Mérites et rémission des péchés et baptême des enfants

Pardon et juste mérite du péché et baptême des enfants Sur le mérite et la rémission des péchés et le baptême des enfants [412 ap. J.-C.]

St. Augustin d'Hippone

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43. Que celui qui se demande encore pourquoi l'on baptise les enfants nés de parents déjà baptisés reçoive cette explication concise. De même que la génération charnelle du péché, par le seul Adam, entraîne à la condamnation tous ceux qui sont ainsi engendrés ; de même, la génération spirituelle de la grâce, par le seul Jésus-Christ, conduit à la justification pour la vie éternelle tous ceux qui, prédestinés, sont ainsi régénérés. Or, le sacrement du baptême est bel et bien le sacrement de la régénération. C’est pourquoi, de même qu’un homme qui n’a pas vécu ne peut mourir, et que celui qui n’est pas mort ne peut ressusciter, de même celui qui n’est pas né ne peut renaître. Il s'ensuit que personne, avant d’être né, n’a pu renaître en son parent. Or, il faut qu’une fois né, il renaisse, car si l’on ne naît de nouveau, on ne peut voir le royaume de Dieu (Jn 3, 3). Il faut donc que le petit enfant lui-même soit imprégné du sacrement de la régénération, pour ne pas quitter misérablement cette vie sans l'avoir reçu ; et cela ne se fait qu’en vue de la rémission des péchés. C’est d'ailleurs ce que le Christ montre dans ce même passage lorsque, interrogé sur la manière dont cela pouvait se faire, il rappelle ce que Moïse avait fait en élevant le serpent. Par conséquent, puisque par le sacrement du baptême les enfants sont rendus conformes à la mort du Christ, il faut admettre qu'ils sont libérés de la morsure du serpent, si nous ne voulons pas nous écarter de la règle de la foi chrétienne. Cette morsure, cependant, ils ne l’ont pas reçue dans leur vie propre, mais en celui à qui elle fut d’abord infligée.

34. Les chrétiens puniques appellent le baptême « salut », et l'eucharistie « vie ». C'est avec la plus grande justesse que les chrétiens puniques appellent le baptême lui-même rien d’autre que le salut, et le sacrement du corps du Christ rien d’autre que la vie. D'où cela viendrait-il, sinon d'une tradition ancienne et, à mon sens, apostolique, par laquelle ils tiennent pour un principe enraciné dans l'Église du Christ que, sans le baptême et la participation à la table du Seigneur, personne ne peut parvenir non seulement au royaume de Dieu, mais même au salut et à la vie éternelle ? C'est d'ailleurs ce que l'Écriture atteste, conformément à ce que nous avons dit plus haut. En effet, que soutiennent d'autre ceux qui désignent le baptême du nom de salut, sinon ce qui a été dit : Il nous a sauvés par le bain de la nouvelle naissance (Tt 3, 5) ; et la parole de Pierre : De la même manière, c'est le baptême qui maintenant vous sauve (1 P 3, 21) ? Et de même, que soutiennent d'autre ceux qui appellent le sacrement de la table du Seigneur « vie », sinon ce qui a été dit : Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel ; et : Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde ; et encore : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous (Jn 6, 51, 52, 54) ? Si donc, comme l'attestent en harmonie tant de témoignages divins si importants, ni le salut ni la vie éternelle ne peuvent être espérés par quiconque sans le baptême et sans le corps et le sang du Seigneur, c'est en vain qu'on les promet aux tout-petits sans ces sacrements. Or, si rien ne sépare l'homme du salut et de la vie éternelle, sinon les péchés, c'est donc uniquement la culpabilité du péché qui est effacée chez les tout-petits par ces sacrements ; culpabilité au sujet de laquelle il est écrit que personne n'est pur, pas même celui dont la vie n'a duré qu'un jour (Jb 14, 4, selon les Septante). De là vient aussi ce passage des Psaumes : Car voici, j'ai été conçu dans les iniquités, et c'est dans les péchés que ma mère m'a nourri dans son sein (Ps 50, 7). En effet, ou bien cette parole est dite au nom de l'homme en général, ou bien, si David parle bien de lui-même, il n'est certes pas né de la fornication, mais d'un mariage légitime. N'hésitons donc pas à affirmer que le sang a aussi été versé pour les enfants qui doivent être baptisés ; ce sang qui, avant même d'être versé, a été donné et présenté dans le sacrement de telle manière qu'il fut dit : Ceci est mon sang, qui sera versé pour une multitude en rémission des péchés (Mt 26, 28). Car ceux qui ne veulent pas admettre que les enfants sont sous l'emprise du péché nient qu'ils en sont libérés. De quoi, en effet, sont-ils libérés, s'ils ne sont enchaînés par aucune servitude du péché ?

