Sur la Trinité

Traité concernant la Trinité Traité sur la Trinité

Novatien

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Il faut donc croire, selon la règle prescrite, au Seigneur, unique vrai Dieu, et ensuite en celui qu’il a envoyé, Jésus Christ. Celui-ci ne se serait nullement uni au Père, comme nous l’avons dit, s’il n’avait pas voulu être également compris comme Dieu. Car il se serait séparé de lui, s’il n’avait pas voulu être compris comme Dieu.

Dieu le Père est donc le fondateur et le créateur de toutes choses. Lui seul est sans origine, invisible, immense, immortel, éternel, l'unique Dieu. À sa grandeur, à sa majesté, à sa puissance, rien ne peut, je ne dis pas être préféré, mais ne serait-ce qu'être comparé. De lui, quand il l'a voulu, est né le Verbe, le Fils. Lui donc, bien qu'engendré par le Père, est toujours dans le Père. Or, quand je dis « toujours », c'est pour établir qu'il est engendré, et non pas inengendré. Mais lui qui existe avant tous les temps, on doit dire qu'il a toujours été dans le Père, car on ne peut assigner de commencement dans le temps à celui qui est avant le temps. Il est en effet toujours dans le Père, sans quoi le Père ne serait pas toujours Père. Bien plus, le Père le précède en un certain sens, car il faut bien, d'une certaine manière, qu'il soit antérieur en tant qu'il est le Père.

Car l’Écriture proclame le Christ Dieu tout autant qu’elle proclame Dieu cet homme même ; elle a dépeint Jésus-Christ comme homme tout comme elle a aussi dépeint le Christ Seigneur comme Dieu. En effet, elle ne le présente pas seulement comme Fils de Dieu, mais aussi de l’homme ; elle ne le dit pas seulement fils de l’homme, mais a aussi coutume de le présenter comme Fils de Dieu, de sorte que, puisqu'il est issu des deux, il soit l’un et l’autre, afin que s’il n’était que l’un, il ne puisse être l’autre. Car de même que la nature elle-même impose de croire qu’est homme celui qui est issu de l’homme, de même cette même nature impose de croire qu’est Dieu celui qui est issu de Dieu, de peur que, s’il n’est pas aussi Dieu tout en étant issu de Dieu, il ne soit même plus homme, bien qu’issu de l’homme. Et ainsi, le sort de l’une et l'autre nature est en péril, dès lors qu’il est démontré que l’une fait perdre sa crédibilité à l’autre. Par conséquent, que ceux qui lisent que le Christ Jésus est l’homme, fils de l’homme, lisent également que ce même Christ est proclamé Dieu et Fils de Dieu.

Qui, en effet, ne reconnaîtrait la seconde personne du Fils, après le Père, lorsqu'il lit cette parole adressée par le Père au Fils : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance » ; et qu’il est rapporté ensuite : « Et Dieu fit l'homme ; il le fit à l'image de Dieu » ? Ou lorsqu'il tient entre les mains ce passage : « Le Seigneur fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu, de la part du Seigneur, du haut du ciel » ? Ou lorsqu'il lit ces paroles adressées au Christ : « Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. Demande, et je te donnerai les nations en héritage, et en possession les extrémités de la terre » ? Ou encore, lorsque cet illustre scribe déclare : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds » ? Ou lorsque, parcourant les prophéties d'Isaïe, il trouve écrit ceci : « Voici ce que dit le Seigneur à mon Christ, le Seigneur » ? Ou lorsqu'il lit : « Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé » ? Ou quand il trouve écrit : « Car celui qui m'a envoyé est plus grand que moi » ? Ou lorsqu'il considère ce qui est écrit : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » ? Ou enfin, quand il lit, parmi tant d’autres, ce passage : « Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux personnes est vrai. Moi, je témoigne de moi-même, et le Père qui m’a envoyé témoigne de moi » ?

Si le Christ n’était qu’un homme, pourquoi nous a-t-il prescrit une telle règle de foi en disant : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » ? S’il n’avait pas voulu être également compris comme Dieu, pourquoi aurait-il ajouté : « et celui que tu as envoyé, Jésus Christ », si ce n’est parce qu’il voulait aussi être reconnu comme Dieu ? Car s’il n’avait pas voulu être compris comme Dieu, il aurait ajouté : « et l’homme Jésus Christ ». Or, non seulement il n’a rien ajouté de tel, mais le Christ ne s’est pas présenté à nous comme un simple homme ; au contraire, il s’est uni à Dieu pour être, par cette union, compris aussi comme Dieu, tel qu’il est. Il faut donc croire, selon la règle établie, dans le Seigneur, unique vrai Dieu, et par conséquent en celui qu’il a envoyé, Jésus Christ. Jamais il ne se serait uni au Père, comme nous l’avons dit, s’il n’avait pas voulu être également compris comme Dieu ; en effet, il se serait séparé de lui s’il n’avait pas voulu être compris comme Dieu.