“En effet, s’il faut considérer l’ordre de succession des évêques, c’est avec d’autant plus de certitude et de profit salutaire que nous commençons le décompte à partir de Pierre lui-même. C’est à lui, qui portait en sa personne la figure de l’Église tout entière, que le Seigneur a dit : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. » Car à Pierre a succédé Lin ; à Lin, Clément ; à Clément, Anaclet ; à Anaclet, Évariste ; à Évariste, Alexandre ; à Alexandre, Sixte ; à Sixte, Télesphore ; à Télesphore, Hygin ; à Hygin, Anicet ; à Anicet, Pie ; à Pie, Soter ; à Soter, Éleuthère ; à Éleuthère, Victor ; à Victor, Zéphyrin ; à Zéphyrin, Calixte ; à Calixte, Urbain ; à Urbain, Pontien ; à Pontien, Anthère ; à Anthère, Fabien ; à Fabien, Corneille ; à Corneille, Lucius ; à Lucius, Étienne ; à Étienne, Xyste ; à Xyste, Denys ; à Denys, Félix ; à Félix, Eutychien ; à Eutychien, Caïus ; à Caïus, Marcellin ; à Marcellin, Marcel ; à Marcel, Eusèbe ; à Eusèbe, Miltiade ; à Miltiade, Sylvestre ; à Sylvestre, Marc ; à Marc, Jules ; à Jules, Libère ; à Libère, Damase ; à Damase, Sirice ; à Sirice, Anastase. Dans cet ordre de succession, on ne trouve aucun évêque donatiste. Mais eux, de leur côté, ont envoyé d’Afrique un évêque qu’ils avaient fait ordonner et qui, à la tête d’une poignée d’Africains dans la ville de Rome, a propagé l’appellation de « Montenses » ou de « Cutzupites ».”
“L'apôtre Paul a dit, certes : « Évite l’homme hérétique après un premier avertissement, sachant qu’un tel être est perverti, qu'il est dans le péché et qu'il est condamné par son propre jugement. » Mais ceux qui défendent leur opinion, bien que fausse et perverse, sans aucune obstination, surtout quand ce n'est pas l'audace de leur propre présomption qui l'a fait naître, mais qu'ils l'ont reçue de parents séduits et tombés dans l'erreur ; ceux qui, de surcroît, cherchent la vérité avec un soin attentif, prêts à se corriger dès qu'ils l'auront trouvée, ceux-là ne doivent en aucun cas être comptés au nombre des hérétiques. Si donc je ne vous croyais pas tels, je ne vous aurais peut-être adressé aucune lettre. Et pourtant, l'hérétique lui-même, tout gonflé d'un orgueil odieux et rendu comme fou par une obstination querelleuse, nous avons certes pour consigne de l'éviter afin qu'il ne trompe pas les faibles et les petits ; mais nous ne renonçons pas pour autant à le corriger par tous les moyens en notre pouvoir. C'est ainsi que nous avons écrit à certains des principaux chefs donatistes. Il ne s'agissait pas de lettres de communion – lettres qu'ils n'acceptent plus depuis longtemps, en raison de la perversité qui les a coupés de l'unité catholique répandue dans le monde entier –, mais de courriers personnels, du genre de ceux qu'il nous est permis d'échanger même avec les païens. Et bien qu'ils les aient parfois lues, ils n'ont pas voulu y répondre, ou bien, ce qui est plus vraisemblable, n'en ont pas été capables. En cela, nous avons estimé avoir accompli notre devoir de charité, cette charité que l'Esprit Saint nous enseigne à devoir non seulement aux nôtres, mais à tous, lui qui nous dit par la voix de l'Apôtre : « Que le Seigneur vous fasse croître et abonder en charité, les uns envers les autres et envers tous. » Ailleurs, l'Apôtre nous exhorte aussi à reprendre avec douceur ceux qui sont d'un autre avis : « Peut-être, dit-il, Dieu leur accordera-t-il la pénitence pour qu'ils connaissent la vérité et que, revenus à la raison, ils se dégagent des pièges du diable, qui les tenait captifs et soumis à sa volonté. »”