Les chrétiens puniques appellent très justement le baptême lui-même salut, et le sacrement du corps du Christ vie. D'où cela vient-il, sinon d'une antique – et, comme je le crois, apostolique – tradition, par laquelle les Églises du Christ tiennent pour un principe fondamental que, sans le baptême et la participation à la table du Seigneur, aucun homme ne peut parvenir non seulement au royaume de Dieu, mais pas même au salut et à la vie éternelle ? C'est en effet ce que l'Écriture atteste, conformément à ce que nous avons dit plus haut. Car que soutiennent d'autre ceux qui désignent le baptême par le nom de salut, sinon ce qui a été dit : Il nous a sauvés par le bain de la régénération ; et ce que dit Pierre : De même, le baptême qui y correspond vous sauve à présent ? Et que soutiennent d'autre également ceux qui appellent vie le sacrement de la table du Seigneur, sinon ce qui a été dit : Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ; et : Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde ; et : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous ? Si donc, puisque tant de témoignages divins si importants concordent sur ce point, personne ne peut espérer ni le salut ni la vie éternelle sans le baptême, le corps et le sang du Seigneur, c'est en vain qu'on les promet aux petits enfants en l'absence de ces dons. Or, si seuls les péchés séparent l'homme du salut et de la vie éternelle, alors par ces sacrements, c'est uniquement la culpabilité du péché qui est effacée chez les petits enfants ; culpabilité à propos de laquelle il est écrit que personne n'est pur, pas même si sa vie ne dure qu'un jour. De là vient aussi ce passage des Psaumes : Car j'ai été conçu dans l'iniquité, et ma mère m'a nourri dans les péchés en son sein. En effet, ou bien cette parole est dite au nom de l'homme en général, ou bien, si David parle en son nom propre, il n'est certes pas né de la fornication, mais d'une union légitime. N'hésitons donc pas à affirmer que le sang a aussi été versé pour les enfants à baptiser, ce sang qui, avant même d'être versé, a été donné et présenté dans le sacrement de telle manière qu'il a été dit : Ceci est mon sang, qui sera versé pour une multitude en rémission des péchés. Car ils nient que les enfants soient libérés, refusant d'admettre qu'ils se trouvent sous l'emprise du péché. De quoi, en effet, sont-ils libérés, s'ils ne sont tenus captifs par aucune servitude du péché ?

