Lettre aux Smyrnéens

[vers 110 ap. J.-C.]

St. Ignace d'Antioche

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Je ne veux plus vivre à la manière des hommes. Et cela se fera, si vous le voulez. Voulez-le, afin que vous aussi, vous trouviez sa faveur. Je vous le demande en quelques mots : croyez-moi. Jésus Christ vous manifestera que je dis la vérité ; il est la bouche qui ne ment pas, en qui le Père a véritablement parlé. Priez pour moi, afin que j’atteigne mon but. Ce n’est pas selon la chair que je vous ai écrit, mais selon la pensée de Dieu. Si je souffre le martyre, c’est que vous m’aurez voulu du bien ; mais si je suis rejeté, c’est que vous m’aurez haï.

Rien ne me servira des plaisirs du monde, ni des royaumes de ce siècle. Mieux vaut pour moi mourir pour Jésus-Christ que de régner sur les confins de la terre. Car que servirait à un homme de gagner le monde entier, s'il perdait son âme ? C'est lui que je cherche, celui qui est mort pour nous ; c'est lui que je veux, celui qui est ressuscité pour nous. Le moment de ma naissance approche. Pardonnez-moi, frères. Ne m'empêchez pas de naître à la vie, ne cherchez pas à me faire mourir. Moi qui veux être à Dieu, ne me livrez pas au monde. Laissez-moi atteindre la pure lumière. C'est seulement là que je serai un homme de Dieu. Permettez-moi d'être un imitateur de la passion de mon Dieu. Si quelqu'un le possède en lui-même, qu'il comprenne ce que je désire et qu'il ait compassion de moi, sachant ce qui m'enserre. Le prince de ce monde veut me ravir et corrompre ma résolution d'aller à Dieu. Que personne d'entre vous, ici présent, ne l'aide. Soyez plutôt de mon côté, c'est-à-dire du côté de Dieu. Ne parlez pas de Jésus-Christ tout en convoitant le monde. Que la jalousie n'habite pas en vous. Même si, une fois présent parmi vous, je vous en suppliais, ne m'écoutez pas. Fiez-vous plutôt à ce que je vous écris maintenant. Car c'est bien vivant que je vous écris, mais brûlant du désir de mourir. Mon amour passionné a été crucifié, et il n'y a plus en moi de feu pour la matière. Mais une eau vive murmure en moi, et du fond de mon être elle me dit : « Viens vers le Père. » Je ne prends aucun plaisir à la nourriture corruptible, ni aux jouissances de cette vie. Je veux le pain de Dieu, le pain céleste, le pain de vie, qui est la chair de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, né dans les derniers temps de la lignée de David et d'Abraham. Et je veux la boisson de Dieu, son sang, qui est amour incorruptible et vie éternelle.