L’Esprit et la Lettre

Sur l’Esprit et la Lettre

St. Augustin d'Hippone

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Ainsi, bien que l'Apôtre semble reprendre et corriger ceux qu'on persuadait de se faire circoncire au point de désigner du nom de « loi » la circoncision elle-même et les autres observances légales du même genre – que les chrétiens rejettent désormais comme des ombres des réalités futures, en s'attachant à ce que ces ombres annonçaient de manière figurée –, il veut pourtant que par la « loi », dont il dit que personne n'est justifié, on entende non seulement ces sacrements qui étaient des figures annonciatrices, mais aussi ces œuvres qui font vivre justement celui qui les accomplit, et parmi lesquelles se trouve le précepte : « Tu ne convoiteras pas ». Et pour que notre propos soit plus clair, examinons le Décalogue lui-même. En effet, c'est bien sur la montagne que Moïse a reçu la loi pour la transmettre au peuple, loi écrite par le doigt de Dieu sur des tables de pierre. Elle se résume en dix préceptes, où il n'est rien prescrit concernant la circoncision, ni rien non plus sur les sacrifices d'animaux que les chrétiens n'offrent plus. Dans ces dix préceptes, donc, à l'exception de l'observance du sabbat, qu'on me dise ce qu'un chrétien n'aurait pas à observer. L'interdiction de fabriquer ou d'adorer des idoles et d'autres dieux que le seul Dieu véritable ? L'interdiction de prendre le nom de Dieu en vain ? Le devoir d'honorer ses parents ? La nécessité de se garder de la fornication, du meurtre, du vol, du faux témoignage, de l'adultère, de la convoitise du bien d'autrui ? Qui donc oserait dire qu'un chrétien n'a pas à observer l'un de ces commandements ? Ou bien, peut-être, ce n'est pas cette loi écrite sur les deux tables que l'Apôtre appelle « lettre qui tue », mais plutôt celle qui concerne la circoncision et les autres sacrements anciens, désormais abolis ? Mais comment pourrions-nous le penser, alors que cette loi contient le précepte « Tu ne convoiteras pas » ? Or, c'est précisément par ce commandement – pourtant saint, juste et bon – que « le péché m'a séduit, dit-il, et par lui m'a fait mourir ». Car que signifie d'autre : « La lettre tue » ?