À Donatus

St. Cyprien de Carthage

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Porte maintenant ton regard vers les effets pervers, non moins déplorables, d'un autre genre de spectacle : dans les théâtres aussi, tu verras de quoi t'affliger et avoir honte. La tragédie consiste à mettre en scène les forfaits d'autrefois. L'horreur antique des parricides et des incestes y est rejouée avec un réalisme saisissant, afin qu'avec le temps ne tombe pas dans l'oubli ce qui fut un jour commis. Chaque génération apprend ainsi que ce qui a été fait peut se faire encore. Jamais les fautes ne meurent de vieillesse, jamais le temps n'ensevelit le crime, jamais l'oubli n'enterre le forfait. Ce qui a cessé d'être un crime devient un exemple. Ensuite, dans les mimes, véritable école de la dépravation, on prend plaisir soit à reconnaître ce que l'on a pu faire chez soi, soit à apprendre ce que l'on pourrait faire. On apprend l'adultère en le regardant. Et, le mal étant encouragé par une autorité publique qui se fait la complice du vice, la femme mariée, qui était peut-être arrivée chaste au spectacle, en repart impudique. Et que dire encore ! Quelle ruine pour les mœurs, quels encouragements à l'infamie, quel aliment pour les vices, que de se laisser souiller par les gestes des comédiens, de voir, contre le pacte et le droit de la nature, la soumission à d'incestueuses turpitudes dépeinte avec art ! Les hommes y sont émasculés ; toute la dignité et la vigueur de leur sexe s'amollissent dans l'indignité d'un corps efféminé. Et là, plus on réussit à dégrader l'homme en femme, plus on plaît. Son crime lui vaut des louanges, et plus il est abject, plus on le juge talentueux. Et un tel homme, ô infamie, on le regarde, et avec plaisir ! À quoi un tel personnage ne peut-il pas inciter ? Il ébranle les sens, il caresse les passions, il vient à bout de la conscience la plus solide. Et cette infamie séductrice ne manque pas de prestige, si bien que la perdition s'insinue dans les âmes sous des dehors plus engageants. Ils mettent en scène une Vénus impudique, un Mars adultère, et ce Jupiter qui est le leur, souverain non moins par ses vices que par son royaume, lui que ses propres foudres n'empêchent pas de brûler pour des amours terrestres : tantôt, il blanchit sous le plumage d'un cygne, tantôt il s'écoule en pluie d'or, tantôt il s'élance, avec le concours de ses oiseaux serviteurs, pour enlever de jeunes garçons. Demandez-vous après cela si un spectateur peut rester intègre et chaste. Ils imitent les dieux qu'ils vénèrent ; pour ces malheureux, le crime devient un acte de piété.

Ah, si tu pouvais, depuis ce poste d’observation sublime, plonger ton regard dans leurs secrets, forcer les portes closes de leurs chambres et dévoiler à la lumière leurs retraites cachées ! Tu verrais des impudiques commettre ce qu’un front chaste ne pourrait même pas regarder ; tu verrais ce qu’il est déjà criminel de voir ; tu verrais ce que, dans la fureur de leurs vices, des fous nient avoir fait et se hâtent pourtant de faire. Pris d’un désir insensé, des hommes se ruent sur des hommes ; il se commet des actes qui ne peuvent même pas plaire à ceux qui les commettent. Mieux encore : un tel homme en réprimande d’autres. L'infâme calomnie les infâmes, et il croit avoir échappé à tout témoin, comme si sa propre conscience ne suffisait pas. Ces mêmes hommes sont en public des accusateurs, en secret des coupables ; contre eux-mêmes, ils sont tout à la fois censeurs et criminels. Ils condamnent au-dehors ce qu’ils font au-dedans ; ils s’adonnent avec plaisir à ce que, une fois commis, ils dénoncent comme un crime. C’est une audace qui fait corps avec le vice, une impudence à la mesure des impudiques. Ne t’étonne donc pas de ce qu’ils disent : de leur bouche, toute faute commise en parole est désormais la moindre des choses.