Certes, tous ceux qui transgressent le commandement de Dieu par désobéissance imitent Adam ; mais il y a une différence entre ce qui est un exemple pour ceux qui pèchent volontairement, et ce qui est une origine pour ceux qui naissent avec le péché. En effet, ses saints imitent aussi le Christ pour suivre la justice. C’est pourquoi le même Apôtre dit : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ ». Mais au-delà de cette imitation, sa grâce opère aussi intérieurement notre illumination et notre justification, par cette œuvre dont le même prédicateur dit : « Celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne la croissance ». Car c’est par cette grâce qu’il incorpore aussi à son corps les tout-petits baptisés, qui ne sont assurément pas encore capables d’imiter qui que ce soit. Ainsi donc, de même que celui en qui tous reçoivent la vie, en plus de s’offrir en exemple de justice à ceux qui l’imitent, donne aussi aux fidèles la grâce très secrète de son Esprit, qu’il infuse mystérieusement même aux tout-petits ; de même aussi celui en qui tous meurent, en plus d’être un exemple à imiter pour ceux qui transgressent volontairement le précepte du Seigneur, a aussi corrompu en lui-même, par le mal secret de sa propre concupiscence charnelle, tous ceux qui naîtraient de sa lignée. C’est pour cette raison, et pour nulle autre, que l’Apôtre dit : « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ; et ainsi elle a passé en tous les hommes, en qui tous ont péché ». Si c’était moi qui disais cela, ils s’y opposeraient et crieraient que je parle et que je pense mal. Ils ne verraient en effet dans ces paroles, dites par n’importe quel homme, aucun autre sens que celui qu’ils refusent de voir chez l’Apôtre. Mais comme ce sont ses paroles, à l’autorité et à la doctrine duquel ils se soumettent, c’est à nous qu’ils reprochent notre lenteur à comprendre, tandis qu’ils s’efforcent de détourner vers je ne sais quoi d’autre des paroles pourtant si claires. « Par un seul homme », dit-il, « le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort » : cela relève de la propagation, non de l’imitation ; car s'il s'agissait d'imitation, il aurait dit : « par le diable ». Et personne ne doute qu’il désigne ici le premier homme, celui qui fut appelé Adam. « Et ainsi », dit-il, « elle a passé en tous les hommes ». C’est avec une grande justesse que les chrétiens de culture punique appellent le baptême lui-même « salut », et le sacrement du corps du Christ « vie ». D’où cela viendrait-il, sinon d’une tradition ancienne et, à mon sens, apostolique, par laquelle ils tiennent pour un principe enraciné dans l’Église du Christ que, sans le baptême et la participation à la table du Seigneur, aucun homme ne peut parvenir non seulement au royaume de Dieu, mais même au salut et à la vie éternelle ? Car l’Écriture elle-même en témoigne, comme nous l’avons dit plus haut. En effet, que soutiennent d’autre ceux qui désignent le baptême par le nom de « salut », sinon ce qui a été dit : « il nous a sauvés par le bain de la nouvelle naissance » ; et ce que dit Pierre : « De la même manière, le baptême vous sauve, vous aussi » ? De même, que soutiennent d’autre ceux qui appellent le sacrement de la table du Seigneur « vie », sinon ce qui a été dit : « Je suis le pain vivant descendu du ciel » ; et : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde » ; et : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous » ? Par conséquent, si, comme l’attestent d’une seule voix tant de témoignages divins, nul ne peut espérer le salut ni la vie éternelle sans le baptême et sans le corps et le sang du Seigneur, c’est en vain qu’on les promet aux tout-petits sans ces sacrements. Or, si seuls les péchés séparent l’homme du salut et de la vie éternelle, alors ce n’est rien d’autre que la culpabilité du péché qui est effacée chez les tout-petits par ces sacrements ; culpabilité dont il est écrit que « personne n’est pur, pas même celui dont la vie ne dure qu’un seul jour ». De là vient aussi ce passage des Psaumes : « Voici que j’ai été conçu dans les iniquités, et ma mère m’a nourri dans son sein au milieu des péchés » ; car ou bien ces paroles sont dites au nom de l’homme en général, ou bien, si David les dit de lui-même en particulier, il est né non pas de la fornication, mais bien d’un mariage légitime. Ne doutons donc pas que le sang a été versé aussi pour les enfants à baptiser, sang qui, avant d’être versé, fut donné et présenté dans le sacrement en ces termes : « Ceci est mon sang, qui sera versé pour une multitude en rémission des péchés ». Car ceux-là mêmes qui refusent d’admettre que les enfants sont sous l’emprise du péché nient par là même qu’ils sont libérés. En effet, de quoi sont-ils libérés, s’ils ne sont retenus captifs par aucune servitude du péché ? Quant à celui que la question préoccupe encore de savoir pourquoi l’on baptise les enfants nés de parents déjà baptisés, qu’il reçoive cette brève explication. De même que la génération charnelle issue du péché, par le seul Adam, entraîne à la condamnation tous ceux qui sont ainsi engendrés, de même la régénération spirituelle issue de la grâce, par le seul Jésus-Christ, conduit à la justification de la vie éternelle tous ceux qui, ainsi prédestinés, sont régénérés. Or, le sacrement du baptême est assurément le sacrement de la nouvelle naissance. C’est pourquoi, de même qu’un homme qui n’a pas vécu ne peut pas mourir, et que celui qui n’est pas mort ne peut pas ressusciter, de même celui qui n’est pas né ne peut pas renaître. De là, il s’ensuit que personne, n’étant pas encore né, n’a pu renaître en son parent. Mais il faut que, s’il est né, il renaisse, car « si quelqu’un ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Il est donc nécessaire que le tout-petit aussi soit imprégné du sacrement de la nouvelle naissance, afin d’éviter qu’il ne quitte cette vie en mauvais état, sans l’avoir reçu ; ce qui ne se fait qu’en vue de la rémission des péchés. C’est ce que le Christ a montré à ce même passage, lorsque, interrogé sur la manière dont cela pouvait se faire, il a rappelé ce que Moïse avait fait en élevant le serpent. Ainsi, lorsque par le sacrement du baptême les enfants sont rendus conformes à la mort du Christ, il faut reconnaître qu’ils sont libérés de la morsure du serpent, si nous ne voulons pas nous écarter de la règle de la foi chrétienne. Cette morsure, cependant, ils ne l’ont pas reçue dans leur vie personnelle, mais en celui à qui elle fut infligée à l’origine.