, nous pouvons néanmoins conjecturer avec justesse quelle est la valeur du sacrement de Baptême pour les petits enfants à partir de la circoncision de la chair, reçue par le premier peuple. Et bien que la pratique de l'Église universelle – qui n'a pas été instituée par des conciles mais a toujours été maintenue – soit considérée, à très juste titre, comme transmise par la seule autorité des apôtres, Abraham, lui, fut justifié avant même de recevoir cette circoncision. De même, Corneille fut comblé du don de l'Esprit Saint avant d'être baptisé. L'Apôtre dit pourtant d'Abraham lui-même : « Il reçut le signe de la circoncision, sceau de la justice de la foi », lui qui avait déjà cru dans son cœur, et cela lui avait été compté comme justice. Pourquoi donc lui a-t-il été ordonné de circoncire désormais tout enfant mâle le huitième jour, lui qui ne pouvait pas encore croire dans son cœur pour que cela lui soit compté comme justice ? N'est-ce pas parce que le sacrement, en lui-même et par lui-même, avait une grande valeur ? C'est ce qui est apparu clairement dans le cas du fils de Moïse par l'intervention de l'ange : alors que sa mère le portait, encore incirconcis, un danger immédiat et manifeste exigea qu'il soit circoncis ; et une fois la chose faite, le fléau fut écarté. Ainsi donc, comme chez Abraham la justice de la foi a précédé, et la circoncision, sceau de la justice de la foi, s'y est ajoutée, de même chez Corneille la sanctification spirituelle par le don de l'Esprit Saint a précédé, et le sacrement de la nouvelle naissance par le bain du Baptême s'y est ajouté. Et comme chez Isaac, circoncis le huitième jour de sa naissance, le sceau de la justice de la foi a précédé ; et parce qu'il a imité la foi de son père, la justice elle-même, dont le sceau avait précédé en lui dès l'enfance, a suivi durant sa croissance. De même, chez les enfants baptisés, le sacrement de la nouvelle naissance précède ; et s'ils s'attachent à la piété chrétienne, la conversion du cœur, dont le mystère a précédé dans le corps, suivra également. Et de même que pour le larron, ce qui manquait du sacrement du Baptême, la bonté du Tout-Puissant l'a suppléé, parce que ce manque ne venait pas de l'orgueil ou du mépris, mais de la nécessité ; de même, pour les enfants qui meurent après avoir été baptisés, il faut croire que la même grâce du Tout-Puissant supplée ce que, non par volonté mauvaise mais par l'incapacité de leur âge, ils ne peuvent faire : ni croire de leur cœur pour obtenir la justice, ni confesser de leur bouche pour obtenir le salut. Voilà pourquoi, lorsque d'autres répondent pour eux afin que la célébration du sacrement soit accomplie à leur égard, cela est valide pour leur consécration, puisqu'ils ne peuvent répondre eux-mêmes. Mais si quelqu'un d'autre répond pour celui qui est capable de répondre, cela n'a pas la même valeur. C'est en vertu de cette règle qu'on trouve dans l'Évangile cette parole qui, à sa lecture, frappe naturellement tout le monde : « Il a l'âge, qu'il parle pour lui-même. »