Moi qui gisais dans les ténèbres et la nuit aveugle, moi qui, ballotté sur la mer d'un monde en pleine tempête, titubais, hésitant, et errais sans but, ignorant de ma propre vie, étranger à la vérité et à la lumière, il me paraissait, avec les mœurs qui étaient alors les miennes, tout à fait difficile et ardu d'accepter ce que la bonté divine me promettait pour mon salut : qu'un homme pût naître de nouveau et que, vivifié pour une vie nouvelle par le bain de l'eau du salut, il se dépouille de ce qu'il était auparavant et, sans que la structure de son corps ne change, devienne un autre homme dans son âme et son esprit. Comment, disais-je, un tel changement est-il possible ? Comment se dépouiller, soudain et d'un seul coup, de ce qui s'est endurci en nous, soit par le fond même de notre nature, soit par une longue et vieille habitude qui a fait corps avec nous ? Ces choses sont profondément et solidement enracinées. Quand apprend-il la sobriété, celui qui est habitué aux festins et aux repas copieux ? Et celui qui s'est fait remarquer par ses vêtements somptueux, qui a brillé d'or et de pourpre, quand consent-il à adopter une tenue simple et ordinaire ? Celui qui a pris plaisir aux honneurs et aux charges publiques ne peut supporter de vivre en simple citoyen, sans prestige. Celui qui est entouré d'une foule de clients et honoré de l'escorte pressante d'un nombreux cortège considère la solitude comme un châtiment. Il est inévitable que, comme auparavant, les séductions tenaces exercent leur emprise : que l'ivrognerie l'attire, que l'orgueil le gonfle, que la colère l'enflamme, que la cupidité le tourmente, que la cruauté l'aiguillonne, que l'ambition le séduise et que la luxure le pousse à sa perte. Voilà ce que je me disais souvent à moi-même. En effet, prisonnier comme je l'étais des innombrables erreurs de ma vie passée, et ne croyant pas pouvoir m'en dépouiller, j'étais moi-même complaisant envers les vices qui m'enserraient. Désespérant de pouvoir m'améliorer, je favorisais mes propres maux, comme s'ils étaient devenus miens par nature. Mais après que les souillures de ma vie passée eurent été effacées par le secours de l'onde qui fait naître à la vie nouvelle, après qu'une lumière venue d'en haut se fut répandue dans mon cœur purifié, après que, ayant bu à l'Esprit du ciel, une seconde naissance m'eut recréé en homme nouveau, aussitôt, chose admirable, les doutes se sont dissipés, ce qui était fermé s'est ouvert, les ténèbres se sont éclairées ; ce qui paraissait difficile est devenu facile, ce qui était jugé impossible est devenu réalisable, au point qu'il devenait possible de reconnaître que ma vie passée – née de la chair et esclave du péché – était terrestre, tandis que ma vie présente, désormais animée par l'Esprit Saint, avait commencé à être de Dieu. Tu le sais bien, toi-même, et tu le reconnais avec moi : ce que nous a enlevé cette mort aux crimes, et ce que nous a apporté cette vie dans la vertu. Tu le sais, je n'ai pas besoin de le proclamer. Parler à sa propre louange est une vantardise détestable ; encore que ce ne soit pas se vanter, mais se montrer reconnaissant, que d'attribuer non au mérite de l'homme, mais au don de Dieu tout ce qui est proclamé. Ainsi, le fait de ne plus pécher vient désormais de la foi, alors que le péché d'autrefois relevait de l'erreur humaine. De Dieu, oui, de Dieu vient tout notre pouvoir. De lui nous vient la vie, de lui nous vient la puissance ; c'est de lui que nous puisons notre vigueur pour, dès ici-bas, discerner par avance les signes des choses à venir. Pourvu seulement que la crainte soit la gardienne de notre innocence, afin que le Seigneur qui, dans un élan de sa bonté céleste, s'est répandu avec clémence dans nos esprits, soit retenu par notre juste obéissance dans l'heureuse hospitalité de notre âme. Ainsi, la sécurité acquise n'engendrera pas la négligence, et l'antique ennemi ne s'insinuera pas de nouveau en nous.